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Couverture de 'Race ethnicite nation'

Race, ethnicité, nation

Stuart Hall

Le triangle fatal

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Description

De quoi la « race », l’« ethnicité » et la « nation » sont-elles le nom ? Comment expliquer leur persistance sociale et culturelle, alors même que leurs fondements naturels sont presque unanimement remis en question dans la communauté scientifique ? D’où tirent-elles leur légitimité et quelles sont leurs raisons sociales ?

Stuart Hall consacre ici une réflexion approfondie à ces concepts, entendus non comme des vérités de la nature, mais comme des significations sociales qui se déplacent à mesure que les luttes antiracistes essaient de les déconstruire.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans cet ouvrage qui compile trois de ses conférences, Stuart Hall s’emploie à saisir « les trois termes de la différence » qui fondent le titre de l’ouvrage : la race, l’ethnicité et la nation.

Son étude éclaire les controverses contemporaines autour de l’identité, des communautés, des migrations et des nouvelles diasporas. Stuart Hall y plaide pour une compréhension sociale de ces concepts, comme systèmes de structuration des différences humaines : celles-ci sont organisées dans les pratiques sociales, culturelles, économiques, géographiques… par des effets similaires à ceux de la structure du langage, c’est-à-dire par des comparaisons permanentes entre les concepts. « Race », « ethnicité » et « nation » sont dans une relation de co-dépendance historique : leurs constructions se sont faites par ricochets et redéfinir l’un amène à redéfinir les autres.

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02

Les fondements politiques et culturels de la « race »

Il est désormais communément admis que ce qui a été nommé la « race » n’a pas de fondements biologiques mais qu’elle constitue un ensemble de pratiques culturelles historiquement situées, en vue de la supériorité auto-déclarée de certains peuples. La différence entre les individus ainsi produite se révèle idéologique : elle est au service de rapports de pouvoir préexistants qu’elle vise en retour à dissimuler ou travestir.

Néanmoins, comment expliquer que la déconstruction de ce concept n’ait pas pleinement été actée ? Pourquoi le changement social antiraciste ne s’est-il pas opéré ? Cela s’explique par le fait que la « race », comme facteur de classification des humains, n’est pas suffisante : il faut encore comprendre quels intérêts sert ce travail permanent.

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03

Où commence la race ?

Au fameux pouvoir-savoir de Michel Foucault qui montrait combien le pouvoir est articulé au savoir, Stuart Hall propose d’adjoindre un nouveau terme. Le pouvoir-savoir-différence vise à comprendre non seulement l’agencement du savoir en fonction d’intérêts de pouvoir prédéfinis, mais aussi les articulations entre les connaissances, les intérêts et la différence des groupes qui composent une société. Si les sociétés contemporaines ont réussi à délégitimer les discours racistes, elles ont échoué à réorganiser la société en structure antiraciste, et se situent désormais au-devant d’une question aussi embarrassante que fondamentale : où la race se produit-elle ?

Stuart Hall propose trois options : pour la première, la race a des fondements génétiques, biologiques ou physiques réels qui trouvent ensuite des interprétations dans le système discursif des sociétés. Une deuxième option serait que la race est un ensemble de croyances qui n’a d’autres racines que discursives : ses supposés fondements organiques seraient produits et intégrés au concept a posteriori. Enfin, et c’est ici l’option que défend Stuart Hall, les différences physiques existent de façon objective dans le monde mais elles n’acquièrent une signification qu’à partir du moment où elles entrent dans le domaine discursif, interprétatif, du monde social. Dès lors, leurs effets obtiennent une réalité aussi puissante que celle de la « nature ».

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04

La construc­tion sociale de la différence

Un retour historique sur la perception des différences intrahumaines éclaire considérablement le problème des « origines » de la race. Les systèmes de classification des humains ne sont pas universels et ont subi eux-mêmes des variations historiques. Lorsque les peuples d’Europe, à la fin du Moyen-Âge, rencontrent ceux du Nouveau Monde, le problème se pose dans les termes de la Création. La religion, alors garante de la Vérité avant que ce rôle ne soit attitré à la science, s’interroge en ces termes : s’agit-il là de la même espèce ou de l’objet d’une tout autre création ?

Quelques siècles plus tard, les Lumières prennent le relais et déplacent la délimitation : la différence n’est plus celle de la création ; elle sépare désormais les peuples « civilisés » des peuples « barbares ». Ces deux principales bornes chronologiques montrent combien la science, pour autant qu’elle puisse apporter des données factuelles sur le monde matériel, est si peu utile pour comprendre la race par rapport aux jeux de pouvoir d’une société. Bien souvent, les discours scientifiques sont plutôt instrumentalisés au profit des intérêts de l’hégémonie en place.

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05

De la race à l’ethnicité, un même piège ?

Devant un concept de « race » qui peine tant à se défaire de la nature sous-jacente qui en fonde sa définition, celui d’« ethnicité » promet de revaloriser la notion de culture dans la compréhension des rapports de pouvoir. Il s’inscrit dans une longue tradition provenant des Lumières et de la relecture de leur philosophie dans les années 1960. Les Lumières avaient produit un « universalisme humaniste », qui défendait l’appartenance de tous à la même création humaine. Dans le même temps, elles plaidaient en creux pour un « particularisme assimilationniste », qui reconnaît les spécificités humaines tout en exigeant qu’elles s’adaptent : aux « barbares », il est demandé de devenir « civilisés ».

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06

La nation comme récit unificateur

Le troisième terme discuté dans cet ouvrage est celui de la « nation ». L’accélération des migrations mondiales, sous l’effet de la transnationalité, percute de plein fouet les identités, récits et fantasmes nationaux (voire nationalistes). Ces derniers, pour autant, résistent, se réinventent, se déplacent.

Aussi, l’enjeu de ces dernières décennies est que nous assistons, à travers tous les États-nations occidentaux, à un même phénomène de « crise identitaire ». La mondialisation provoque cette crise, non pas par l’effet d’immigrés qui viendraient perturber une nation par l’incorporation de nouveaux modes de vie, mais surtout par la dénaturalisation des grands récits nationaux induite par la communication accrue entre nations.

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07

Conclusion

Par une analyse combinant réflexions théoriques et exemples internationaux, Stuart Hall explore les concepts de « race », d’« ethnicité » et de « nation » en les décentrant de leur construction sociohistorique pour mieux les considérer comme des politiques sociales, culturelles et économiques. Celles-ci sont à la fois cadrées et légitimées par des discours sociaux, faisant que les trois termes de « race », « ethnicité » et « nation » existent dans une relation de co-dépendance. Ils se construisent les uns les autres comme des cadrages idéologiques pour construire le monde social et ordonner les groupes sociaux, y compris dans des relations de hiérarchie.

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08

Zone critique

Dans un monde intellectuel encore largement dominé par les théories matérialistes, pour lesquelles les conditions matérielles d’un individu déterminent son mode de pensée, Stuart Hall plaide au contraire pour un « tournant culturel » : la correspondance n’est jamais parfaite entre la situation économique d’un individu et sa culture, c’est-à-dire ses idéologies, normes et croyances.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Stuart Hall. Race, ethnicité, nation. Le triangle fatal, Paris, Amsterdam, 2019.

Du même auteur – Identités et Cultures 1. Politiques des cultural studies, Paris, Amsterdam, 2017. – Identités et Cultures 2. Politiques des différences, Paris, Amsterdam, 2019.

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