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Couverture de 'Pourquoi les crises reviennent toujours'

Pourquoi les crises reviennent toujours

Paul Krugman

Comprendre les cycles économiques et les crises

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Description

Lorsque ce texte de 1999 est révisé et enrichi par Paul Krugman en 2008, le système financier mondial est au bord du gouffre et l’économie capitaliste en pleine récession : l’entrée dans le nouveau millénaire est marquée par sa première crise financière, mais a des allures de déjà-vu.

Pourquoi ces catastrophes qu’on pensait appartenir au passé reviennent-elles toujours ? Fatalité ? Fragilité inhérente au système capitaliste moderne ? Avec pédagogie et humour, Paul Krugman revient sur le mécanisme même des crises et les raisons de leur retour, pointant des doctrines libérales erronées que nous refusons coûte que coûte de remettre en question.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Malgré toutes les « avancées » de la théorie économique moderne, de Keynes à Friedman, les crises continuent de poindre sous le manteau économique de nos nations, sans que l’on sache absolument les juguler. Paul Krugman, au fil des pages de ce petit ouvrage se voulant avant tout clair et concis, revient sur ce phénomène de crise pour tenter d’en comprendre les causes profondes.

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02

Comment parler d’économie ?

Pour comprendre les phénomènes économiques, il faut d’abord, selon Krugman, comprendre le contexte dans lequel ils s’inscrivent.

Comment en effet parler d’économie sans parler du fait politique majeur de la fin du XXe siècle, à savoir l’effondrement des régimes socialistes, qui a ouvert la voie à un capitalisme florissant et rapidement indétrônable ? Krugman affirme qu’aujourd’hui, « l’opposition au capitalisme n’existe plus » (p. 19). Quant au regain d’optimisme qu’il suscite dans les années 1990 et au sentiment généralisé de progrès économique, ils ne peuvent s’expliquer sans être corrélés à l’essor des nouvelles technologies : l’apparition d’Internet, des ordinateurs et d’une nouvelle industrie de l’information ont considérablement modifié la physionomie du travail et renouvelé ce que Krugman nomme le « romantisme du capitalisme : l’idée de l’entrepreneur légendaire qui conçoit une meilleure souricière que toutes celles qui existent et accède ainsi à une richesse bien méritée. » (p. 30.)

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03

Les illus­tra­tions historiques de la crise moderne

Depuis les années 1970-80, l’économie semble ainsi être entrée dans un cycle de récession. « On entend par là que, pour la première fois en l’espace de deux générations, des pannes du côté de la demande économique – des dépenses privées insuffisantes pour utiliser pleinement la capacité de production disponible – sont devenues les limites évidentes à la prospérité d’une grande partie du monde. » (p. 234.)

Une économie de la dépression, marquée des crises de plus en plus récurrentes, de plus en plus fortes, et dont la gravité semble ne pas avoir suffisamment été prise en compte à la fois par les économistes et les politiques, qui, selon Krugman, ont péché par excès de confiance et d’optimisme dans les capacités du capitalisme à se régénérer. En 2003, Robert Lucas, lauréat du prix Nobel d’économie en 1995, affirmait ainsi sans sourciller que le problème de la prévention de la dépression avait été résolu. Pourtant, cinq ans plus tard, la majeure partie du monde était à nouveau plongée dans une crise rappelant en tous points la Grande Dépression des années 1930. Alors que les signaux d’alarme étaient là… mais étaient restés ignorés.

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04

Les limites du système financier actuel

Ces crises sont pour Paul Krugman liées à l’implosion de ce qu’il appelle des « bulles financières », à travers un double mécanisme de libéralisation des flux de capitaux, et une anarchie monétaire. Pour expliquer ce phénomène, l’exemple de la Thaïlande est édifiant.

Dans les années 1990, elle profite de l’arrivée de fonds de l’étranger pour développer un crédit bon marché, permettant à la spéculation financière et immobilière de s’installer durablement dans le pays, instaurant ladite « économie de bulle ». Jusqu’à ce que ce mécanisme de crédit se mette à fonctionner à l’envers : un nombre de plus en plus important d’investisseurs étrangers privés faisant faillite, les capitaux se tarissent, voire fuient hors du pays, entraînant une baisse de la demande de monnaie locale (le bath), qui voit soudainement son cours chuter.

Pour défendre sa monnaie, la Banque centrale thaïlandaise relève alors les taux d’intérêt. Malheureusement, cette stratégie met les entreprises puis les ménages en difficulté : ceux qui ont des dettes en dollars ne peuvent les rembourser en baths, car la valeur de ces derniers a baissé ; ceux qui ont des dettes en baths ne peuvent les rembourser à cause de la hausse des taux d’intérêt. La crise économique est là. C’est ce que Krugman nomme « le cercle vicieux de la crise financière » (p. 113), le liant intimement à des réactions tout à fait psychologiques de perte de confiance et de panique : « Ce qui s’est réellement passé correspondait à un processus circulaire – une boucle de rétroaction – de dégradation financière et d’érosion de la confiance. » (p. 112.)

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05

Des solutions possibles ?

Ce que pointe Paul Krugman à travers les pages de cet ouvrage, c’est bien l’incapacité des politiques monétaires à faire face à une économie de marché fondée majoritairement sur une offre abondante, sans prendre en compte une demande qui, elle, trouve forcément des limites et devient insuffisante. Celles-ci laissent en effet l’économie mondiale continuer de se développer à partir de la libre circulation des capitaux, de la spéculation financière et immobilière.

Elles laissent le secteur privé et bancaire agir parfois inconsciemment – à la suite de la crise de 2008, on s’aperçut par exemple qu’« en Russie (…), les banques et les entreprises s’étaient précipitées pour emprunter à l’étranger, car les taux d’intérêt y étaient bien plus avantageux que ceux pratiqués sur le rouble » (p. 228). Elles laissent enfin le système de « la banque de l’ombre » (des institutions aux mêmes prérogatives que les banques traditionnelles mais non soumises aux mêmes obligations, telles que le système de crédit via les prêts subprime) s’étendre sans être régulé. Autant de stratégies qui encouragent le retour de nouvelles crises.

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06

Conclusion

Avec Pourquoi les crises reviennent toujours, Paul Krugman assoit sa vocation pédagogique, démontrant que l’économie peut être accessible à tous, pour peu qu’on laisse de côté un jargon trop technique. Ses analyses précises et détaillées des crises qui ont fait l’histoire économique de ces dernières décennies soulignent la vulnérabilité et la porosité du système financier mondial, et lui permettent de dénoncer des réponses gouvernementales mal ajustées, car asservies aux dogmes économiques dominants et à des intérêts particuliers puissants.

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07

Zone critique

Connu pour ses travaux autour des « nouvelles théories du commerce international » (en faveur d’un libre échange pouvant parfois être soumis à des règlementations protectionnistes), Paul Krugman est aujourd’hui considéré, à l’instar de Joseph Stiglitz, comme l’un des représentants du « nouveau keysianisme », dont Pourquoi les crises reviennent toujours reprend les idées fortes.

Mais son approche et les solutions qu’il avance pour sortir des crises ont pu être jugées trop caricaturales : « Il ne s’agit donc peut-être pas seulement de dépenser à tout va en se contentant d’affirmer que “la dépense c’est la dépense”, et peu importe son affectation. » (Thibault Le Texier, La Vie des idées, 2013.)

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Pourquoi les crises reviennent toujours, traduit de l’anglais par Joëlle Cicchini, Paris, Seuil, coll. « Points économie », 2014.

Du même auteur

– Sortez-nous de cette crise… maintenant !, Paris, Flammarion, 2004. – L'Amérique que nous voulons, Paris, Flammarion, 2008.

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