
Patients zéro
Histoires inversées de la médecine
Description
Dans "Patients zéro", l'écrivain et médecin épidémiologiste Luc Perino retrace les histoires fascinantes de certains "patients zéro" ayant joué un rôle clé dans l'histoire de la médecine. À travers une approche narrative, Perino met en lumière des destins individuels qui ont contribué, parfois malgré eux, à faire progresser notre compréhension des maladies et des épidémies. Il s'agit de récits captivants qui offrent un éclairage inédit sur l'évolution de la médecine, en la racontant "par en bas", du point de vue de ces patients devenus involontairement des figures historiques.
Sommaire
01Introduction
L’histoire a consacré nombre de médecins qui ont fait des découvertes cruciales pour traiter certaines maladies. Mais sans les patients, jamais ces avancées médicales n’auraient vu le jour.
C’est pourquoi Luc Perino choisit de revisiter l’histoire de la médecine en changeant résolument de perspective. Il retrace les grandes évolutions scientifiques en replaçant le malade au cœur du processus de découverte. Pour remettre à l’honneur ceux qui ont apporté la gloire à de nombreux médecins, il se focalise sur les patients zéro dont les pathologies ont confronté les scientifiques à des énigmes anatomiques, infectieuses ou psychiques.

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02La médecine, un défi technique et culturel
L’acte de soigner est une nécessité biologique et naturelle : grâce à leurs soins, les parents de la plupart des êtres vivants permettent aux nouveau-nés de survivre et pérenniser l’espèce.
Au fil du temps, le soin s’est professionnalisé, même s’il n’était pas d’une grande efficacité. Il était représenté par des pseudo-soigneurs, comme les arracheurs de dents ou les barbiers qui endossaient autrefois le rôle de médecin. La médecine a connu un réel tournant avec l’apparition de nouvelles techniques et la découverte du potentiel de certaines substances.
Si les propriétés anesthésiantes de l’éther, du chloroforme ou du protoxyde d’azote ont permis de développer les interventions chirurgicales, le pouvoir de la morphine a offert la possibilité de calmer les souffrances des malades. Grâce aux vaccins, la mortalité liée aux épidémies a pu être réduite, tandis que le décodage des groupes sanguins a ouvert l’ère des dons de sang et des transfusions sanguines sans risque. Toutes ces avancées ont permis d’accéder à une médecine capable de pénétrer dans le corps pour guérir des pathologies internes, au lieu de s’en tenir à des soins externes.

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03Le patient, un acteur central des avancées médicales
Si l’on retient le nom des médecins qui ont fait progresser la médecine, on oublie que ces avancées n’auraient pu avoir lieu sans les patients. Qu’ils aient consenti à devenir des objets d’étude ou qu’ils le soient devenus malgré eux, ils ont permis aux scientifiques d’obtenir des données concrètes par une observation en temps réel ou des recherches anatomiques post-mortem. La méthode anatomoclinique a notamment été déterminante.
Cette technique consiste à suivre un patient, puis à autopsier son cadavre pour identifier les causes organiques des symptômes qu’il présentait. Dans les années 1900, l’observation du cerveau d’Auguste Deter a ainsi permis au docteur Alzheimer de faire émerger certaines caractéristiques neurodégénératives de la maladie qui portera son nom. De même, les lésions du lobe frontal gauche de Louis Victor Leborgne, dit Tan-Tan, ont expliqué son incapacité à parler et ont révélé l’importance de cette aire cérébrale dans les fonctions du langage.

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04Les tâtonnements de la virologie
De la peste au choléra en passant par le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), les virus ont la particularité de muter et de profiter des déplacements humains en bateau ou en avion pour se répandre dans différents pays. Leur virulence et leurs capacités d’adaptation en font des ennemis redoutables pour la santé publique. Ils profitent aussi de la contamination entre espèces pour se diffuser plus largement. Le sida est probablement apparu dans les années 1920 chez un chasseur africain, qui aurait contracté la maladie en se faisant mordre par un animal ou en le dépeçant. Le SRAS serait passé de la chauve-souris à une civette avant de contaminer les hommes.
La lutte contre les épidémies d’origine virale doit beaucoup au développement des vaccins. On attribue généralement les prémisses de la vaccination à Louis Pasteur, qui a expérimenté son traitement contre la rage sur le petit Joseph, un enfant mordu par un chien en 1885. Pourtant, il existait, dès le VIe siècle, en Chine des procédés similaires qui ne s’effectuaient pas sous forme d’injections, mais d’inhalations.

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05La science à l’épreuve de la complexité du corps humain
Les mystères du corps humain commencent dès la gestation du bébé dans le ventre de sa mère. En 1953, Mme McKey offre aux scientifiques l’opportunité inestimable de mieux connaître les interactions mère-enfant à partir d’un simple don de sang. Alors qu’elle n’a jamais été transfusée, on découvre avec surprise que deux groupes sanguins distincts circulent dans ses veines et que son corps abrite donc des cellules d’origine différente.
Loin d’être une anomalie, ce phénomène est le résultat de la diffusion des cellules fœtales par l’embryon dans l’organisme de sa mère. Ce processus, appelé microchimérisme fœto-maternel, a pour vocation de garantir les besoins futurs du bébé. Il concourt notamment à accroître la production des hormones de l’allaitement et de l’attachement. Du côté de la mère, cette intrusion de nouvelles cellules est à double tranchant : elle peut certes favoriser la régénération de tissus cellulaires comme l’épiderme, mais elle peut également être à l’origine de cancers, du sein ou de l’utérus par exemple.

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06Dangers et dérives de la médecine
Les avancées médicales sont souvent à double tranchant. Les antibiotiques constituent une invention révolutionnaire qui guérit certes de nombreuses maladies, mais qui accroît la capacité de résistance des bactéries. Certains médicaments auxquels on a donné une diffusion mondiale, sans études cliniques probantes, ont suscité des scandales sanitaires de grande ampleur.
Mis sur le marché en 1957, le Contergan® se présentait comme un somnifère dénué d’effet secondaire, même chez les femmes enceintes. Il a pourtant été à l’origine de graves malformations des nourrissons, dont a été atteint le petit Gregor. Les convictions scientifiques des médecins constituent également un danger pour les patients qui sont à leur merci. La réassignation sexuelle forcée dont a été victime le jeune Bruce Reimer en est le triste exemple. À la suite d’une amputation du pénis due à une erreur de diagnostic, le petit garçon a été élevé comme une fille sur les conseils d’un psychologue et a subi différentes interventions pour féminiser son corps. Autant de manipulations qui ont conduit Bruce Reimer au suicide.

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07Conclusion
C’est aux patients que l’on doit l’amélioration des diagnostics et des traitements dans des domaines aussi variés que la psychiatrie, la génétique, l’infectiologie ou la neurologie. En confrontant les médecins à des pathologies ou des anomalies inédites, ils les ont forcés à repousser les limites de leurs connaissances avec plus ou moins de succès selon les cas. Si le livre de Luc Perino célèbre des évolutions clés telles que la vaccination antirabique, il est aussi un réquisitoire cinglant contre certaines pratiques médicales abusives ou appliquées sans discernement.

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08Zone critique
Luc Perino est un partisan de la médecine évolutionniste. Cette théorie s’inscrit dans la lignée des principes de Darwin, pour qui chaque espèce est en perpétuelle évolution et soumise à la sélection naturelle. Cela signifie que les individus les plus adaptés à leur environnement se reproduisent plus que les autres afin d’assurer la pérennité de l’espèce.
Par définition, l’évolutionnisme s’oppose au créationnisme qui soutient l’idée que l’homme et le monde ont été conçus par une entité divine supérieure. Les créationnistes, comme le biologiste américain Michael Behe, s’appuient sur le principe de stabilité des espèces.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Patients zéro – Histoires inversées de la médecine, Paris, La Découverte, 2020.
Du même auteur – Pour une médecine évolutionniste : une nouvelle vision de la santé, Paris, Le Seuil, 2017.

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