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Couverture de 'Pensees pour moi meme'

Pensées pour moi-même

Marc Aurèle

Réflexions intemporelles

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Description

Comment être à la hauteur des nombreuses exigences de notre vie et résister aux déceptions auxquelles elle nous confronte ? Et si l’on se bâtit une armure contre les événements du monde, comment parvenir à néanmoins conserver une place au sein de celui-ci et à ne pas s’isoler des autres ?

L’empereur Marc Aurèle, dans le recueil de pensées qu’il écrivit au fil de son cheminement intérieur, répond à ces questions qui le tourmentaient et demeurent toujours aussi actuelles.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Nous devons être réactifs et performants dans notre travail, apaisés et disponibles dans notre vie personnelle, créatifs dans notre existence et toujours humains avec notre prochain.

Mais est-il possible de mener de front toutes ces ambitions ? La question se posait déjà de manière lancinante pour l’empereur romain Marc Aurèle. Homme politique devant prendre part aux alliances et aux usages de la cour qui choquaient pourtant ses principes moraux, empereur en guerre constante qui souhaitait pourtant conserver une vie épargnée de violence, il a trouvé dans la philosophie un moyen de se préserver des chocs de la vie. Connaissant parfaitement la doctrine stoïcienne, qu’il adopte, il conçoit l’âme comme un souffle que l’on peut faire travailler et dont on peut améliorer la résistance, à la manière dont un sportif travaille à améliorer son souffle respiratoire.

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02

Comment Marc Aurèle conçoit-il la nature de l’homme ?

Comme ses prédécesseurs stoïciens, Marc Aurèle pense que l’homme se définit par sa rationalité. Mais il s’écarte toutefois de la tradition stoïcienne en considérant d’autres aspects de la nature humaine. On pouvait en effet reprocher au stoïcisme de faire de l’homme un pur esprit, et de négliger le fait qu’il possède un corps et soit entouré par d’autres corps qui ne sont pas nécessairement une menace. Pour Marc Aurèle, en plus de sa rationalité, l’homme se définit par son âme (conçue comme souffle animant le corps) et le corps lui-même.

Ni le corps ni le souffle vital qui l’anime ne font partie de l’individu de manière essentielle, ils sont contingents (c’est-à-dire qu’ils pourraient disparaître ou être différents sans que ma nature en soit affectée). Nous devons nous détacher du souci égoïste du corps et de son souffle, sans pour autant les négliger : en prendre soin est un devoir, car cela permet à notre rationalité de s’appuyer dessus, la réflexion étant toujours facilitée par la bonne santé physique. Mais que nous apporte la réflexion ? Elle permet avant tout de construire notre moi, ce que nous appellerions aujourd’hui notre véritable identité. En effet, pour les stoïciens, il n’existe pas, comme c’était par exemple le cas chez Platon ou Aristote, de faculté irrationnelle qui viendrait s’opposer à notre faculté rationnelle. Cela signifie que nous n’avons qu’une seule faculté cognitive, la raison (que les stoïciens appellent l’hégémonique, parce qu’elle nous dirige) et qu’elle est seule responsable de l’intégralité de nos choix, bons ou mauvais. Sur elle repose donc la personne que nous sommes.

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03

Comment peut-on agir dans un monde déterminé ?

Cette conception de l’homme implique de prendre conscience du pouvoir que l’on peut avoir sur soi-même. Mais quel pouvoir ?

Est-on vraiment libre d’agir, puisque les stoïciens croient à un monde entièrement ordonné et déterminé ? Une réponse classique du stoïcisme reprise par Marc Aurèle (Livre X ; Pensée 33) consiste à distinguer deux types de causes : les causes complètes et les causes prochaines. Selon l’analogie du stoïcien Chrysippe (-280 ; -206), un cylindre que l’on pousse roule vers le bas en vertu de sa nature (un cylindre ne peut que rouler) et de la poussée initiale qui a entamé le mouvement.

Dans cet exemple, la poussée n’est que la cause prochaine. La cause complète, qui détermine vraiment la nature du mouvement, est la nature du cylindre (s’il s’agissait d’un cône, avec la même poussée initiale celui-ci ferait des cercles sur lui-même). Sur le modèle de cet exemple, on peut alors dire que la cause complète des actions de l’homme est sa nature et les causes prochaines sont les événements qui les suscitent. Or, contrairement au cylindre, la nature de l’homme est rationnelle. C’est donc de sa réflexion que naissent ses actions.

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04

Comment traverser sereinement toutes les tempêtes ?

L’homme est donc en mesure d’agir dans le monde. Et pour les stoïciens, agir de manière vertueuse nous rend heureux. Mais comment ne pas se laisser gagner par l’anxiété et la difficulté de l’action ? Et est-on vraiment heureux lorsque nos entreprises échouent et que malgré nos actions, tout s’effondre autour de nous ? Aussi utopique que cela puisse paraître, pour Marc Aurèle, oui. Il conçoit le bonheur comme ses prédécesseurs, à savoir comme une ataraxie, une absence de troubles dans l’âme. Quel que soit le résultat de nos actions, pour être heureux, nous ne devons pas nous laisser troubler.

Mais comment atteindre un tel état ? Il faut, selon le grand précepte stoïcien, changer les représentations que l’on se fait des choses. Voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide ? Oui, mais pas seulement. Il ne s’agit pas tant de favoriser les pensées positives que de changer la manière dont on comprend les choses. Marc Aurèle a retenu cette idée de sa lecture du Manuel d’Épictète, mais la pratique chaque jour d’une manière inédite. Il s’appuie par exemple beaucoup sur le langage.

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05

Peut-on parvenir à tout cela seul ?

Doit-on se constituer une telle disposition intérieure tout seul, et demeurer isolé ? Pas du tout, nous répond Marc Aurèle. Bien au contraire, l’homme, par essence, est dans le monde comme une partie d’un tout.

Cette idée vient du stoïcisme ancien, mais alors que ses prédécesseurs pensaient avant tout au monde naturel, au cosmos, il veut mettre l’accent sur la société. L’homme est une partie de la société et ne peut se passer d’elle. Il le compare ainsi à une branche (Livre XI, Pensée 8) : une branche ne peut être coupée de l’arbre auquel elle appartient sans dépérir. Et il va plus loin : se couper d’une seule branche de l’arbre (d’un seul homme de la société), c’est se couper de la société entière. Cela signifie que se retourner contre son prochain, soit en le haïssant soit en renonçant à le considérer comme un homme, revient à se retourner contre la société.

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06

Conclusion

Alors qu’Épictète avait rendu la doctrine stoïcienne bien plus accessible, Marc Aurèle qui l’avait beaucoup lu, réalise à son tour une tâche importante : rendre le stoïcisme actuel.

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07

Zone critique

L’envers de cette capacité qu’a l’ouvrage de s’adresser à chacun d’entre nous et d’être utilisable dans nos vies est une moindre densité théorique. Les pensées sont parfaitement écrites et construites, mais la doctrine stoïcienne stricte est bien moins développée que chez ses prédécesseurs et parfois de manière infidèle, ce qui a longtemps fait hésiter les historiens et les philosophes à le considérer pleinement comme un stoïcien.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Pensées pour moi-même, in Les Stoïciens, trad. É. Bréhier, Paris, Éditions Gallimard, coll. « La Pléiade », 1962.

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