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Couverture de 'Propagande'

Propagande

David Colon

La manipulation des masses dans le monde contemporain

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Description

Le livre de David Colon explore en profondeur les enjeux de la propagande et de la manipulation de masse dans le monde contemporain. L'auteur montre que la propagande, loin d'être un phénomène du passé, est plus présente et plus efficace que jamais à l'ère du numérique et des réseaux sociaux. Colon explique que la propagande ne se limite plus à la sphère politique, mais imprègne désormais tous les aspects de notre vie en société, des techniques de marketing au "storytelling".

Il analyse comment les avancées des sciences sociales et des neurosciences ont permis de perfectionner les méthodes de persuasion, d'influence et de manipulation.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

David Colon s’emploie dès l’ouverture de l’ouvrage à balayer quelques idées reçues sur la propagande. Contrairement à ce que l’on pense souvent, les régimes totalitaires n’en ont pas le monopole. Au contraire, « la propagande est fille de la démocratie » (p.9). C’est la première phrase de l’ouvrage. Cela s’explique par l’évolution de nos régimes politiques. L’implication grandissante du peuple dans la chose publique, selon des schémas variés en fonction des lieux et des moments, impose de penser l’adhésion de la masse aux décisions des dirigeants. L’auteur rappelle par exemple que la Révolution française a été soutenue par des efforts de propagande structurés.

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02

Aux origines de la propagande

La propagande nait des profondes mutations du monde moderne où se combinent, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, développement industriel et économique, changements sociaux, démographiques et politiques. La légitimité des acteurs sociaux (industriels ou politiques) se construit désormais avec le soutien des masses.

On ne peut plus demander au public d’aller « se faire voir », comme l’aurait fait l’homme d’affaires américain Vanderbild en 1882. La question de l’opinion devient centrale dans la conduite des affaires politiques et économiques et se transforme en champ d’études, celui de la psychologie sociale.

Au début du XXe siècle, le philosophe Gabriel Tarde théorise l’émergence d’un public dont l’opinion est façonnée par une presse en plein essor. C’est cette opinion publique « consciente d’elle-même » qui va devenir le « terreau en même temps que la cible de la communication de masse » (p.25).

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03

Consen­te­ment et démocratie

Un modèle de propagande se met ainsi en place en démocratie au service du consentement et d’un certain conformisme. C’est particulièrement visible aux États-Unis, où les campagnes électorales sont profondément modifiées par les techniques de propagande héritées de la sphère marchande. Dès les années 1920-1930, les candidats aux élections mènent des études pour ajuster le plus précisément possible leurs propositions aux attentes du public.

Le but est de l’amener à « prendre conscience d’un problème, avant de lui apporter par la voix du candidat des propositions visant à le résoudre et exprimant ainsi les attentes et les émotions d’un public par avance gagné à sa cause » (p.59). Cette approche s’appuie sur de nouvelles méthodes de communication. David Colon rapporte par exemple que Roosevelt va envoyer pendant sa campagne 63 millions de lettres personnalisées et mobiliser un million et demi de volontaires à l’insigne reconnaissable.

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04

Les médias de masse, une propagande douce

On ne peut pas comprendre la question de la propagande sans étudier en parallèle la question des médias. Ce sont les médias de masse qui sont au cœur des enjeux de propagande, ce sont eux qui « filtre[nt] l’information » (p.76). Or le paysage médiatique occidental est marqué par une forte concentration. Dans les années 1980 aux États-Unis, il y avait une cinquantaine de grands groupes médiatiques comprenant radios, télévision et presse.

En 2018 ils ne sont plus que sept. Même phénomène en France où dix milliardaires se partagent près de 90% des quotidiens nationaux et 55% des audiences à la télévision. En outre, ce processus de concentration s’est fait par des rachats successifs d’acteurs qui tirent pour la plupart leurs revenus d’autres actifs économiques, comme l’industrie du luxe ou l’armement.

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05

La propagande au service du to­ta­li­ta­risme

La propagande semble atteindre au XXe siècle une forme de paroxysme au sein des régimes totalitaires en Allemagne, dans l’Union soviétique ou dans l’Italie fasciste. Il est intéressant néanmoins de noter que nazis et communistes vont piocher dans des techniques de propagande forgées aux États-Unis. Grâce à l’apport de la psychologie et des sciences comportementales, la fabrique du consentement se transforme en science appliquée.

À partir du développement de la connaissance des éléments qui conditionnent le comportement des individus, la propagande politique s’affine et gagne en efficacité. À tel point que le sociologue Serge Tchakhotine parle en 1952 de « viol des foules » ou de « viol psychique » pour décrire les techniques de persuasion qui facilitent « l’exécution d’un comportement donné » (p.95). C’est lui qui a favorisé l’importation en Russie et en Allemagne de ces méthodes utilisées dès la Première Guerre mondiale. La pierre angulaire de cette nouvelle propagande est la foule. C’est elle qui fait naître des comportements singuliers qui dépassent la simple somme des comportements individuels.

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06

La puissance des images

En démocratie comme lors des tragiques expériences totalitaires, la propagande n’a pas pu atteindre un tel degré de sophistication sans l’apport de nouveaux supports techniques. Cela commence par la diffusion de l’image reproductible, d’abord dans les journaux. Dans une perspective de communication de masse, les théoriciens de la gouvernance des conduites vont considérer que là où les mots s’adressent davantage à la raison, les images toucheraient directement les sens. En combinant, comme l’a montré Roland Barthes, une fonction symbolique et une fonction iconique, l’image, plus que le texte, donne « l’impression de décrire le monde réel » (p.176).

Dans les premières décennies du XXe siècle, la photographie et sa diffusion vont devenir des moteurs essentiels de la propagande politique. Aidés par les grands magazines comme Life ou Match qui consacrent une place importante à l’image, les hommes politiques vont rapidement développer une « photogénie électorale » qui, selon Barthes encore, permet d’opérer un lissage des enjeux politiques au profit de la stature, de l’effigie. L’image est puissante car elle montre autant qu’elle cache.

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07

La propagande à l’ère té­lé­vi­suelle

Après 1945 l’image animée se fraie progressivement un chemin jusque dans les foyers avec l’adoption massive de la télévision. Pour David Colon, ce « changement d’échelle […] a constitué le message le plus fort de la seconde moitié du XXe siècle en introduisant le son et l’image dans la sphère de l’intime » chez des millions d’individus, faisant alors du petit écran « le plus important support de la propagande » (p.227). En particulier par sa capacité à faire l’évènement et à « dicte[r] la loi aux autres médias ».

La situation est particulièrement marquante dans les premiers temps en France puisque, jusqu’en 1981, c’est l’État qui détient le monopole de la diffusion télévisée. L’information qui y est diffusée est strictement contrôlée par le pouvoir. À partir des années 1950, ce nouveau médium est pleinement intégré aux stratégies de communication politique. Guy Mollet inaugure une série de nouveaux formats pour défendre son action politique. Les sujets sensibles, comme la guerre d’Algérie, font l’objet d’une censure stricte. Après une période de centralisation qui atteint son paroxysme sous l’ère de Gaulle, consacrant le format de l’allocution télévisée, la communication de masse à la télévision prend de nouvelles formes.

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08

Propagande et numérique

Avec internet et le numérique s’ouvre « un nouvel âge de la propagande » (p.323), marqué par de nouvelles polarisations autour des réseaux sociaux, au premier rang desquels on retrouve Facebook en position hégémonique. Mais la guerre de l’image doit désormais composer avec une guerre des algorithmes : la communication doit passer par des bulles de filtres, ces espaces numériques où chacun se compose un tissu de relations et de source d’information hautement personnalisées, en fonction de ses préférences politiques ou marchandes.

Ce fonctionnement exacerbe des prédispositions psychologiques déjà documentées dans les années 1950, notamment par le sociologue Lazarsfeld. Plutôt que d’exercer une influence directe sur la population, les médias touchent d’abord des leaders d’opinion qui vont, dans un second temps, transmettre le message autour d’eux. Le numérique renforce ainsi une forme de « cloisonnement idéologique » qui « referme les communautés sur elles-mêmes, renforce les certitudes, affaiblit les espaces de dialogue et d’écoute en coupant les individus de celles et ceux qui ne partagent pas leurs opinions » (p.327).

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09

Conclusion

L’ouvrage de David Colon dessine un tableau extrêmement détaillé et plutôt pessimiste de l’évolution de la propagande. Perçus comme des vecteurs d’émancipation populaire et démocratique, les grands médias de masse ont aussi été de puissants outils de propagande, aussi bien au service du marketing que des ambitions politiques ou des entreprises totalitaires. Cette mécanique inquiétante semble avoir atteint un point extrême avec l’élection de Donald Trump qui a su « mettre en tension le système médiatique traditionnel » (p.280) en n’hésitant pas à manipuler les faits pour plaire à son électorat.

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10

Zone critique

L’analyse fine et détaillée de David Colon convoque un large éventail de chercheurs, penseurs de la propagande et des médias qui ont étudié la question de l’influence sur les masses depuis la fin du XIXe siècle. Elle est néanmoins fortement marquée par l’apport de la psychologie cognitive et par un certain déterminisme technique.

Cette posture, même si elle est fréquemment nuancée par l’auteur, suggère une continuité linéaire entre la stimulation médiatique et la réaction du public. Il s’agirait alors pour le pouvoir de trouver la bonne formule, l’agencement cognitif performant pour « agir sur le cerveau du téléspectateur » (p.249) et réussir à manipuler les masses. Or plusieurs décennies de recherche sur la question médiatique ont révélé que, loin d’être entièrement passifs face aux contenus médiatiques, les individus ne se laissent pas facilement manipuler. La sociologie des pratiques culturelles a montré la complexité des pratiques et des phénomènes de réception.

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11

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – David Colon, Propagande. La manipulation des masses dans le monde contemporain, Paris, Belin, 2019.

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