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Couverture de 'Pour en finir avec le moyen age'

Pour en finir avec le Moyen Âge

Régine Pernoud

Les idées reçues relatives au Moyen Âge

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Description

"Pour en finir avec le Moyen Âge" de Régine Pernoud est un essai historique qui vise à déconstruire les idées reçues et les clichés négatifs associés au Moyen Âge. Pernoud, médiéviste renommée, conteste la vision d'une période obscurantiste et barbare, en mettant en lumière les avancées culturelles, scientifiques, et sociales de l'époque médiévale. L'ouvrage révèle la complexité et la richesse du Moyen Âge, en soulignant son rôle dans la formation de l'Europe moderne et dans l'évolution de la pensée occidentale.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Proposer une vulgarisation sur le Moyen Âge, voilà quelle était l’ambition de Régine Pernoud en rédigeant cet ouvrage. Elle entendait rectifier dans l’esprit du plus grand nombre les images très négatives véhiculées sur cette période, notamment par le cinéma ou la télévision. Dans les années 1970 en effet, les recherches érudites menées depuis de nombreuses années et qui rendaient à la période ses lettres de noblesse n’avaient pas encore atteint le grand public. Les historiens étaient peu écoutés ou du moins peu entendus, et seuls des écrivains d’histoire, qui touchaient davantage de personnes, parvenaient à faire entendre une voix, bien souvent très éloignée des faits.

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02

Un constat

Régine Pernoud fait débuter son étude par un constat, celui de la présence très importante de vestiges du Moyen Âge dans notre environnement quotidien : impossible de circuler sans croiser un clocher, une chapelle ou une cathédrale de l’époque médiévale. L’afflux de touristes est d’ailleurs habituel dans les édifices du temps, le Mont-Saint-Michel recevant chaque année plus de visiteurs que le Louvre. Elle explique également qu’il existe un décalage très grand entre ce qu’admirent les Français du Moyen Âge et ce que recouvre pour eux ce terme. Dans l’esprit populaire, Moyen Âge renvoie toujours à une époque d’ignorance, d’abrutissement et de sous-développement généralisé, même si ce fut le temps où furent bâties les cathédrales qui jalonnent notre paysage.

À cela s’ajoute que le terme « Renaissance » qui fait référence à la période qui a directement suivi le Moyen Âge, renvoie au domaine des arts et des lettres de l’Antiquité, qui semblaient ainsi « renaître » et briller de nouveau après dix siècles de soi-disant ténèbres. L’historienne explique que cette Renaissance de la pensée antique ne concernait en réalité qu’une certaine Antiquité, centrée sur le siècle de Périclès. En outre, au Moyen Âge, il n’y eut pas de rejet de la période précédente, et les auteurs latins et grecs étaient fort connus, ils n’avaient pas sombré dans l’oubli comme l’ont affirmé les intellectuels du XVIe siècle.

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03

Culture et pouvoirs

L’ouvrage se penche également sur littérature médiévale et le peu qui en subsiste dans notre mémoire collective. Régine Pernoud précise que si quelques rares spécialistes connaissent les grands noms qui illustrent les lettres au Moyen Âge, cela ne signifie pas qu’elles n’offrent pas d’intérêt. La capacité d’invention d’auteurs tels que Virgile le Grammairien au VIe, Aldhelm au VIIe, ou Bède le Vénérable au VIIIe siècle était très grande. De ces écrits, l’historienne retient l’intense richesse de pensée et de poésie, ainsi que la frappante liberté d’expression.

De même, le Haut Moyen Âge a vu se répandre le livre dans la forme où il se présente encore de nos jours, le codex, instrument de la culture, qui remplaçait le volumen, ou rouleau antique. C’est également à cette époque que fut élaboré le langage musical qui sera celui de tout l’Occident jusqu’à notre temps ; l’activité poétique et musicale est alors intense avec la création de multiples hymnes et chants liturgiques. On sait par exemple que le chant grégorien date du VIIe siècle. Les noms mêmes des notes de la gamme ont été tirés d’un hymne du VIIIe siècle en l’honneur de Saint Jean-Baptiste, intitulé Ut queant laxis. Tout concourt donc à réfuter l’idée d’un peuple médiéval « frustre et ignare », pour reprendre les termes de l’ouvrage.

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04

Aux marges de la société ?

La substitution du servage à l’esclavage est sans doute le fait social qui souligne le mieux la disparition du droit romain et de la mentalité romaine dans les sociétés occidentales dès les Ve-VIe siècles. Car le serf médiéval était traité comme une personne, et non comme un meuble comme c’était le cas dans l’Antiquité.

Il vivait sur le domaine qu’il cultivait, bêchait, semait et moissonnait, et s’il lui était interdit de quitter cette terre, il savait qu’il allait toucher sa part de la moisson. Par ailleurs, le serf avait tous les droits de l’homme libre : il pouvait se marier, fonder une famille, et léguer ses biens à ses enfants. Sa situation était radicalement différente de celle de l’esclave, alors que les deux statuts sont souvent associés, y compris par les universitaires qui, pour plus de commodité, ont souvent traduit le mot latin « servus » par celui d’« esclave ». Toutefois, le serf était dans une situation d’infériorité et il était par exemple inconcevable pour un noble d’épouser une serve. Aussi, les hommes ont souvent cherché à se libérer de cette condition, notamment grâce à l’Église, alors d’une source de mobilité sociale.

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05

La lutte contre l’hérésie

Dans les mentalités de l’époque féodale, les liens entre le profane et le sacré étaient très étroits, et toutes les déviations doctrinales prenaient une grande importance. Aussi, sous bien des rapports, l’Inquisition fut une réaction de défense d’une société pour laquelle, à tort ou à raison, la préservation de la foi paraissait aussi importante que de nos jours celle de la santé.

Le terme inquisitio, qui signifie « enquête », ne prit son sens juridique qu’en 1184, lorsque le pape Lucius III exhorta les évêques à rechercher activement les hérétiques pour évaluer la progression du mal dans leur diocèse. Parmi eux, les cathares, dont la doctrine reposait sur un dualisme absolu : l’univers matériel serait l’œuvre d’un dieu mauvais, seules les âmes ont été créées par un dieu bon. Régine Pernoud revient également sur les peines qui étaient généralement appliquées par l’Inquisition : l’emmurement, c’est-à-dire la prison, la condamnation à des pèlerinages ou au port d’une croix d’étoffe cousue sur les vêtements, et dans environ un cas sur quinze, à la peine du feu.

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06

La question de l’Histoire en tant que discipline

Il est facile de manipuler l’Histoire, consciemment ou inconsciemment, à l’usage d’un public qui ne la connaît pas. C’est d’autant plus vrai que, pour le Moyen Âge, les sources sont plus rares, car le droit écrit ne s’appliquait pas partout.

De même, la confusion est très fréquente entre sources littéraires et sources historiques. Aussi, la teneur des chansons de geste ou celle des romans de chevalerie a souvent été prise au pied de la lettre, au point d’en faire des personnages de la vie courante du Moyen Âge. Régine Pernoud reproche aux commentateurs de s’obstiner à prendre dans une acception littérale des œuvres de pure fantasmagorie : tout ce qu’on peut demander à une œuvre littéraire, c’est d’être l’écho d’une mentalité et non la description d’une réalité, encore moins sa description exacte.

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07

Conclusion

Au premier abord, l’ouvrage de Régine Pernoud nous invite à renoncer au terme « Moyen Âge », profondément dépréciatif (et il l’est encore davantage en anglais, Dark Ages), en mettant en lumière les apports considérables qu’ont constitués ces mille années.

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08

Zone critique

Ce grand essai a l’immense avantage d’être court, direct et passionnant. L’historienne Régine Pernoud y aborde des erreurs historiques ancrées dans notre imaginaire collectif. Avec ce livre, le Moyen Âge a été à la fois dépoussiéré, redécouvert par le grand public et toute sa valeur lui a été rendue.

On pourrait toutefois reprocher à ce travail de sans cesse comparer le Moyen-Âge à la Renaissance, pour mieux valoriser le premier au détriment de la seconde. N’était-ce pas l’objet de cette étude que de regretter le découpage de l’histoire en périodes hermétiques dont certaines seraient considérées comme plus ou moins dépréciées ? Sans doute faut-il y voir un moyen de défense d’une médiéviste passionnée.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Pour en finir avec le Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 2014 [1977].

De la même auteure – La femme a temps des cathédrales, Paris, Le livre de poche, 1980. – 8 mai 1429. La libération d’Orléans. Coll. Trente journées qui ont fait la France. Gallimard, 2006 [1969].

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