
Participer
Essai sur les formes démocratiques de la participation
Description
Dans cet ouvrage, Joëlle Zask analyse l’essence de la participation démocratique. Elle identifie trois dimensions inséparables : participer signifie « prendre part », « contribuer » (apporter une part) et « bénéficier » (recevoir une part).
Ce savant mélange permet aux citoyens de s’associer collectivement tout en se réalisant librement en tant qu’individus.
Sommaire
01Introduction - De l’impératif participatif
Ces dernières années, les institutions ont témoigné d’un réel engouement à l’égard du « participatif ». Comme le montrent Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthes dans leur ouvrage Agir dans un monde incertain (2001), on cherche dorénavant à « co-construire » l’action publique avec les citoyens.

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02Une « forme chimiquement pure » de la participation
L’ambition de Joëlle Zask est de « mettre au jour dans le champ politique une forme chimiquement assez pure de la participation » (p. 90). En effet, qu’est-ce que veut dire « participer » ?
Prenons l’exemple de la participation en classe. D’un côté, l’élève « fait partie » d’un collectif qu’il n’a pas choisi et dont il ne maitrise pas la finalité. En classe, l’élève obéit au maître et doit adopter des codes sociaux qui lui sont imposés. Cependant, il serait inexact d’affirmer que cette participation réduit son libre arbitre. En effet, grâce à l’apprentissage, l’élève peut affirmer son individualité. Aussi, la « participation » est un terme ambigu. Il suppose l’appartenance à un groupe qui se constitue et, dans le même temps, l’affirmation d’une identité propre à l’individu.

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03De la participation aux États-Unis
L’idéal participatif est au cœur de la République fédérale américaine, dont la naissance au XVIIIe siècle consacre une « démocratie forte » fondée sur le principe d’autogouvernement – « self-government ». Selon Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis de 1801 à 1809, le gouvernement devait être restreint à des communautés locales, dans lesquelles la participation active des citoyens était requise pour maintenir en vie la démocratie. Ainsi, le développement de petites communautés vivantes multiplie les contre-pouvoirs.
Cette décentralisation confère aux instances locales un rôle essentiel dans la vie politique américaine. Cette organisation décentralisée favorise l’engagement politique. Comme le remarquait Alexis de Tocqueville (1805-1859) dans son chef-d’œuvre De la démocratie en Amérique (1835), si l’égalité des conditions génère une certaine tendance à l’individualisme, aux États-Unis, les citoyens ne cessent de s’unir au sein d’ « associations libres ».

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04Un prisme pragmatique
L’analyse de la participation proposée par l’auteure se définit par son prisme pragmatique. Pour le pragmatisme, notre environnement – c’est-à-dire l’ensemble des interactions dans lesquelles nous évoluons – a une incidence considérable sur la constitution de notre esprit. Selon William James (1842-1910), grande figure de ce mouvement, « parmi les rôles que nous jouons, très peu sont de notre choix » (p. 9). Comme le remarque également John Dewey dans son ouvrage Après le libéralisme ? : « La plus grande source d’éducation, la plus grande force influant sur les dispositions et les attitudes des individus, c’est l’environnement social dans lequel ils vivent » (p. 171). L’être humain se caractérise ainsi par sa « typicité » : nous sommes déterminés par nos croyances et nos habitudes, qui nous permettent de nous projeter efficacement dans le futur.

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05« Prendre part », « contribuer » et « bénéficier »
Une participation « pleine et entière » repose sur trois dimensions intrinsèquement liées. Participer, c’est nécessairement « prendre part » – ce qui suppose la participation volontaire à un projet commun. À l’instar d’un repas entre amis, cette activité collective dépend du libre arbitre des individus.
De cet assemblage de volontés distinctes surgit une innovation, une expérience qui ne dépend d’aucun groupe préexistant. Cela suppose « un jeu d’interactions réciproques entre des individus qui, soit parce qu’ils prennent plaisir à la compagnie [...] des autres, soit parce qu’ils ont horreur de la solitude, s’assemblent librement » (p.
24). Mais « prendre part » ne suffit pas à fonder une société démocratique. Il faut donc que les individus puissent également contribuer – c’est-à-dire « apporter une part ».

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06Une société qui garantit liberté d’association et réalisation de soi
La formule authentique de la participation démocratique est un mélange subtil : la société doit permettre aux individus de s’associer librement et de se réaliser pleinement sur le plan personnel. Cela va plus loin que la simple reconnaissance d’identités individuelles ou collectives, car il s’agit d’encourager le potentiel de développement qui réside en chacun de nous. C’est en produisant les conditions de ce développement à la fois individuel et collectif que l’on crée la possibilité d’une coexistence démocratique.
Selon les mots de John Dewey, il s’agit de faire émerger une « communauté d’individualités distinctes ». Dans ce contexte, il est illusoire d’attendre la participation d’individus qui ne disposent pas de conditions dignes pour s’affirmer. Ainsi, l’organisation actuelle du travail, fondée sur la rentabilité, brise notre créativité et nous rend incapables d’apporter une quelconque contribution personnelle.

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07Conclusion
Dans cet essai, Joëlle Zask révèle ce que « participer » veut dire en démocratie. La participation repose sur un droit à l’autogouvernement permettant aux associations et aux individus de se développer librement. Dans ce contexte, participer implique de « prendre part », d’« apporter une part » et de « recevoir une part ».
Sans ce savant mélange décrit en leur temps par Alexis de Tocqueville, Thomas Jefferson et John Dewey, il est illusoire d’espérer rénover la démocratie ! Ces dernières années, le self-government a le vent en poupe. Dans un contexte de crise écologique et économique, la reconnaissance des capacités autogestionnaires des communautés locales s’est imposée comme une « troisième voie » entre État et marché.

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08Zone critique
En affirmant que la participation démocratique implique d’associer le développement des communautés au développement des individualités, Joëlle Zask formule une analyse très pertinente. Néanmoins, ce mélange apparait extrêmement subtil. Tout groupe tend à écraser l’individu et, inversement, toute affirmation de l’individualité tend à se soustraire au collectif.
Afin de « purifier » sa vision de la participation, l’auteure construit son raisonnement sur une opposition qui structure l’ouvrage : il y aurait d’un côté, le « prendre part », supposant l’adhésion momentanée et non contraignante à un projet commun et, de l’autre, le « faire partie », qui impliquerait l’enfermement au sein d’un collectif... Si cette opposition tranchée revêt une fonction heuristique – elle permet à l’auteur de mieux dévoiler sa thèse – ces catégories semblent fragiles, en ce que la réalité sociale apparait plus complexe. Dans les faits, l’autonomie apparente du « prendre part » n’exclut pas forcément la dépendance du « faire partie ».

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Participer. Essai sur les formes démocratiques de la participation, Paris, Éditions Le Bord de l’Eau, coll. « Les voies du politique », 2011.
De la même auteure – Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique. Paris, Premier Parallèle, 2019. – La démocratie aux champs. Paris, La Découverte, 2016.

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