
Pour sauver la planète
Sortez du capitalisme
Description
Dans cet essai engagé, le journaliste Hervé Kempf affirme que le capitalisme est devenu un système mortifère, générant à la fois une crise économique majeure et une crise écologique d'ampleur historique. empf explique que le capitalisme a radicalement changé de régime depuis les années 1980, imposant un modèle individualiste et marginalisant les logiques collectives. Cette évolution a conduit à une accélération de la destruction de l'environnement et à une aggravation des inégalités sociales.
Cet ouvrage se veut donc un plaidoyer passionné pour repenser radicalement notre système économique et social afin de "sauver la planète".
Sommaire
01Introduction
L’affaire Kerviel est exemplaire à plus d’un titre. Quand le trader fait perdre près de cinq milliards d’euros à la Société Générale, les magistrats chargés de l’instruction ordonnent son expertise psychiatrique. Comme s’il n’y avait pas de précédents. Comme si la rationalité était à chercher du côté du marché et des mécanismes de spéculation.
Ce faisant, ils reproduisent le schéma qu’impose le libéralisme depuis plusieurs années, en particulier dans le monde économique : réduire la relation sociale au couple moi/autrui. En témoignent l’individualisation des contrats de travail ou les incitations à sortir du salariat, en créant sa propre entreprise, ce qui met chaque individu forcément « libre » en concurrence avec tous.

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02Une consommation sans limites
Les liens sociaux étant d’importance secondaire, le plaisir ne vient plus de l’interaction avec les autres. Vivre, c’est désormais consommer, d’autant que dans un univers inégalitaire, comme l’expliquent Jean Baudrillard (avec le système des objets) et Thorstein Veblen (avec sa théorie de la rivalité ostentatoire), la compétition passe par la suprématie symbolique.
Cette vision particulière de l’existence est entretenue par la télévision, que la classe des consommateurs (un milliard et demi de Terriens) regarde en moyenne trois heures par jour. On se souvient de la formule de Patrick Le Lay, le directeur de TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible. » On oublie presque que Baby First et Baby TV diffusent leurs programmes à des bébés de six mois à trois ans. Ce qui fait bondir les pédopsychiatres ; mais la mondialisation est aussi culturelle. Avec les écrans et la publicité (530 milliards d’euros de CA), le mode de vie occidental impose ses normes et ses comportements. Résultat : dans un marché étendu à la planète entière, tout se vend et tout s’achète.

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03L’appât du gain ou le triomphe de la finance
Pour l’auteur, le capitalisme est un « état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation » (p.69). Dans ce cadre, la frontière entre activités licites et illicites est d’autant plus floue que le système financier n’a plus qu’un rapport lointain avec l’économie réelle.
Il ne faut pas y voir les seules retombées du flottement des monnaies (1971) et de la hausse des taux d’intérêt américains (1980). Le marché financier est devenu « un système de cavalerie » généralisé, par le biais de la titrisation, opération qui transforme une dette en produit financier, à l’image des subprimes à l’origine de la crise de 2008.
La financiarisation de l’économie doit beaucoup à l’informatique, mais aussi à la corruption, « un de ses principaux moteurs ». La libre circulation des capitaux, en particulier dans les pays offshore qui concentrent 50% de l’activité bancaire internationale, facilite les pots-de-vin, l’évasion fiscale et les abus de biens sociaux. Ces paradis fiscaux privent les collectivités des ressources dont elles ont besoin pour réduire les injustices sociales et mettre fin à la crise écologique.

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04Verte et pas mûre
Faut-il rappeler que dans le sud de la Biélorussie, 1,5 million d’habitants vivent toujours en zone contaminée ? Même si elle ne produit pas de gaz carbonique, l’énergie nucléaire reste dangereuse, marquée par un risque de prolifération (Iran, Corée du Nord…) et à la merci d’un accident. Par ailleurs, nous ne savons toujours pas quoi faire des déchets. Bref, multiplier les 436 réacteurs en service dans le monde (en 2007) n’a tout simplement aucun sens. L’hypothèse haute retenue par les agences internationales dans le cadre de l’action climatique supposerait la mise en service de 610 réacteurs d’ici à 2030, soit 25 par an à raison de 5 à 12 milliards le réacteur.
Cet exemple est tout à fait symptomatique de la façon dont le capitalisme aborde la question du changement climatique. La technologie est censée tout résoudre, y compris la technologie éolienne. Mais pour Areva, EDF, Suez ou Enel, elle n’est qu’un moyen de réaliser des profits. Une opportunité qui participe de « la frénésie de construction de capacités électriques engagée dans les pays occidentaux » (p.87), artificialisant un peu plus les terres.

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05Développement durable et équitable
On pourrait multiplier les exemples (arbres génétiquement modifiés, véhicules à hydrogène…). Le charbon va rester le principal combustible des centrales électriques. Un tableau désespérant si l’on reste dans le cadre de la pensée dominante, qui fait un dogme de la croissance du PIB et considère le changement climatique comme un phénomène isolé, ramené finalement à une simple question énergétique.
C’est oublier le caractère global de la crise écologique : disparition des espèces, acidification des océans, perte de biodiversité, ressources en voie d’épuisement… Les enjeux sont donc vitaux, pour nous et les générations futures, ce que traduit la notion de développement durable. Notion politique qu’il faut formaliser en termes économiques : dans l’avenir, quel sera le coût de nos décisions actuelles ? Kempf renvoie au taux d’actualisation, crucial dans le débat sur le changement climatique. Avant de conclure qu’il correspond à un choix politique. Et, au-delà, à un choix de société.

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06Vivre, produire et consommer autrement
Moins d’énergie, c’est aussi moins de consommation, et pas seulement ostentatoire. Cela passe par une amélioration des procédés et par une politique délibérée, qui peut se décliner en trois axes : le rationnement, volontaire sous peine de devenir autoritaire (de l’arrosage des pelouses à l’émission de GES), la réduction des inégalités, et un système de prix qui intègre la dimension écologique. Il faut en effet considérer que le mécanisme de marché n’évalue pas correctement les ressources de la nature ; il ne tient pas compte des mécanismes des écosystèmes (les effets de seuil, en particulier). C’est pourquoi il faut imaginer une tarification progressive où, par exemple, le prix de l’eau augmente quand sa consommation augmente.
À l’inverse, un bien partagé (une voiture, une tondeuse…) reviendra moins cher. Hervé Kempf ne remet pas en cause l’économie de marché, mais il en distrait des biens communs essentiels, « qui ne seront pas gérés comme des marchandises » (semences, génome, biens culturels…).

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07Conclusion
Dans la foulée, Kempf propose l’instauration d’un revenu maximal admissible. « Le moment est venu de sortir du capitalisme, en plaçant l’urgence écologique et la justice sociale au cœur du projet politique » (p.9). Il faut donc rechercher le bien commun plutôt que le profit, la coopération plutôt que la compétition (entre individus ou entre nations), l’écologie plutôt que l’économie.

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08Zone critique
Écrit avant Fukushima (2011), avant l’élection de Trump, avant le mouvement des Gilets jaunes, cet ouvrage peut sembler daté. Mais ces événements ne font qu’en souligner l’actualité et la pertinence. Les travaux des économistes, des climatologues, des altermondialistes, également. C’est que Hervé Kempf ne fait jamais passer les idées avant les faits. Il nous livre une réflexion nourrie par trente années de terrain : des sables bitumineux de l’Alberta aux salons de la Compagnie financière de Rothschild quand elle lance un fonds d’investissement destiné aux valeurs d’environnement.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Paris, Seuil, 2009.

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