
Race et histoire
Un grand manifeste du relativisme culturel
Description
Publié en 1952, Race et histoire explique que le sentiment de l’inégalité des cultures, dont certaines sont perçues comme « archaïques », « primitives » et « sous-développées », résulte d’une illusion d’optique qui consiste à mesurer les autres sociétés à l’aune des valeurs locales de la nôtre. L’ethnocentrisme nous rend incapables de comprendre que chaque société progresse, mais dans un sens qui lui est propre. Face au racisme pseudoscientifique, Lévi-Strauss rappelle l'unité psychique et l'égalité intellectuelle foncière de l'espèce humaine. Il dénonce le mépris de certaines cultures prétendument plus « évoluées ».
Ce court essai est un vibrant plaidoyer humaniste. Lévi-Strauss y défend avec force l'égale valeur des cultures et le relativisme ethnologique. Une lecture toujours pertinente pour combattre le racisme.
Sommaire
01Introduction
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Organisation pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) s’est engagée dans une lutte contre la doctrine de l’inégalité des races et des hommes, fondatrice de l’idéologie nazie.
En 1950, l’UNESCO a publié La Déclaration d’experts sur les questions de race, où les travaux récents de la génétique ont été mobilisés pour affirmer qu’il n’existe pas d’inégalités biologiques entre les grandes populations humaines que l’on qualifiait autrefois de races . L’un des outils de diffusion des idées antiracistes devait être une collection de petites monographies destinées au grand public et conçues comme arme principale d’une « offensive éducative ».

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02Le scandale apparent de la diversité culturelle
Comment affirmer l’égalité fondamentale entre les êtres humains ? Le racisme voulait naguère faire croire que les humains sont inégaux de par nature, à cause des différences biologiques qui sépareraient les différents peuples. Une fois que la génétique moderne a infirmé cette croyance, l’idée de l’inégalité entre les hommes se reporte dans le domaine de la culture.
La conviction demeure en effet partagée que les sociétés sont inégales car elles n’apportent pas des contributions équivalentes au progrès. Certaines seraient restées en dehors de l’histoire et proches de la nature, tandis que d’autres auraient progressé et seraient devenues l’étalon dont nous devrions nous servir pour mesurer le degré de civilisation. Toute différence culturelle est spontanément perçue en termes d’infériorité ou de supériorité, de stagnation ou de progrès.

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03L’illusion ethnocentrique
Si les différences culturelles nous paraissent spontanément comme une monstruosité, c’est parce que nous peinons à comprendre leur vrai caractère. L’anthropologie sociale peut nous aider à y porter un regard juste et apaisé. Elle nous enseigne que la distinction entre les cultures progressives, tenues pour supérieures, et les cultures inertes, jugées inférieures, résulte d’une illusion d’optique. En réalité, aucune culture ne s’est jamais arrêtée dans le temps historique ; elles peuvent toutes se prévaloir d’un passé aussi long les unes que les autres, même si toutes les sociétés n’ont pas consigné leur histoire dans un journal de jeunesse.

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04Les mécanismes du progrès
Lévi-Strauss ne conteste pas la réalité du progrès civilisationnel. Il reconnaît que la révolution industrielle avait enclenché en Occident une série de conquêtes qui ont entraîné des changements significatifs dans les rapports que l’homme entretient avec la nature, rendant possibles, à leur tour, d’autres changements radicaux. Est-ce à dire que la civilisation occidentale est fondamentalement supérieure aux autres ?
Lévi-Strauss s’empresse de dissiper cette erreur. Pour y parvenir, il se réfère à la théorie mathématique des jeux. L’histoire des progrès de la civilisation s’apparenterait à un jeu de hasard, et son mécanisme fondamental relèverait du calcul des probabilités. L’histoire cumulative serait à l’image d’une partie de roulette dont les participants, jouant sur plusieurs tables, choisissent de s’associer pour mettre en commun les résultats favorables de chacun et augmenter ainsi leurs chances de cumuler les réussites, alors qu’un joueur isolé, pariant sur des séries longues, c’est-à-dire rares, aurait toutes les chances de se ruiner. Dans le premier cas, la probabilité de gagner augmente en fonction du nombre de tables où l’on parie, et de la solidité de la collaboration entre les joueurs.

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05Un ouvrage au service de l’idéologie de l’UNESCO
Race et histoire constitue un supplément logique à La Déclaration d’experts sur les questions de race, publiée par l’UNESCO deux années auparavant. L’un comme l’autre texte abordaient le problème des différences entre les êtres humains, le premier dans la dimension biologique, le deuxième dans la dimension culturelle. Leurs buts étaient complémentaires.
Tandis que La Déclaration proclamait l’absence de différences fondamentales entre les humains sur le plan biologique, Race et histoire assurait qu’il n’y a pas de séparation fondamentale entre les cultures. Les deux textes affirmaient donc de concert que l’humanité est une et que les différences entre les humains et entre leurs cultures ne relèvent pas de leurs propriétés essentielles, mais d’accidents de l’histoire. Tous deux s’inscrivaient en faux contre la vision du monde – fondamentale pour le nazisme – qui concevait l’histoire de l’humanité comme le résultat d’une guerre inexorable entre races et ethnies. La Déclaration de 1950 avait postulé qu’il existe chez l’être humain « l’instinct naturel de coopération », ce à quoi Race et histoire ajoutait que la collaboration entre les cultures est la principale condition de l’histoire cumulative et du progrès. L’idéologie de la coopération remplaçait ainsi l’idéologie du conflit.

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06Conclusion
Race et culture est devenu l’un des textes les plus commentés de l’anthropologue français. Son inscription dans le programme de la classe terminale l’a élevé au statut de classique. « Pour Race et histoire, disait Lévi-Strauss en 1988, il ne se passe pas d’année sans que des lycéens ou lycéennes viennent me voir, m’écrivent ou me téléphonent en me disant : nous avons un exposé à faire et nous n’y comprenons rien ! » (voir Claude Lévi-Strauss & Didier Eribon, De près et de loin, p. 208). En effet, il s’agit d’un texte dense, compliqué, ardu, où abondent les métaphores alambiquées et les effets de style dont l’accumulation égare le lecteur plus qu’elle ne l’éclaire.

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07Zone critique
Accueilli favorablement par ceux qui voulaient combattre le racisme et l’ethnocentrisme occidental, Race et histoire a immédiatement suscité des critiques de la part de ceux qui, comme Roger Caillois, reprochaient à Lévi-Strauss de fantasmer trop sur les « primitifs » et d’abaisser indûment la civilisation occidentale. Il faut bien reconnaître que les exemples que le jeune Lévi-Strauss donnait des réalisations admirables des cultures non occidentales, étaient souvent forcés et parfois caricaturaux, comme la prétendue maîtrise orientale du corps humain, l’« audace esthétique » des Mélanésiens ou encore la « théorie islamiste de la solidarité de toutes les formes de la vie sociale », dont le génie n’aurait été récemment égalé, selon Lévi-Strauss, que par le marxisme… . Les métaphores dont Lévi-Strauss abusait pouvaient certes impressionner le profane, mais les spécialistes étaient déçus par la faiblesse de ses arguments factuels. Par exemple, en faisant souvent appel à la préhistoire, Lévi-Strauss montrait qu’il avait de cette science une connaissance limitée et inexacte. En réalité, bon nombre d’assertions de Race et histoire relèvent de jugements de valeur et ne peuvent donc être étayées par les données anthropologiques ou historiques.

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08Pour aller plus loin
Parmi les ouvrages de Claude Lévi-Strauss, mentionnons :
- Les Structures élémentaires de la parenté (1949), - Anthropologie structurale (1958), la tétralogie Mythologiques (1964-1971). - Le Regard éloigné (1983). - Regarder écouter lire (1993).

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