
Profession : animal de laboratoire
Révélations sur la recherche animale
Description
Les animaux domestiques sont devenus des membres à part entière de nos familles. Pourtant, une fois franchi le seuil des laboratoires de recherche, nos plus fidèles compagnons et bien d’autres espèces deviennent des cobayes destinés à subir les pires atrocités pour le soi-disant bien de l’humanité. Comment un tel paradoxe est-il possible ?
Pour comprendre les dessous de cet absurde mécanisme, Audrey Jougla a mené une enquête au plus près de la réalité de l’expérimentation animale, dont elle n’est pas sortie indemne.
Sommaire
01Introduction
L’expérimentation animale est une pratique que l’on cache soigneusement derrière les murs des laboratoires scientifiques. Elle concerne 12 millions d’animaux par an en Europe, dont on ne sait ni ce qu’ils subissent ni ce qu’ils deviennent à la fin des protocoles. Si la recherche se pare volontiers d’intentions bienfaitrices pour la santé humaine, la réalité derrière est toute autre lorsqu’on considère les enjeux financiers sous-jacents et les types d’expériences menées.

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02Les ambivalences de l’expérimentation animale
La réglementation sur l’expérimentation animale se fixe pour objectif de rendre éthiques des expériences moralement inacceptables et néanmoins légales. Elle a été initiée par le code de Nuremberg, destiné à interdire toute expérience humaine, à la suite de celles réalisées par les nazis sur les prisonniers des camps de concentration. Jusque dans les années 1980, les scientifiques jouissaient d’une grande liberté. Seules leur conscience et l’appréciation de chacun pouvaient mettre un frein aux expériences effectuées. La législation actuelle, plus stricte, vise à réduire l’expérimentation animale à la stricte nécessité, comme la recherche sur les maladies graves. Il n’en reste pas moins que le quota d’animaux destinés aux expériences ne cesse d’augmenter et que les excès de la part des chercheurs ne respectant pas les protocoles existent aussi.
Plusieurs initiatives ont été mises en place pour éviter les dérives. La règle des 3 R (« reduce, refine, replace ») consiste à réduire le recours à l’expérimentation animale, à prendre en compte des seuils de douleur maximaux et à privilégier des méthodes substitutives.

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03L’expérimentation animale, un tabou social ?
Les expériences sur les animaux sont soigneusement passées sous silence par les laboratoires pour ne pas provoquer l’indignation du grand public. Audrey Jougla n’hésite pas à parler de « désinformation » dans la mesure où le Ministère de la Recherche refuse d’établir une liste publique des chercheurs pratiquant l’expérimentation animale.
Si des raisons de sécurité des personnels sont au cœur de ce choix, les scientifiques ne jouent également pas le jeu de la transparence, en ne publiant pas de données sur leurs modalités de travail et n’accordant aucune visibilité aux animaux utilisés. Cette omerta est si prégnante qu’elle s’exerce même en interne. Dans un même laboratoire, les chercheurs expérimentant sur une espèce ne savent pas quelles expériences sont réalisées par leurs collègues travaillant sur une autre.
Quant aux contrôles vétérinaires, ils ne sont pas assurés par des experts indépendants, mais en interne. Le dispositif de sécurité strict imposé aux visiteurs extérieurs est aussi révélateur du secret que l’on souhaite maintenir autour de l’expérimentation animale, tout comme la réticence des chercheurs à communiquer avec Audrey Jougla, le refus récurrent de lui montrer les animaux ou les demandes de contact rejetées par de grands laboratoires tels que Sanofi.

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04Les enjeux économiques de l’expérimentation animale
Les enjeux commerciaux liés à l’expérimentation animale sont multiples et expliquent sa persistance dans le monde entier. Outre les laboratoires scientifiques, c’est tout un réseau d’entreprises dont l’activité est directement dépendante de cette pratique. Les sociétés fournissant le matériel pour les expériences ou l’alimentation animale en font partie. Il existe aussi des élevages spécialisés dans la production des animaux nécessaires aux laboratoires, tels que l’élevage de beagles de Mézilles ou les élevages de singes situés à l’île Maurice.
Des entreprises créent même des animaux spécifiquement adaptés aux recherches auxquelles on les destine, comme l’Institut de la souris de Strasbourg qui conçoit des rongeurs dénués de défenses immunitaires ou présentant une prédisposition à développer des cancers. Certaines multinationales, comme Harlan, ont fait de ces activités un véritable business international qui concerne plus de 40 pays et tous les secteurs de l’expérimentation animale. Sans compter que les compagnies aériennes, comme Air France, y trouvent aussi leur compte en transportant les animaux vers les laboratoires.

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05Quelle vie pour les animaux de laboratoire ?
Les animaux de laboratoire sont perçus comme du matériel scientifique. Leurs conditions de vie dans les centres de recherche reflètent ce statut d’objet. Détenus dans des cages, ils sont confrontés quotidiennement aux cruautés qu’on leur fait subir, ainsi que privés d’interactions avec leurs congénères et leur environnement naturel. Les relations avec les chercheurs sont, quant à elles, fondées sur la violence et la contrainte. Les animaux doivent en effet être dressés afin qu’ils acceptent d’être manipulés et de se soumettre aux exigences des expériences.
Cette phase de conditionnement doit être la plus courte possible pour être financièrement rentable. Les punitions par chocs électriques ou les récompenses en eau et nourriture, dont on les prive dans leurs cages, font partie du processus. Il va de soi que les animaux de laboratoire développent de graves troubles psychologiques, se caractérisant par des stéréotypies ou la résignation acquise, c’est-à-dire un état d’abandon passif face au caractère inéluctable de leur situation. Les ravages sont si profonds que les singes qui ont pu sortir des laboratoires souffrent de troubles post-traumatiques.

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06Les limites des tests sur les animaux
Le modèle animal manque de fiabilité. La preuve en est que 92 % des médicaments issus d’expériences animales provoquent des effets secondaires dangereux chez l’homme. De nombreux traitements élaborés pour soigner la maladie d’Alzheimer se sont avérés efficaces sur des souris transgéniques, mais ont abouti à des échecs chez l’humain.
Certains médicaments, validés par les tests sur les animaux, ont également eu des conséquences graves sur la santé des patients, tels que le Vioxx qui a provoqué la mort de 38 000 personnes ou la thalidomide qui a engendré des malformations des fœtus chez les femmes enceintes. Au lieu de faire avancer la recherche, l’expérimentation animale apparaît comme une perte de temps qui retarde la réactivité des scientifiques face aux maladies. C’est ainsi que, par exemple, le lien entre l’alcool et la cirrhose a été établi tardivement parce qu’il n’avait pas été mis en évidence chez les animaux testés.

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07Quelles actions pour abolir les expériences ?
Si les militants qui luttent contre l’expérimentation animale sont nombreux, leur poids dans le débat public est souvent restreint face au discours scientifique plébiscité par la société. Audrey Jougla remarque aussi que les associations de défense des droits des animaux manquent de crédibilité parce qu’on juge leur engagement déplacé à une époque où l’humanité se porte de plus en plus mal. Pourtant, les militants sont animés de convictions profondes et sincères qui les poussent à l’action.
Des manifestations aux infiltrations dans les centres de recherche, ils se donnent pour mission de révéler au grand jour ce qui se passe derrière les murs des laboratoires et dont le grand public est soigneusement tenu à l’écart. Si certains prônent l’abolition de l’expérimentation animale, d’autres tentent d’agir dans le présent, pour le mieux-être des animaux de laboratoire. Le GRAAL est par exemple une association qui leur offre une seconde vie en les prenant en charge et leur évitant l’euthanasie à la fin des expériences.

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08Conclusion
Les acteurs de l’expérimentation animale évacuent toute culpabilité, en invoquant le principe de nécessité. Pourtant, la responsabilité de chacun est engagée dès lors que l’on profite de la vulnérabilité des animaux pour asseoir sa domination sur eux et leur faire du mal en toute conscience.

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09Zone critique
Le militantisme en faveur des animaux prend différentes formes. Les welfaristes sont partisans d’une amélioration à court terme, qui permet d’obtenir des évolutions qui sont autant d’étapes vers une meilleure considération de l’animal. Henry Spira a été l’un des grands représentants du welfarisme. Sa technique consistait à faire des scientifiques et des entreprises des acteurs du changement. Il incitait les fabricants de cosmétiques à développer des méthodes alternatives au test de Draize ou mettait la pression sur les fast-foods pour qu’ils revoient les conditions d’élevage des animaux de ferme.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Audrey Jougla, Profession : animal de laboratoire, Paris, Autrement, 2015.

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