
Penser la Révolution française
Compréhension des causes et conséquences de la Révolution
Description
"Penser la Révolution française" de François Furet est une œuvre essentielle pour quiconque souhaite approfondir sa compréhension de l'histoire et des idées qui ont façonné la Révolution française. Furet offre une analyse approfondie des origines, du déroulement et des conséquences de cet événement majeur, tout en explorant les diverses interprétations et controverses qui l'entourent.
Ce livre stimulant remet en question les interprétations traditionnelles de la Révolution, offrant une perspective nuancée et éclairante sur ses dynamiques politiques et intellectuelles. En mettant en lumière les débats historiographiques et les enjeux idéologiques liés à la Révolution, Furet invite les lecteurs à repenser cet épisode crucial de l'histoire occidentale, en faisant ainsi une lecture incontournable pour quiconque s'intéresse à l'histoire, à la politique et à la pensée révolutionnaire.
Sommaire
01Introduction
En 1965, François Furet et Denis Richet publient La Révolution française en deux tomes contestant l’idée d’une « Révolution bourgeoise » qui aurait balayé les restes du système féodal et permis l’avènement du capitalisme. Cette remise en question de la lecture marxiste entraîne une longue controverse avec les chefs de file de cette école : Albert Soboul et Claude Mazauric, qui émettent une série de critiques de l’œuvre de Furet et Richet. Le livre de 1978 constitue à la fois la réponse de François Furet, mais aussi un ouvrage méthodologique qui confronte l’histoire problème au récit de la Révolution et invite à ne plus lire l’événement au prisme de l’année 1917 en Russie ou des ruptures idéologiques du second XXe siècle. Pensée par l’École des Annales, l’histoire problème interroge le passé en recourant aux autres disciplines, puis en croisant et diversifiant les sources. Il s’agit alors de privilégier l’analyse au récit.

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02Finir la Révolution
Comme toute histoire, celle de la Révolution française est le produit d’une relation entre le passé et le présent. Pourtant, par l’étendue de sa promesse, la Révolution a un début mais pas de fin, puisque toute l’histoire du XIXe siècle serait une lutte entre la Révolution et la Restauration. Si l’historiographie de ce siècle célèbre le triomphe des principes des Lumières en 1789, elle condamne la Terreur de 1793-1794.
Un changement s’opère après les révolutions russes de 1917. Le club des Jacobins, dont l’action fut primordiale entre 1792 et 1794, devient alors le symbole de la Révolution française. En effet, beaucoup cherchent dans les événements français, les prémices de la Révolution russe et voient dans les jacobins, les précurseurs des bolcheviks.
Par exemple, l’historien Albert Mathiez n’hésite pas en 1920 à justifier la violence de Lénine et Trotski par le précédent français. Dès lors, la curiosité universitaire se déplace de 1789 à 1793. Selon François Furet, Albert Soboul et Claude Mazauric seraient les héritiers de ce courant marxiste.

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03L’Ancien Régime et la Révolution
L’aspect le plus intéressant du livre réside sans aucun doute dans la rencontre entre François Furet et l’œuvre du libéral Alexis de Tocqueville. Tout historien peut ici comprendre la découverte d’une nouvelle source contribuant au renouvellement de son propre système de pensée. Sans tomber dans l’éloge systématique, l’auteur présente les forces mais aussi les faiblesses de l’auteur de L’Ancien Régime et la Révolution. À la différence de nombreux historiens du XIXe siècle, Tocqueville rompt avec l’histoire récit pour l’histoire problème. Cassant les ruptures chronologiques, il offre une certaine continuité entre les réformes menées sous Louis XV, puis Louis XVI, et la période révolutionnaire.
L’interprétation générale de la Révolution française par Alexis de Tocqueville se trouve dans son ouvrage L’État social et politique de la France avant et depuis 1789 rédigé en 1836, puis L’Ancien Régime et la Révolution vingt ans après. Pour lui, la Révolution constitue moins une transformation radicale de la France et des Français que l’aboutissement de dynamiques à l’œuvre sous l’Ancien Régime.

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04Le messianisme jacobin
Malgré la brièveté de sa vie, Augustin Cochin (1876-1916) a laissé une œuvre conséquente sur la Révolution. Ses travaux ont pourtant été relégués au second plan de l’histoire universitaire en raison de sa mort au front lors de la bataille de la Somme, puis des critiques des historiens Alphonse Aulard et Albert Mathiez. Présenté comme un catholique royaliste, il ne correspond alors pas aux idées dominant l’étude de la Révolution française. Si Tocqueville accorde beaucoup d’importance aux idées, lui se focalise davantage sur les aspects sociologiques. Il publie un recueil de sources : Les Actes du gouvernement révolutionnaire (23 août 1793-27 juillet 1794), et La Crise de l’histoire révolutionnaire : Taine et M. Aulard. Pour Furet, Aulard et Mathiez sont des historiens du récit alors qu’il présente Cochin comme un historien du problème.
Si Tocqueville cherche à comprendre la continuité, Cochin s’intéresse à la rupture, puis au phénomène jacobin, tout comme Aulard et Mathiez. Toutefois, à la différence de ces derniers, Cochin déteste le jacobinisme qui défend la souveraineté populaire. Ses deux principales qualités apparaissent comme son intérêt pour la sociologie puisqu’il a lu Durkheim, puis il s’illustre comme un historien de terrain et un archiviste. Augustin Cochin ne voit pas le jacobinisme comme une idéologie mais comme une « société de pensée » caractérisée par le lien de chacun aux idées, préfigurant donc ici la démocratie. Les meneurs deviennent ici secondaires : Brissot, Danton et Robespierre se manifestent plus comme des produits du jacobinisme que des leaders jacobins. La société des jacobins apparaît comme le triomphe d’un mouvement né au XVIIIe siècle et incarné par la Bretagne où des sociétés se réunirent sur la base de la philosophie. Peu à peu, cet esprit de société remplace l’esprit de corps. Les clubs, académies et loges maçonniques ont en quelque sorte préparé le terrain.

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05Conclusion
Oscillant entre le manifeste et le règlement de compte, François Furet fustige l’école marxiste et surtout signe un plaidoyer pour l’histoire problème privilégiant la compréhension des idées et dynamiques à la cohérence chronologique. Il appelle autant à une histoire la plus objective possible de la Révolution qu’à une « nouvelle » façon d’aborder l’événement.

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06Zone critique
Ce recueil d’articles transformé en livre doit être abordé avec prudence. Trois forces sont à retenir de cet ouvrage.
D’abord, le fait de penser la Révolution comme une continuité contrairement à ce qu’il avait fait en 1965 avec Denis Richet. 1793 et 1789 ne peuvent être séparées et relèvent d’une même dynamique. Ensuite, l’histoire présentée se veut en rupture avec l’histoire récit. François Furet propose d’analyser la Révolution plutôt que de la célébrer. Enfin, les auteurs sur lesquels il appuie sa conception renouvellent l’approche des historiens du XIXe siècle. Tocqueville devient incontestablement la référence de Furet et contribuera ainsi à penser l’événement depuis 1770 jusqu’aux années 1880 .

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07Pour aller plus loin
Ouvrages de François Furet

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