
Qu’est-ce que la science ?
Exploration de la méthode scientifique
Description
Dans ce livre, devenu un classique, A.F. Chalmers condense les principaux débats et travaux menés en épistémologie des sciences tout au long du XXe siècle.
L’auteur pousse dans leurs ultimes retranchements les développements les plus récents des modernes théories de la connaissance, à travers quatre figures majeures de l’histoire des sciences – Karl Popper, Imre Lakatos, Thomas Kuhn et Paul Feyerabend – qu’il expose et critique dans le même temps, et parfois même compare entre eux. De fait, ces théories sont conçues comme des outils qui parviennent à parler du monde avec un certain degré d’efficacité.
Sommaire
01Introduction
Qu’il s’agisse de l’école française ou de l’approche anglo-saxonne, la philosophie des sciences dont parle Chalmers s’est principalement intéressée aux conditions conférant une légitimité scientifique à des énoncés dans lesquels se matérialise la connaissance.
Comment s’ordonne une démarche productrice de connaissances ? Les déduisons-nous directement de l’expérience, ou bien la précèdent-elles ? Quels sont les rapports entre théorie, observation et expérience (falsificationisme) ? Comment passe-t-on des énoncés singuliers résultant de l’observation aux énoncés universels constitutifs d’un savoir scientifique (inductivisme) ? Comment formuler des descriptions vraies de ce qu’est réellement le monde (réalisme) ? Comment juger des composantes théoriques de la science en termes d’utilité et d’instruments (instrumentalisme) ?

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02Comment savons-nous ce que nous croyons savoir ?
Considérez l’énoncé suivant : voici un morceau de craie (p. 52). Rien de plus innocent que l’observation de ce petit bâton blanc cylindrique. Mais comment savons-nous ce que nous croyons savoir de ce morceau de craie qui fait appel autant à l’observation qu’à un savoir théorique qui ne nous prouvera jamais avec certitude que nous avons affaire aux composants chimiques du carbonate de calcium et que son usage, usage social, est de tracer des lettres sur un tableau noir ?
Comment rendre compte de ce qui est observable ? De manière un peu abrupte, on dira des sciences exactes qu’elles sont empiriques et analytiques ; elles mettent en œuvre le contrôle par l’expérimentation, l’observation, la formalisation logico-mathématique de théories hypothético-déductives. Les théories que livrent les chercheurs décrivent assurément un monde externe, objectif, positif. Mais les théories ne font-elles que cela ?
Dans son éternelle conquête de la connaissance, la pensée scientifique a été bouleversée de fond en comble – particulièrement à la Renaissance avec les découvertes de Galilée et de Newton et celles des XIXe et début du XXe siècle, dans le sillage de Carnot, Whewell ou Bernard –, obligeant les savants à se faire philosophes, épistémologues. Alors, faut-il voir ces théories comme des « récits », comme des « valeurs » qui contribuent à produire le monde qu’elles sont censées décrire ? Le passage du « monde clos » de la cosmologie aristotélicienne à l’« univers infini » dont Isaac Newton fera ensuite la théorie est-il uniquement une question de méthodologie ? Et une méthodologie peut-elle expliquer à elle seule un changement scientifique ?

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03Grandeur et décadence des préjugés sur la science
Premier préjugé : « L’époque moderne tient la science en haute estime. » (p. 13) L’aura dont elle bénéficie en fait un modèle à suivre ou à imiter. Du quotidien de nos vies aux coulisses du monde universitaire, les signes fleurissent sur la haute considération dont jouit la science. Son pouvoir, symbolique, institutionnel, politique est immense. Il n’est guère actuellement, ce que souligne l’auteur dans son introduction, de théorie qui n’accole à l’épithète « scientifique » un label de qualité, un critère de prestige, voire même d’argument publicitaire.
Chalmers s’interroge, quant à la « particularité » qui lui confère « une sorte de mérite ou signale qu’on lui accorde une confiance ». Car, poussant davantage le débat, que possède la science qui mérite qu’on la place au-delà (ou en deçà) des autres branches de l’arbre du savoir ?
Deuxième préjugé : accorder la primauté à la base empirique de la science. Les développements modernes en philosophie des sciences ont prouvé les profondes difficultés soulevées par l’idée que la science serait empirique, l’une des raisons étant qu’il n’existe pas la moindre méthode permettant de prouver que les théories scientifiques sont vraies ou probablement vraies.

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04Du discours de la méthode : du bon usage de l’observation et de l’induction
La science, soumise en permanence à la remise en question, progresse par rejets successifs d’hypothèses et s’inscrit dans un long processus de rectification des croyances.
Popper relève que c’est l’œuvre d’Einstein qui lui a fait prendre conscience qu’on ne pouvait, comme on le croyait et le disait, tirer méthodiquement les théories de l’expérience (p. 73-74). En effet, une théorie physique tenue pour vraie depuis plus de deux siècles, celle de la physique de Newton, que l’expérience vérifiait tous les jours, se révélait soudainement fausse. C’était prendre la mesure, en science, que quelque chose considéré comme stable pouvait se révéler bancal. « Qui sait à quoi ressembleront les théories futures ? » (p. 214)
Chalmers illustre cette problématique à travers de nombreux exemples qui lui servent essentiellement à sanctionner le critère de l’induction, dont l’usage excessif peut se révéler « naïf » (p. 30-34). L’inductivisme scientifique est pourtant le modèle le plus couramment présenté, et ce depuis Francis Bacon, pour expliquer la découverte et l’élaboration des théories scientifiques. L’induction consiste à penser qu’une théorie peut être obtenue par une généralisation d’énoncés d’observation.

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05Du discours de la méthode : ne jamais recevoir aucune chose pour vraie ?
Quel est le rapport que la pratique scientifique entretient avec le réel ? La réalité de la science est-elle vraie ? Ou n’est-elle que convention ? Si le critère de l’objectivité reste primordial aux yeux de Popper et de nombreux savants, on sait que depuis Imre Lakatos (un élève de Popper) et Thomas Kuhn, cette objectivité a été remise en question. Avec le logicien hongrois et l’historien des sciences américain, le débat porte sur les questions de l’évaluation et du choix de la théorie et les façons de démarquer la science de la non-science (p. 136).
Pour Lakatos, si les scientifiques ne décrivent pas la réalité telle qu’elle est, ils la soumettent à un faisceau d’énoncés et de théories qui peuvent toutes se réfuter et être réfutées par la suite. La position de Lakatos, proche du rationalisme, vise à déterminer cependant un critère universel, toujours soumis à des tests, pour déterminer la valeur scientifique d’une théorie (la théorie ondulatoire de la lumière de Fresnel dérivée de l’électromagnétisme de Maxwell, p. 156), et le noyau dur (formé de quelques hypothèses très générales) d’un programme de recherche (c’est-à-dire une structure qui permet de rendre compte du développement des théories scientifiques et d’expliquer leur évolution par exemple, le passage du modèle de Ptolémée au modèle de Copernic).

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06Conclusion
Qu’est-ce que cette chose que l’on appelle la science ?
Loin de fournir des réponses fermes et définitives, cet essai, au style épuré et accessible à des non-spécialistes, enrichit la question en confrontant les paradoxes. La révolution copernicienne n’a certes pas eu lieu en lançant un chapeau ou deux de la tour penchée de Pise. Nous introduisant aux principales méthodes qui ont structuré les découvertes de la science moderne, ramenant à Francis Bacon la paternité de la méthode scientifique moderne, et s’appuyant sur des exemples précis ressortissant à la physique, Chalmers s’évertue dans cet essai à entreprendre un véritable travail de sape des fondements même de la méthode scientifique.

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07Zone critique
La question du scientifique est rarement posée, alors même qu’elle est cruciale. Chalmers y entre de plain-pied en résumant de façon abordable les philosophies de la science les plus classiques. On pourrait lui reprocher de verser dans une critique outrancière des méthodes de la science. Il approfondira ses propositions dans son second essai, La Fabrication de la science, qui peut se lire comme un prolongement du premier.
Opposé aux absolutismes scientifiques, Chalmers montre la nécessité d’adopter une position partagée, subtil mélange de réalisme, de rationalisme et de relativisme, ce qu’il appelle le réalisme non figuratif, mais dont le caractère non tranché peut poser des problèmes de compréhension certains. On pourrait aussi lui objecter qu’il ne propose aucune alternative, tout en continuant à montrer qu’une certaine défense de la science en tant que savoir objectif est possible.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Qu’est-ce que la science ? Récents développements en philosophie des sciences : Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend, La Découverte, 1987.
Du même auteur – La Fabrication de la science, Paris, La Découverte, 1991.

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