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Couverture de 'Pour un nouveau cosmopolitisme'

Pour un nouveau cos­mo­po­li­tisme

Kwame A. Appiah

Réflexions sur la coexistence culturelle et la mondialisation

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Description

"Pour un nouveau cosmopolitisme" de Kwame Anthony Appiah est un ouvrage qui propose une vision renouvelée du cosmopolitisme, une philosophie qui prône l'unité mondiale tout en valorisant la diversité culturelle.

Ce qu’il faut d’abord comprendre, c’est que le cosmopolitisme n’est pas un choix, mais plutôt une réalité, un état de fait. La globalisation qui signe une interdépendance planétaire est désormais bien installée, si bien que la vision strictement nationale ne peut qu’être dépassée.

C’est un phénomène concret, engendré notamment par les échanges de biens commerciaux et culturels. L’idée n’est pas pour autant de plaider en faveur du multiculturalisme, car ses défenseurs continuent de penser les différences culturelles au sein de l’espace national.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Nous faisons désormais partie d’une tribu mondiale au sens où tous les individus de la planète sont interconnectés et peuvent influer les uns sur les autres. Les divers réseaux de communication nous permettent d’atteindre l’autre bout de la planète en instantané. Si nous vivons dans un monde globalisé, comment cohabiter malgré nos différences et nos choix culturels divergents ? Cet ouvrage s’apparente à un manifeste pour une éthique cosmopolite du vivre ensemble.

Nous sommes unis par le respect de la vie humaine qui concerne tous les individus, et cette idée recèle le fondement d’une éthique garante des obligations qui nous lient les uns aux autres. Cependant, pour penser le vivre ensemble, il faut choisir entre universalisme et relativisme, entre uniformité et conservation de la différence.

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02

L’idéal de conver­sa­tion comme éthique

« En attendant, essayons de converser sans nous exalter puisque nous sommes incapables de nous taire ». Moins pessimiste que Samuel Beckett, Kwame A. Appiah place dans la conversation l’espoir de la coexistence des individus. Selon lui, il est possible de cohabiter de façon pacifique sans pour autant partager les mêmes valeurs, grâce au mode de la conversation. C’est l’objectif même de cette coexistence que l’auteur appelle « converser » tel un engagement à favoriser les « conversations morales » entre des individus issus de cultures différentes.

Le programme doit mener, nous l’avons compris, au cosmopolitisme. Le postulat de départ est le suivant : nous sommes différents et ces différences forment une richesse dont nous devons nous abreuver. La conversation induit des échanges, mais aussi des confrontations d’idées, une connaissance du vécu de l’autre et, in fine, un apprivoisement de sa différence. La finalité est de créer des nouveaux comportements dont l’essentiel consiste, pour les êtres humains, à « s’habituer les uns aux autres ».

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03

Ré­qui­si­tion­ner désirs et passions pour sortir du positivisme

L’auteur puise nombre de ses exemples au cœur de son expérience personnelle et familiale, issue des traditions ghanéennes telles les croyances en les esprits et le culte des ancêtres qui font partie de la vie quotidienne locale et accompagnent les gestes les plus simples. Parmi ces gestes, on peut citer le fait de verser quelques gouttes au sol comme offrande aux ancêtres avant de boire. Kwame Appiah ne discute pas la portée symbolique de ces gestes, mais montre à quel point ils sont compatibles avec un développement rationnel.

Qu’en est-il du relativisme moderne ? Celui-ci se fonde sur une distinction entre faits et valeurs, issue du positivisme. En effet, deux états psychologiques gouvernent l’homme : les croyances et les désirs (ou passions). Les premières reflètent le monde tel que je me l’imagine donc tel qu’il est censé être pour moi ; les secondes renvoient au monde tel que je voudrais qu’il soit. Les croyances peuvent donc fonctionner sur le système de la preuve tandis que les désirs sont subis. Par exemple, l’aspiration à amasser de l’argent ne s’explique que par ce que l’on projette d’obtenir grâce à cet argent. Ce dernier est perçu comme le moyen de se procurer quelque chose. En cas de crise majeure, par exemple, sa valeur pourrait être relativisée : par conséquent, il s’agit d’un désir conditionnel.

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04

L’objectivité des valeurs

La règle fondamentale d’une éthique mondiale demeure la Règle d’or : « Ne fais pas à autrui ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse » ou, dans sa forme positive, « Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on fasse pour toi ». Cela implique un processus empathique qui connaît certaines limites, car, selon le point de vue ou les habitudes culturelles, un même acte ne procure pas le même plaisir ou le même profit.

Or, la majorité des conflits ne naissent pas de la confrontation entre des valeurs : selon l’auteur, « nous pouvons être d’accord sur ce qu’il convient de faire dans la plupart des cas, sans être d’accord sur les raisons pour lesquelles il convient de le faire » (p. 115). L’auteur développe l’exemple des pieds bandés en Chine comme le cas d’une pratique coutumière définissant la norme esthétique qui devient ensuite assignée à la laideur. Pour K. Appiah, il s’agit d’une véritable révolution morale, à l’instar de la destitution du duel et la fin de la traite négrière. Son ouvrage Le code d’honneur. Comment adviennent les révolutions morales (2012) se fonde sur ces trois exemples.

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05

Tradition et modernité : bienvenue dans le grand village-monde

En même temps que les rituels les plus traditionnels se déroulent, les individus sont reliés à l’autre bout du monde et les téléphones continuent de sonner dans les poches. L’auteur nous invite à ne pas être dupes : notre monde est connecté, c’est un grand village constitué de pratiques variées. Au cours des cérémonies traditionnelles, les individus échangent des objets que l’on dit « issus de la modernité » pour les opposer à la tradition, mais qui sont les objets de leur temps.

La mondialisation crée de l’homogénéité, mais n’empêche pas pour autant la survie des caractéristiques locales : par exemple, à Kumasi, au royaume d’Ashanti (Ghana), même si les gens boivent du Coca-Cola et ont accès à des éléments de la culture occidentale, certaines particularités locales sont conservées. On ne peut pas dire que tous les villages du monde se ressemblent. Cependant, l’homogénéité ambiante fait craindre à certains la perte de leur identité propre.

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06

Sauver une vie ?

K. Appiah fait intervenir des discussions éthiques à travers des cas pratiques que l’on rencontre dans la vie quotidienne. Se dire cosmopolite implique de prendre position sur la valeur d’une vie. Une vie lointaine vaut certes autant que celle de mon plus proche voisin, mais faut-il mettre en œuvre tous les possibles pour sauver une vie ?

Par là même, la vie d’une personne blessée que l’on pourrait sauver vaut-elle autant que celle des enfants présentés sur une carte de l’Unicef faisant appel à notre générosité ? Passer notre chemin ou jeter l’enveloppe provoque-t-il les mêmes effets ? Certains philosophes (tel Peter Unger) défendent l’idée qu’il faudrait mettre en œuvre le maximum de moyens pour sauver une vie, quelle qu’elle soit (jusqu’à se débarrasser de tous ses biens matériels s’il le faut). D’autres préconisent d’évaluer les malheurs engendrés selon le principe suivant : « Empêcher qu’un malheur se produise au prix d’un malheur moindre » (que l’auteur appelle « principe de Singer » du nom de Peter Singer, philosophe utilitariste dont les positionnements éthiques sont sujets à controverse).

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07

Conclusion

L’État-nation assure le respect des droits et donc l’accomplissement des besoins essentiels à chaque individu.

Cependant, le cosmopolitisme prôné par l’auteur n’encourage pas pour autant la création d’un État mondial, et ce, pour trois raisons fondamentales :

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08

Zone critique

L’ouvrage se présente nourri de réflexions anthropologiques à partir du point de vue occidental et plus particulièrement américain, agrémenté d’exemples venus du monde entier, et spécifiquement du Ghana, grâce aux exemples familiaux.

L’engagement pour une conversation cosmopolite est enthousiasmant quoiqu’il semble utopique par divers aspects, notamment par les problèmes que pose le relativisme.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Pour un nouveau cosmopolitisme, Paris, Odile Jacob, 2006.

Du même auteur – Le code d’honneur. Comment adviennent les révolutions morales, Paris, Gallimard, Nrf essais, 2012.

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