
Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation
Les États-nations sont morts, vive le nouvel ordre cosmopolitique
Description
Les États-nations sont morts, vive le nouvel ordre cosmopolitique. Un ordre dont les vecteurs principaux sont la mondialisation économique et le rôle joué par les principaux acteurs de l’économie mondiale : entreprises transnationales et groupes ou institutions tels que l’OCDE, le FMI ou encore la Banque mondiale.
Tel pourrait être le résumé de la teneur de l’ouvrage de l’universitaire allemand Ulrich Beck, l’un des sociologues majeurs de ce début de XXIe siècle.
Sommaire
01Introduction
À l’heure de la mondialisation, pouvoir et contre-pouvoir sont partagés entre trois acteurs principaux : les États, le capital (ou monde de l’économie) et les mouvements de la société civile (dont les ONG). Ces trois acteurs prennent part ensemble à ce qu’Ulrich Beck appelle un « méta-jeu », c’est-à-dire à un affrontement et à une lutte pour le pouvoir qui modifient les fondements mêmes ainsi que les règles de la politique mondiale.
De ce méta-jeu il ressort que les stratégies nationales, l’optique de l’État-nation, ne sont plus pertinentes pour aucun des acteurs, qui depuis la première modernité (celle issue de la Révolution française de 1789 et de la révolution industrielle) s’étaient appuyés sur ce modèle pour imposer leur volonté aux autres acteurs, notamment au capital. En effet, les mouvements de la société civile étaient alors balbutiants ou inexistants : seul le peuple existait, avec la possibilité toujours ouverte de se révolter contre le pouvoir étatique.

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02L’État national mis en échec
Notre monde est dominé par les forces de l’économie, qui imposent leur pouvoir aux deux grands autres acteurs de la puissance que sont les États et les mouvements de la société civile. Ces forces de l’économie, que l’on peut appeler le Capital, parviennent à leurs fins par le biais du programme du néo-libéralisme. Un programme qui est tout à la fois économique, politique, juridique et réglementaire, social, moral et culturel, c’est-à-dire authentiquement global et globalisant.
De cette réalité procède une conséquence simple, mais cruciale : les conditions aussi bien historiques que concrètes de la domination du modèle national, qui s’était imposé pendant ce qu’Ulrich Beck nomme la première modernité (c’est-à-dire grossièrement la séquence historique qui va de la Révolution française de 1789 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale) a été détrônée par l’émergence d’un acteur plus puissant que les autres, le Capital.

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03La révolution des droits de l’homme
La société civile mondiale vient elle aussi battre en brèche le pouvoir de l’État national, et ce au travers de la révolution des droits de l’homme.
Car le principe cardinal autour duquel s’organise l’action des mouvements de la société civile mondiale est bien celui-là : faire respecter, partout dans le monde, les droits de l’homme. Et ce même au mépris des droits des États nationaux, qui ne sont donc plus considérés comme pleinement « maîtres chez eux » : ils doivent, impérativement, obéir à des principes qui leur sont extérieurs et qui transcendent leur autorité. C’est cela, la révolution des droits de l’homme.

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04Les principes du cosmopolitisme
Ulrich Beck retient sept principes distincts du cosmopolitisme, qui sont ceux définis par David Held dans Cosmopolitanism.
Ce sont les suivants :
• même valeur, même dignité pour tous ; • participation active de tous, à la fois politique, économique et sociale ; • responsabilité et imputabilité personnelles ; • recherche permanente du consensus, qui doit toujours être préféré à l’affrontement ; • autodétermination et prise de décision collective par le biais de procédures électorales (en d’autres termes, la démocratie politique est importante et n’est pas juste une « liberté formelle », pour reprendre l’expression marxiste) ; • inclusivité (que personne ne soit exclu) et subsidiarité (faire prendre toutes les décisions au niveau le plus directement concerné par les effets de ces dernières, sans passer à l’échelon supérieur) comme principes fondamentaux du fonctionnement de la société ; • et enfin prévention des atteintes graves aux besoins fondamentaux et satisfaction de ces derniers.

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05Le régime cosmopolitique
L’ordre cosmopolitique dispose donc de sources autonomes de légitimation. Les nouvelles règles naissent de l’association des principes de l’ordre ancien avec les principes du nouvel ordre cosmopolitique. Par exemple, l’association de l’exigence de respect des droits de l’homme avec la nécessité, plus classique, de la soumission à l’autorité, en l’occurrence aux nouvelles autorités cosmopolitiques.
Pour autant, cela ne signifie pas que le régime cosmopolitique dont Ulrich Beck souhaite l’instauration et qu’il voit poindre par ailleurs soit une sorte d’Empire, qu’il se forge et se consolide dans une ambition impérialiste qui aurait vocation à dominer la planète. Rien n’est plus étranger à la vision qu’à l’auteur du cosmopolitisme.
Le cosmopolitisme authentique est ainsi, et par définition, participation de tous et respect de toutes les cultures, excluant une « superpuissance » ou une « hyperpuissance » qui imposerait sa volonté aux autres. Une telle conception qui rejoint le règne des États nationaux est à oublier. De cette manière, il est clair par exemple que les États-Unis, dont les tentations hégémoniques et impériales ont été fortes, ne peuvent pas être pris comme le modèle, ni même comme la figure anticipée, d’une forme d’État cosmopolitique.

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06Les voies du cosmopolitisme
Dans l’introduction, le cosmopolitisme a été mis à l’abri de tout malentendu par rapport à la définition qu’en donne Ulrich Beck en rappelant brièvement et de manière synthétique ce qu’il n’est pas : mondialisation, américanisation, universalisme ou multiculturalisme.
Cela rappelé, il est à présent nécessaire de s’attacher aux voies par lesquelles l’auteur espère et croit tout à la fois que le nouvel ordre cosmopolitique pourra s’imposer partout de par le monde. Pour ce faire, il est indispensable de procéder à un renversement fondamental d’optique, et de répudier le pessimisme fondamental (Ulrich Beck écrit « ontologique », c’est-à-dire qui relève de l’être même) qui prévaut en Europe aujourd’hui.

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07Conclusion
Ulrich Beck insiste particulièrement sur un point dans cet ouvrage : l’ordre cosmopolitique mondial qu’il appelle de ses vœux pour dépasser la construction du monde en États-nations est la seule solution pour une paix et une prospérité durables, d’autant plus que l’auteur couple ces préoccupations à des convictions environnementales fortes.

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08Zone critique
Les critiques adressées à l’ouvrage peuvent se ranger en deux catégories : utopisme et naïveté. Utopie de croire que l’ordre cosmopolitique décrit dans l’ouvrage peut avoir des chances sérieuses d’exister un jour. Naïveté, surtout, de croire que la mondialisation économique peut être « l’accoucheur » de cet ordre cosmopolitique.

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09Pour aller plus loin
– Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation, Paris, Flammarion, 2003

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