
Peuplecratie
La métamorphose de nos démocraties
Description
Cet ouvrage s’interroge sur les mutations de nos démocraties contemporaines à travers une comparaison entre la France et l’Italie. Prenant ces deux pays, principalement l’Italie, comme un laboratoire des évolutions des pratiques et des discours politiques en cours, Ilvo Diamanti et Marc Lazar font le constat de l’émergence de la peuplecratie, nouvelle ère politique succédant à la démocratie du public, comme la démocratie des partis avait remplacé le parlementarisme.
La peuplecratie correspond à une métamorphose de nos démocraties en raison de l’ascension de mouvements et partis populistes, mais également de la reproduction et de la valorisation d’un modèle d’action et de communication populiste par tous les acteurs de la scène politique contemporaine.
Sommaire
01Introduction
L’objectif de cet ouvrage est de comprendre les bouleversements de l’ordre politique initiés en Europe, et notamment en Italie, il y a une trentaine d’années et qui tendent à s’accélérer de nos jours. Avant de s’atteler à la tâche ardue qui consiste à définir le populisme et les populistes, les auteurs prennent acte de la prégnance du phénomène populiste en Europe et de l’émergence de la peuplecratie.

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02Vers une définition du populisme
Partant de l’impossibilité de proposer une définition consensuelle de ce qu’est le populisme, Diamanti et Lazar font le choix de tenter d’établir une liste de points communs pour décrire les expériences populistes, avant de souligner les différences entre ces mêmes expériences.
De nombreux aspects du sujet – notamment les régimes populistes historiques latino-américains – sont délaissés dans leur volonté de comprendre le développement de mouvements populistes en Europe et les mutations de la manière de faire de la politique dues en partie à ces mouvements.
Quatre populismes fondateurs sont identifiés : les narodniki russes, le boulangisme, l’antisémitisme en France et le People’s Party nord-américain. Ces populismes revêtent des points communs : la sacralisation du peuple et l’identification des ennemis de ce même peuple qu’il faut combattre. Si leurs contextes politiques, économiques et sociaux diffèrent, ces expériences constituent aussi des matrices dans lesquelles s’inscriront des populismes multiples au sein de ces pays tout en essaimant dans d’autres territoires.

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03Retour du populisme et nouvelle typologie des populismes
Depuis les années 1980, on assiste à une prolifération de mouvements et de partis populistes en Europe qui se caractérisent par des ruptures et des continuités vis-à-vis des populismes précédents. Concernant les aspects nouveaux, les populistes se présentent aujourd’hui comme les meilleurs démocrates en fustigeant le principe de la représentation.
Ils dénoncent la corruption – supposée ou réelle – des élites et le clientélisme, et se font les ardents défenseurs d’une démocratie exemplaire, à l’encontre des populismes de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. Les populistes de la fin du XXe siècle mettent en exergue les défauts et limites de la démocratie représentative portant atteinte à la souveraineté du peuple. Ils tendent donc à rejeter le pluralisme en lien avec leur conception unanimiste du peuple. Ainsi, ces populistes se présentent de plus en plus fréquemment comme les vecteurs de la modernité, à travers notamment la défense des droits des femmes ou de la laïcité.
En termes de continuité, les populistes d’hier comme d’aujourd’hui défendent les victimes et les laissés-pour-compte. L’aggravation des inégalités, induite notamment par la mondialisation, sert le jeu des populistes qui se positionnent comme les défenseurs de ces segments de la population. La défense du patrimoine matériel, immatériel, culturel et identitaire constitue l’un des piliers de la rhétorique populiste. À la suite d’une adaptation pragmatique et programmatique des mouvements et des partis populistes, ils portent la nécessité de défendre l’État social. Les populismes qui ont émergé depuis les années 1980 ont donc fait montre d’une remarquable capacité d’adaptation aux changements, entre ruptures et continuités par rapport à leurs prédécesseurs.

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04Une longue histoire du populisme en France et en Italie
Indépendamment de leurs spécificités, l’histoire de la France et de l’Italie a été marquée par la récurrence des « pulsions populistes » (p.67). Les auteurs proposent de revenir sur ces différentes expériences afin de parvenir à une meilleure compréhension des populismes actuels. Ces deux pays ont une longue tradition du populisme.
Concernant l’Italie, les auteurs proposent trois facteurs explicatifs : le poids de l’héritage du régime fasciste, la courte expérience de la démocratie représentative et les défauts des élites politiques et économiques italiennes. Quant à la France, si elle est marquée par une plus longue histoire démocratique, elle a connu plusieurs grands moments populistes depuis le boulangisme de la fin du XIXe siècle. Cependant, ces expériences furent bridées par des spécificités françaises telles que l’ouvriérisme du Parti communiste et une reconnaissance des vertus de la démocratie représentative portée par le Parti socialiste.
Passant en revue différentes expériences et personnalités de la vie politique française, de Bernard Tapie, à Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, en passant par Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, les auteurs s’attachent à démontrer que le populisme fait intrinsèquement partie de la vie politique française. Ils expliquent la durabilité de ce phénomène par l’affaiblissement des partis politiques et la déstructuration du système partisan. L’élection présidentielle ne serait plus la rencontre entre un homme et un peuple selon la tradition gaulliste, mais un moment de défoulement des passions et d’exacerbation des craintes et des ressentiments. Ainsi, deux populismes coexisteraient en France : les mouvements proprement populistes à l’image du Rassemblement national et de La France insoumise, et un style et une rhétorique populistes portés par de nombreux acteurs du champ politique en tant que stratégie et ressource politiques pour la conquête et l’exercice du pouvoir.

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05Instauration de la peuplecratie
L’objectif des auteurs est ici d’apporter des éléments d’explication à la diffusion – voire à la prolifération – du populisme en Europe. Diamanti et Lazar identifient quatre types d’explication : la première est d’ordre économique et social.
Le développement et la prégnance du populisme sont concomitants du creusement des inégalités, de la précarisation des conditions de travail, de la désindustrialisation et de la montée du chômage. La deuxième est de type politique : elle englobe le processus de redéfinition des clivages à travers le déclin des clivages traditionnels et le brouillage des lignes de division structurant la société, mais aussi la crise de la démocratie représentative et des partis et des médiations traditionnels. Ainsi, le climat de défiance généralisée apparaît comme un terreau fertile pour l’émergence du populisme.
À cela, on peut ajouter une explication technologique ; l’opinion publique se manifeste de manière croissante contre le personnel politique et la démocratie représentative, mais également contre les médias. Cette volonté d’instaurer une « démocratie immédiate » sans médiation ni intermédiaire se donne à voir sur le web, à travers les réseaux sociaux qui semblent s’imposer comme un nouveau modèle de participation politique. Le dernier facteur d’explication est d’ordre culturel : le populisme se nourrit du pessimisme et des inquiétudes de la population concernant la mondialisation, leur niveau ou leur style de vie. Les thématiques de l’immigration et du terrorisme alimentent ces peurs et angoisses. En Italie comme en France, le populisme aggrave les tentations de repli national et contribue aux métamorphoses de la démocratie représentative et à l’émergence de la peuplecratie.

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06Conclusion
À l’époque de la peuplecratie, le populisme se transforme en un modèle de communication et d’action reproduit et valorisé par l’ensemble des acteurs politiques. Les populistes exploitent les faiblesses de la démocratie représentative dans un contexte européen et mondialisé autour de quatre thèmes : le dénigrement des élites nationales et européennes, l’appel au « véritable » peuple menacé de toutes parts, le rejet de la mondialisation et la mise en exergue de ses excès, et un nécessaire retour aux frontières.

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07Zone critique
La lecture de cet ouvrage est très stimulante par l’identification de certains maux qui rongent nos démocraties représentatives actuelles, à l’aune des cas italien et français. La volonté de poursuivre les idéaux-types des régimes représentatifs proposés par Bernard Manin, à savoir le parlementarisme, la démocratie des partis et la démocratie du public, en proposant le nouvel idéal-type de la peuplecratie ouvre de nombreuses pistes de réflexion et de recherche.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Ilvo Diamanti et Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties, Paris, Gallimard, 2019.
Des mêmes auteurs – Politique à l'italienne, Paris, PUF, 1997.

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