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Couverture de 'Pensees'

Pensées

Blaise Pascal

Ce qu'on préfère ne pas savoir sur nous-mêmes

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Description

Au dix-septième siècle, un homme brillant qui aurait pu rester mathématicien décide que la vraie question n’est pas l’univers, c’est l’âme. Il commence à écrire mille fragments : des aphorismes, des dialogues, des observations, des cris de doute et d’illumination. Il meurt sans les assembler. Ses disciples les rangent tant bien que mal. Ce qu’on appelle les Pensées n’a jamais été un livre pensé par Pascal c’est un chantier qu’on nous laisse explorer.

Question explorée : Comment peut-on vivre en sachant qu’on va mourir et qu’on ne comprend rien à l’infini qui nous entoure?Vision de l’auteur : L’homme est misère sans Dieu. Mais il est aussi capable de reconnaître cette misère. Ce pouvoir de penser c’est notre grandeur.Enjeu littéraire : Inventer une nouvelle forme d’écriture philosophique — l’aphorisme français, le fragment poétique, la remarque mordante.

Sommaire

01

Quand avez-vous pensé pour la dernière fois à votre mort

Quand avez-vous pensé pour la dernière fois à votre mort? Pas pour la craindre juste pour la reconnaître. Quand vous êtes assis à table ou que vous défilez sur votre téléphone, que vous n’y pensez pas? C’est normal. Pascal appelle ça le divertissement. On se distrait pour ne pas penser à ce qui compte. Et ce qui compte, pour lui, c’est que nous sommes des roseaux pensants : fragiles, éphémères, mais conscients. Trois cents ans après Pascal, c’est devenu encore plus fort. On a inventé mille façons de ne pas penser à la mort. Pascal a vu le mécanisme. Les Pensées, c’est le livre du doute et de la lucidité. Et c’est étrangement contemporain.

Les Pensées ont changé la façon dont on écrit en philosophie. Avant Pascal, la philosophie était des traités : arguments structurés, démonstrations, conclusions. Pascal regarde ça et dit: c’est faux. C’est un mensonge sur la façon dont on pense. On ne pense pas linéairement. On pense par éclairs, par doutes, par contradictions. La pensée vraie c’est pas du discours continu c’est des morceaux.

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02

Port-Royal : centre de résistance spirituelle

Nous sommes au milieu du dix-septième siècle français. Louis XIV est au pouvoir, la Cour de Versailles devient le centre du monde, la société est stratifiée, hiérarchisée, basée sur les apparences et sur le jeu. Pour réussir à la Cour, il faut jouer un rôle, parler un langage convenu, mettre en scène sa vie.

Mais il y a une réaction contre ça. Port-Royal, un monastère réformiste près de Paris, devient un centre de résistance spirituelle et intellectuelle. C’est une communauté de croyants et de penseurs qui disent : non, la vraie vie n’est pas à la Cour. C’est intérieurement. C’est en reconnaissant sa misère devant Dieu et en cherchant l’absolu.

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03

Le roseau qui pense

Les Pensées ce n’est pas une histoire au sens romanesque. C’est un paysage intérieur. Mais il y a un mouvement, un chemin que Pascal propose.

D’abord, il y a le diagnostic de la misère humaine. L’homme est petit. Inépte. Oublieux. Violent. Il cherche le divertissement parce que l’ennui le tue. Regardez une personne assise sans rien faire : elle devient agitée. C’est pourquoi on a inventé la chasse, le jeu, les spectacles. On cherche n’importe quoi pour ne pas affronter le silence et la conscience de sa propre mortalité. Pascal appelle ça le divertissement. Et il dit: c’est la condition humaine. Nous, les hommes, nous avons besoin de fuite.

Mais Pascal démonte aussi quelque chose de plus complexe. Il y a une contradiction au cœur de l’existence : nous sommes faibles, fragiles, destinés à mourir. Et pourtant, nous pouvons penser. Nous pouvons reconnaître notre propre faiblesse. Un roseau qui pense, c’est sa formule célèbre. C’est une dignité secrète. Les animaux ne savent pas qu’ils vont mourir. Mais l’homme le sait. Et cette conscience, même terrible, c’est une grandeur.

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04

Quand le di­ver­tis­se­ment nous tue

Le premier thème c’est le divertissement. Et c’est peut-être le plus important. Pascal observe quelque chose d’ultra-contemporain : on ne peut pas rester avec nous-mêmes. Nous avons besoin d’occupation. Si on vous met dans une pièce avec un livre et rien d’autre, au bout de quelques heures vous êtes misérables. Pourquoi? Parce que sans divertissement, on pense à ce qui compte : on va mourir. On est seul. La vie n’a pas de sens évident.

Donc on invente. Les jeux, les spectacles, les intrigues de la Cour, les amours — tout ça c’est du divertissement. C’est pas mauvais en soi, selon Pascal. C’est simplement humain. Le problème c’est qu’on le prend pour la vie. Les gens vivent entièrement dans le divertissement et meurent sans avoir vraiment pensé.

Et ça c’est fou actuel. Regardez: on a les réseaux sociaux, on a Netflix, on a mille façons de ne pas être avec nous-même. Pascal l’aurait reconnu tout de suite. C’est du divertissement sur stéroïdes. La technologie a juste rendu plus efficace ce que les hommes cherchaient depuis le début.

Le deuxième thème c’est l’infini. Pascal est mathématicien et physicien. Il sait que l’univers est immense. Mais il y a quelque chose de vertigineux chez lui dans la manière de le dire. Entre deux infinis — l’infiniment grand et l’infiniment petit — nous sommes suspendus. Nous ne comprenons ni l’un ni l’autre. C’est une source de mystère permanent.

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05

Des phrases qui ne peuvent pas se paraphraser

Les Pensées ne ressemblent à rien de ce qui a été écrit avant. Ce sont des fragments, des aphorismes, des dialogues ébauchés, des listes, des remarques furieuses, des questions sans réponse.

Prenez cette phrase: “L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant.” En trois lignes, Pascal combine l’image physique, le jugement métaphysique et une sorte de choc ontologique. On ne peut pas la paraphraser. Elle n’est efficace que dans sa forme précise.

Ou celle-ci: “Divertissement. Les hommes ne font jamais le mal si complètement et si gaiement que quand ils le font par conviction religieuse.” C’est una phrase qui mord. Elle a une structure de pirouette — on s’attend à une conclusion morale et on reçoit une observation sombre sur la nature humaine.

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06

Une éthique de la conscience radicale

Parce que les problèmes que Pascal identifie ne sont pas partis. En fait, ils se sont intensifiés. On a inventé mille nouvelles formes de divertissement — et elles nous consomment complètement. Un téléphone dans la poche, c’est le divertissement éternel. Pascal dirait: vous voyez? Les hommes n’ont pas changé. Ils cherchent juste de nouvelles échappatoires.

Et il y a quelque chose de rassurant à lire Pascal alors qu’on vit dans un monde de chaos informatif. Pascal dit: c’est normal que vous vous sentiez petits, perdus, submergés. L’univers est réellement immense et indifférent. Vous ne pouvez pas le comprendre. Aucun système ne résoudra ça. Ce qu’il faut c’est accepter la misère et chercher quand même.

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07

La citation qui reste

“Tout ce qui est possible de savoir c’est que tout est misérable; et tout ce qui est possible de chercher c’est la rémission.”

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08

Fiche synthèse

L’œuvre en une phrase : Mille fragments écrits par un mathématicien converti à la spiritualité, où l’urgence de la mort se transforme en philosophie du doute et de la lucidité.

L’auteur en une phrase : Un brillant mathématicien qui abandonne la science pour la spiritualité et invente, en mourant à trente-neuf ans, la philosophie existentielle.

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