
Père-fille
Une histoire de regard
Description
Pour devenir une femme, chaque fille doit assumer pleinement sa féminité, dans le domaine amoureux et sexuel comme dans son désir d’être mère. Le père est l’un des piliers de cette réussite. Le lien intense qui se noue entre la fille et son père, caractérisé par l’interdit fondateur de l’inceste, présidera à la qualité de l’épanouissement du féminin.
À la condition, toutefois, que le regard mutuel de l’un envers l’autre parvienne à éviter l’écueil d’un désir non surmonté, de l’enfance à l’âge adulte.
Dans cet ouvrage, le psychanalyste Didier Lauru explore la relation complexe et fascinante entre un père et sa fille. À travers de nombreux témoignages et analyses cliniques, il nous plonge au cœur de cette dynamique familiale si particulière.
Lauru montre comment la figure paternelle joue un rôle essentiel dans le développement psychologique et affectif de la jeune fille. Le père représente à la fois une figure d'autorité, de protection, mais aussi d'identification et de séparation pour sa fille.
Sommaire
01Introduction
Pour la fille comme pour le garçon, les bases de la sécurité affective sont, dans un premier temps, prodiguées par la mère. Mais le rôle du père est également fondamental.
D’abord, pour limiter les effets de cette relation si intense que l’on parle parfois de « ravage maternel ». Mais aussi parce qu’il représente l’indispensable structure qui permettra à la fille de se construire et d’épanouir sa féminité. Cette lente transformation s’effectue à travers le regard qu’il portera sur elle. Ce lien d’amour entre un père et sa fille est unique, puisqu’il ne peut se traduire dans la sexualité. En respectant l’interdit de l’inceste, le père autorise sa fille à échapper à son emprise pour devenir une femme et aimer un autre homme.

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02L’interdit de l’inceste et le complexe d’Œdipe au féminin
Le père joue un rôle essentiel en tant que représentant de l’autorité, de la puissance et de la loi. Il est à la fois porteur de la loi universelle de l’inceste et garant de cette même loi. Mais selon la psychanalyse, par leur existence même, ces interdits supposent la présence de désirs secrets et enfouis : le désir d’inceste ou de meurtre fait partie intégrante de la structure de la psyché humaine. La relation entre un père et sa fille est donc placée sous le signe de l’ambivalence, oscillant entre un désir incestueux plus ou moins inconscient et l’interdit de celui-ci.
Ces attitudes ambivalentes de certains pères dans le développement de la féminité de leur fille passent notamment par le regard qui, à la différence de la parole, a du mal à se cacher. En dehors même de tout passage à l’acte incestueux – qui induirait des dommages sévères et profonds dans le psychisme de la fille –, l’ambiguïté du regard paternel peut entraver l’épanouissement de la féminité de celle-ci. Beaucoup de femmes pleurent, sur le divan de leur analyste, la perte d’un père idéal dont elles espéraient l’amour immodéré et éternel. Mais c’est justement le refus paternel de répondre à une telle demande qui leur permet de s’ouvrir au plein essor de leur féminité. C’est la façon dont le père vit l’interdit de l’inceste qui va autoriser la fille à se vouloir femme et désirante.

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03La construction de la relation père-fille
La relation père-fille est donc une interaction qui se construit au fil du temps, autour du regard et des paroles de chacun. Elle prend ses racines avant même l’enfance de la fille, dans le désir d’enfant de chacun des parents. Lequel peut être entravé par l’histoire même du sujet, sur le plan symbolique ou physique.
La place respective de la mère et du père dans la famille et dans l’éducation des enfants joue aussi. Mais la relation connaît, dans tous les cas, une charnière importante au moment de l’adolescence. Entre les deux parties, c’est l’épreuve de la confrontation à la sexualité : la sienne et celle de l’autre. « Pour la première fois, le fantasme peut être mis en acte puisque le corps est devenu apte à avoir des rapports sexuels », note Didier Lauru (p.89).

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04Quand le rapport père-fille est fusionnel
Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, a aussi été père. Il a entretenu un rapport fusionnel avec sa benjamine, Anna. Entre eux, le processus d’identification était poussé à l’extrême. L’identification est l’un des mécanismes majeurs à l’œuvre dans la constitution de la psyché humaine.
C’est par le nom que transmet le père que ce dernier exprime son désir et inscrit symboliquement l’enfant dans une lignée. Les processus d’identification sont en grande partie inconscients. Ils s’effectuent dès la première enfance, avec une résurgence importante à l’adolescence, et sont constitutifs de la structure de la personnalité. Chez la fille, la problématique de l’identification comporte des éléments parfois conscients et explicites – le désir de ressembler au père par l’un de ses traits de caractère –, mais aussi inconscients.

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05Quand la fille est tétanisée par l’image d’un père idéal
Isabelle, 40 ans, est dépressive et insatisfaite sur le plan affectif. Professionnellement, elle a suivi la voie que son père lui avait tracée à son adolescence et qu’il désirait pour elle. Aucun homme ne pouvait la combler, car elle était restée fixée à une image idéale – mais faussée – de son père.
Grâce à l’analyse, elle s’autorise enfin à être une femme au sens plein du terme. Même syndrome chez Émilie, 28 ans, frigide, insatisfaite sur le plan affectif et dénuée de perspectives. Elle regrette que son mari n’ait pas toutes les qualités de son père, qu’elle admire énormément. Elle fantasme aussi de remplacer sa mère dans toutes ses prérogatives d’épouse. La levée de ses différents degrés de refoulement lui a rendu une partie de ses capacités à la jouissance.

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06Quand le père a failli : somatisations, homosexualité, asexualité, phobies…
À l’inverse, parfois la fille réalise que son père n’est pas à la hauteur de ses espérances et qu’elle ne pourra jamais satisfaire le désir de celui-ci. C’est dans ce décalage entre imaginaire et réel que vont naître insatisfactions ou frustrations. Nombre de femmes paient au prix fort le malaise né d’un regard inapproprié de leur père, traduisant des fantasmes, conscients ou non, sur leur fille : symptômes dépressifs avec passages à l’acte suicidaires, troubles alimentaires, épisodes d’auto-agressivité sous forme de scarifications, etc.
Parfois, la féminité se cache derrière une apparence androgyne, une « asexualité » revendiquée ou une anorexie. En toile de fond de toutes ces histoires de femmes se profile toujours une déception commune, « celle infligée par le père qui ne les a pas reconnues comme pouvant devenir femmes » (p.211). Didier Lauru évoque le cas de Claude, homosexuelle, au père incestueux et lubrique, ce qui l’a déterminée à adopter elle-même une position masculine – voire machiste – sur ses compagnes, comme une revanche. Hélène souffre de douleurs abdominales et de migraines. Elle se sent épiée, comme si son père l’observait en permanence. Noémie est sans relations depuis des années et souffre de vaginisme. Lorsqu’elle avait une dizaine d’années, son père l’avait surprise en train de se livrer à des explorations sexuelles avec ses voisins : elle n’a jamais oublié ses regards et ses commentaires désapprobateurs.

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07Conclusion
« La légitimité de la féminité ne peut être donnée que par le père », résume l’auteur (p.216). Plus une femme se sent aimée dans le regard de celui-ci, plus son capital de séduction s’accroît. Mais à la condition que ce regard paternel – ainsi que les mots qui l’accompagnent le cas échéant – respectent à la lettre l’interdit de l’inceste. Dans tous les cas, l’amour du premier homme de sa vie va laisser sur sa féminité naissante une empreinte indélébile.

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08Zone critique
Un livre vivant et agréable à lire, qui éclaire d’un jour original, fascinant et dérangeant à la fois la thématique des relations père-fille. Original, car il est plus courant de voir analysé le rapport des filles avec leurs mères. Fascinant, car il met en exergue l’importance, dès le plus jeune âge, de ce regard que le père pose sur la fille, regard à la fois physique et psychologique. Et dérangeant, tant ce regard peut s’avérer, plus souvent qu’on ne le pense, inapproprié – voire incestueux – ou mal vécu par certaines filles.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Didier Lauru, Père-fille. Une histoire de regard, Paris, Albin Michel, 2011.

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