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Couverture de 'Quand notre monde est devenu chretien'

Quand notre monde est devenu chrétien

Paul Veyne

Une exploration de la christianisation de notre société

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Description

Cet ouvrage aborde l’Antiquité tardive et montre comment le christianisme est devenu une religion licite dans l’Empire romain par la conversion de l’empereur Constantin (272-337), après sa victoire sur Maxence à la bataille du Pont Milvius. À travers l’étude du rapport des habitants de l’empire au divin, Paul Veyne montre comment la notion « d’Église » a pu s’imposer au plus grand nombre pour former une nouvelle entité politico-religieuse, dans laquelle le temporel et le spirituel étaient désormais liés.

Il montre également, revenant sur un point historiographique traditionnelle admis, que les motivations de Constantin étaient principalement religieuses et que sa foi était à la fois profonde et sincère.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Notre monde serait devenu chrétien seulement parce que l’empereur Constantin s’est converti, telle est la thèse que soutient Paul Veyne dans cette étude.

Partant d’un événement singulier, voire anecdotique, pour expliquer un phénomène d’une telle ampleur qu’il nous touche encore de nos jours, l’historien étudie les méandres de la politique et du religieux de l’Empire romain du IVe siècle, sur fond d’affrontement entre différents co-empereurs. Il permet de comprendre comment le christianisme a pu, entre l’an 300 et l’an 400, s’imposer à tout l’Occident, sous l’effet du prestige du pouvoir impérial et de l’influence des élites locales qui élisaient les évêques.

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02

Vers la tolérance religieuse

En 312, l’Empire romain était divisé entre quatre empereurs qui étaient censés régner fraternellement ; deux de ces empereurs se partageaient le riche Orient romain (notamment Grèce, Turquie, Syrie et Égypte), tandis que le vaste Occident (régions danubiennes et Maghreb compris) était partagé entre Licinius et Constantin, qui gouvernait pour sa part la Gaule, l’Angleterre et l’Espagne. Il aurait dû également gouverner l’Italie, mais un cinquième individu nommé Maxence s’était introduit dans le jeu : il avait usurpé l’Italie et Rome.

Ce fut pour prendre l’Italie à Maxence que Constantin entra en guerre contre celui-ci et c’est au cours de cette campagne qu’il se convertit, mettant sa confiance dans le Dieu des chrétiens pour obtenir la victoire. Cette conversion aboutit à un rêve qu’il fit pendant la nuit qui précédait la bataille et dans lequel ce dieu lui promit la victoire s’il affichait publiquement sa nouvelle religion.

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03

Un nouveau rapport au divin

Après la victoire du Pont Milvius, les païens pouvaient supposer que Constantin aurait la même attitude que ses prédécesseurs envers le dieu qui lui avait offert la victoire : Auguste, par exemple, après sa victoire à Actium sur Antoine et Cléopâtre, avait payé sa dette à Apollon en lui consacrant un sanctuaire et un culte local.

Or, entre ce Dieu unique et les chrétiens, les rapports étaient permanents, passionnés et intimes, à la différence des rapports entre les dieux païens et la race humaine où les relations étaient occasionnelles et ponctuelles. Apollon n’avait pas pris les devants envers Auguste, il ne s’était pas adressé à lui en songe, et ne lui avait pas demandé de vaincre sous son signe.

En effet, rien n’était plus différent que les liens des païens avec leurs divinités et celui des chrétiens avec leur Dieu : un païen était content de ses dieux s’il avait obtenu leur secours par ses prières et par ses vœux, tandis qu’un chrétien faisait plutôt en sorte que son Dieu soit content de lui.

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04

Autour de la conversion de Constantin

La date de la conversion de Constantin n’est pas connue de manière certaine. Nous savons toutefois qu’en 310 il ne l’était pas encore, car il vénéra cette année-là un temple d’Apollon, tandis qu’il l’était en octobre 312 lorsqu’il fit le rêve fatidique. Autre certitude : il n’a jamais été un persécuteur de chrétiens.

La raison profonde de cette conversion, nous l’ignorerons toujours. Il est en revanche sûr que la nouvelle religion présentait plusieurs bénéfices pour l’empereur nouvellement converti. D’abord, bien que majoritaire, le paganisme souffrait d’une image vieillissante, alors le christianisme était considéré comme avant-gardiste : il pouvait rehausser le trône impérial à une époque où haute culture et modernité importaient. Selon Paul Veyne, c’est là l’une des principales raisons qui ont fait que malgré trois changements dynastiques en un siècle, tous les successeurs de Constantin ont été chrétiens comme lui.

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05

La tolérance de Constantin

Convertir les païens ? L’entreprise aurait été délicate. Constantin reconnut que la résistance (epanastasis) était telle qu’il renonça à leur imposer la Vérité et qu’il fit preuve de tolérance : après ses deux grandes victoires de 312 et 324, il prit soin de rassurer les païens des provinces qu’il venait de soumettre.

Il tint ses promesses, le culte païen n’étant aboli qu’un demi-siècle après sa mort et seul Justinien, deux siècles plus tard, commença à vouloir convertir les derniers païens, ainsi que les juifs. Tel fut le « pragmatisme de Constantin » qui eut un immense avantage : en ne contraignant pas les païens à la conversion, il évita de les dresser contre lui et contre le christianisme (dont l’avenir était tout de même incertain). Face à l’élite que représentait la secte chrétienne, les masses païennes ont pu continuer leurs vies, dans l’indifférence des intentions de l’empereur.

Le christianisme étant la religion personnelle de Constantin, il ne souhaitait pas que sa propre personne soit souillée par le culte païen. Il vint à Rome en 315 pour célébrer sa dixième année de règne ; ces fêtes décennales étaient d’ordinaire des célébrations patriotiques au cours desquelles des sacrifices devaient être l’apogée des dix années passées et laissaient espérer dix nouvelles années heureuses. Constantin autorisa le peuple à se réjouir en de grandes fêtes, mais interdit tout sacrifice d’animaux, « désinfectant » ainsi les rites païens, pour reprendre les termes de l’ouvrage.

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06

Prendre la tête de l’Église

Le lendemain de sa victoire sur Maxence, soit le 29 octobre 312, Constantin fit son entrée dans Rome à la tête de troupes qui portaient sur leur bouclier un symbole encore inconnu, le chrisme. Cela ne signifiait pas que tous ses hommes étaient devenus chrétiens, mais que cette armée était devenue l’instrument d’un chef et que sa victoire était celle du Christ. Cela révéla en tout cas aux Romains que leur nouveau maître était passé dans le camp des chrétiens, considérés par les païens comme des ennemis des dieux, des hommes et de l’ordre romain.

En dépit de la proclamation de Milan qui instaurait l’égalité des deux cultes, Constantin se comporta rapidement en défenseur de sa nouvelle fois. Dès 313, il fit restituer aux chrétiens les biens confisqués lors des persécutions, sans indemniser les nouveaux détenteurs ; il fit également envoyer de l’argent à l’Église d’Afrique ; enfin, il dispensa les clercs de toute obligation publique, afin qu’ils puissent se consacrer au seul service divin, pour le plus grand bonheur de l’Empire et des hommes. Il fit également construire, pour l’évêque de Rome, une grande église, qui est aujourd’hui la basilique Saint-Jean de Latran.

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07

Conclusion

Cet ouvrage revient sur un événement majeur de l’histoire de l’Occident : la conversion de l’empereur Constantin, acte inaugural d’un monde nouveau, et ses répercussions.

Pour Paul Veyne, il ne se s’agissait ni d’une manœuvre idéologique ni d’un acte purement politique : c’était l’acte de foi, profond, d’un grand homme d’État. Car l’historien le clame : Constantin n’avait de prime abord rien à gagner à se singulariser par l’adoption d’une religion si éloignée de la pratique de la masse de ses sujets.

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08

Zone critique

Lire Paul Veyne est toujours un plaisir, et les qualités à la fois scientifiques et littéraires de l’historien ont fait de cet ouvrage un incontournable. Il a d’ailleurs été couronné du prix du Sénat du livre d’histoire et du prix Gobert en 2007. La limpidité avec laquelle les faits sont contés et les nombreuses sources dépouillées y sont probablement pour beaucoup.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, Paris, Albin Michel, 2007.

Du même auteur – Sexe et pouvoir à Rome, Paris, Tallandier, 2005. – Comment on écrit l’histoire. Essai d’épistémologie, Paris, Seuil, 1996 [1971].

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