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Couverture de 'Pouvoir de detruire pouvoir de creer'

Pouvoir de détruire, pouvoir de créer

Murray Bookchin

Le respect de la nature passe par la remise en cause des logiques sociales de domination

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Description

Cet ouvrage, qui compile différents articles de Murray Bookchin, nous présente une synthèse de son écologie sociale. Pour le théoricien anarchiste, le respect de la nature passe par la remise en cause des logiques sociales de domination.

Afin d’assurer la survie de l’humanité, il théorise un système politique « organique » : le municipalisme libertaire.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Murray Bookchin est un activiste. Sa vie est rythmée par de nombreux combats où cohabitent causes sociales et écologiques. Après avoir pris ses distances avec le Parti communiste, il s’engage dans plusieurs projets libertaires, où il se sensibilise aux causes féministes et antiracistes. En parallèle, il mène de front plusieurs luttes écologistes. Il milite contre les pesticides, les addictifs alimentaires et le nucléaire. Cette diversité d’expériences lui permet de développer un profil d’une grande originalité. Pour lui, il s’agit de faire cohabiter activisme et réflexion théorique. En tant que militant écologiste, il développe ainsi une solide expertise technique. Il passe maître dans la compréhension des systèmes énergétique et alimentaire du capitalisme. Dès les années 1950, en véritable pionnier, il dénonce l’irréversibilité des dommages infligés à la biosphère, la prolifération des énergies sales et la dissémination des déchets toxiques. Annonçant un « tournant historique et géologique » majeur, il décrit, avant l’heure, ce que nous appelons aujourd’hui l’Anthropocène. En parallèle, il mène un important chantier théorique. Il s’inspire de la philosophie de Platon et d’Hegel, et se nourrit de travaux d’ethnologues sur les capacités autogestionnaires des peuples indigènes ? notamment ceux de Pierre Clastres. Il étudie également l’histoire des communes autonomes créées durant la Guerre civile espagnole (1936-1939).

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02

Les faux chemins de l’« en­vi­ron­ne­men­ta­lisme »

Bookchin ne manque pas de pointer les limites d’une écologie alarmiste, exclusivement centrée sur les dynamiques environnementales. Le plus souvent, ce catastrophisme « vert » justifie des postures réactionnaires. Dans les années 1960, les théories néo-malthusianistes ont ainsi le vent en poupe.

Inspiré des théories de Thomas Malthus (1766-1834), ce courant affirme que la croissance de la population est supérieure aux capacités limitées de la planète Terre - ce qui implique de limiter la natalité. Dans son ouvrage The Population Bomb (1968), le biologiste, Paul Ehrlich, annonce ainsi une explosion démographique sans précédent ! Ce type d’analyse stigmatise la pauvreté, mais passe sous silence le poids des inégalités sociales.

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03

Les vraies causes de la crise écologique

« Dans mon esprit, écologie a toujours signifié écologie sociale : l’idée même de dominer la nature découle de la domination de l’humain par l’humain » (p. 79). Cette idée est fondamentale pour Murray Bookchin : on ne peut résoudre le problème écologique sans s’attaquer de plein fouet à la domination ! Ce sont les sociétés hiérarchiques, de plus en plus perfectionnées à travers les âges, qui ont provoqué les destructions écologiques que nous connaissons. Ainsi, « [les diverses formes de domination] sont davantage en mesure de façonner le futur du monde naturel que ne le sont les formes de rédemption spirituelle personnelle » (p. 149). Les humains sont le produit d’une longue évolution. À une nature biologique qu’ils partagent avec le reste du monde vivant, s’est ajoutée une « seconde nature », d’ordre social. Au départ, cette « nature sociale » n’était pas fondée sur la domination. Il faut imaginer qu’à l’aube de l’humanité, les relations interindividuelles étaient relativement égalitaires. « Ce n’est que plus tard que ce développement prit la forme d’une oppression hiérarchique, puis d’une exploitation de classe » (p. 157).

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04

Un nouvel horizon tech­no­lo­gique

Murray Bookchin ne croit pas en une société écologiste fondée sur la frugalité. Pour lui, il faut aller « au-delà de la rareté » ! Les innovations technologiques ont effet permis de développer un incroyable potentiel productif. Cette abondance matérielle offre plus de temps disponible, « et cela au prix d’un effort minimum ». Cela ne signifie pas qu’il faille continuer de gaspiller ou de nourrir des besoins factices, mais ce progrès peut servir notre épanouissement. En permettant « d’éliminer le travail en tant que condition d’existence essentielle de la [...] majorité des hommes », la technologie nous offre donc la chance de consacrer plus de temps au collectif.

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05

Le mu­ni­ci­pa­lisme libertaire

L’écologie sociale se propose d’inverser toutes les tendances historiques du capitalisme : « la spécialisation à outrance des machines et du travail, la concentration [...] en des agglomérations et des entreprises industrielles gigantesques, [...] la bureaucratisation de l’existence, le divorce entre la ville et la campagne, la transformation de la nature et des êtres humains en objets » (p. 72).

Bookchin appelle donc de ses vœux un puissant mouvement de décentralisation. À l’État omnipotent doivent se substituer une multiplicité d’ « éco-communautés » autogérées. L’auteur s’inspire du modèle de la cité athénienne pour penser un système de « démocratie directe », qu’il nomme le « municipalisme libertaire ». Pour l’anarchiste américain, la politique est un phénomène organique – à l’instar d’une plante qui pousse dans le sol. C’est pourquoi la municipalité est une unité pertinente, car sa taille réduite permet d’associer les citoyens à la gestion des affaires publiques qui les concernent directement. À l’échelle de la commune seraient instaurées des assemblées populaires – elles-mêmes subdivisées en assemblées de quartier – dont l’autonomie politique serait garantie. Le pouvoir représentatif serait strictement encadré afin de ne pas entraver leur souveraineté.

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06

« L’unité dans la diversité »

En accord avec les enseignements de l’écologie, Bookchin propose une « pensée organique » qui réintègre l’homme dans la biosphère. En effet, que ce soit à travers l’État ou la concentration du capital, l’humanité parcourt « à l’envers le cours de l’évolution ». Les structures standardisées de la société contemporaine ont ainsi accru notre vulnérabilité en tant qu’espèce.

En s’inspirant de la diversité et de la complémentarité des interactions biologiques, nos sociétés pourraient trouver des fonctionnements plus spontanés – « un foisonnement de plus en plus complexe de formes et de relations » (p. 72). L’auteur en appelle à s’inspirer des multiples « communautés organiques » qui ont peuplé l’histoire humaine.

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07

Conclusion

Cet ouvrage offre une synthèse réussie de la pensée de Murray Bookchin. Au final, on découvre une écologie sociale très proche du communisme libertaire. Pour l’anarchiste américain, la quasi-totalité des problèmes écologiques est la conséquence des logiques de domination.

Afin de reprendre le cours de notre évolution sociale et biologique, il propose de mettre en œuvre une démocratie directe et décentralisée, en symbiose avec notre écosystème. À l’ère de l’Anthropocène, cet ouvrage propose des solutions convaincantes. Ces dernières années, le « municipalisme libertaire » a fait de nombreux émules.

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08

Zone critique

L’auteur témoigne d’une vraie rigueur dans la manière d’exposer et de discuter son projet utopique. Il pointe les limites d’une société décentralisée où les communautés finiraient par se refermer sur elles-mêmes. Néanmoins, on ne peut manquer de déceler un certain irénisme chez Murray Bookchin : en mettant en avant ce qui nous rassemble, il minimise ce qui nous divise. Il célèbre ainsi l’« organicité » de petites communautés soudées, tout en évacuant la question des rapports de pouvoir et des divisions qui, immanquablement, surgissent au sein des groupes sociaux.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Pouvoir de détruire, pouvoir de créer. Vers une écologie sociale et libertaire, Paris, L’Échappée, coll. « Versus », 2019.

Ouvrages du même auteur – Une société à refaire : vers une écologie de la liberté, Montréal, Éditions Écosociété, 1992. – Pour un municipalisme libertaire, Lyon, Atelier de création libertaire, 2003.

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