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Couverture de 'Par dela nature et culture'

Par-delà nature et culture

Philippe Descola

Repenser la relation entre humains et nature

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Description

Dans "Par-delà nature et culture", Philippe Descola présente un périple ethnographique centré sur les différentes manières dont les groupes humains organisent le monde sous l’angle particulier des rapports entre nature et culture.

L’étude de cette dualité, ou de son absence, constitue tant une invitation à embrasser la diversité de ces formes d’organisation et des cosmologies qu’elles alimentent qu’à faire la généalogie du regard particulier (« naturaliste ») que les sociétés qui nous sont familières portent sur les êtres humains et non humains.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Ouvrage devenu classique en anthropologie, Par-delà nature et culture est un essai exigeant qui traite des différents schèmes de perception et d’organisation de l’expérience par lesquels les groupes humains identifient le monde dans lequel ils vivent, qu’il s’agisse des manières de le nommer, de classer les êtres qui le peuplent ou d’établir parentés et distances. Comme le titre de l’ouvrage le suggère, le point d’application de ce questionnement est celui des rapports entre nature et culture.

Une telle démarche suppose de décrire la diversité de ces rapports, ce que propose Philippe Descola tout au long de l’ouvrage en puisant des exemples dans ses propres recherches auprès des Achuars d’Amazonie, mais également dans de nombreux travaux récents et classiques en anthropologie. De ce fait, l’ouvrage est d’une incontestable richesse dans la diversité des situations envisagées et la variété des aires géographiques prises en compte, de l’Asie à l’Océanie en passant par l’Amérique du Sud comme du Nord et l’Afrique.

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02

Repenser les divisions entre nature et culture

L’ouvrage, ainsi que le souligne l’auteur à plusieurs reprises, traite des principes d’organisation de l’expérience à un degré élevé de généralité. Il s’interdit donc, comme le suggère son titre, de traiter de la nature et de la culture comme d’ensembles dont le sens est univoque et stable. Au contraire, il s’agit à la fois de différencier différents types de rapports entre nature et culture et de saisir les opérations et les critères par lesquels ces frontières sont établies.

De ce fait, Philippe Descola propose une méthode permettant de différencier les manières dont les groupes humains organisent leur expérience du monde, en s’appuyant sur un couple conceptuel central qui permet d’envisager ensuite un ensemble de variations. Il distingue « deux modalités fondamentales de structuration de l’expérience individuelle et collective » (p. 204), qu’il nomme l’identification et la relation. La première s’applique aux procédés et critères par lesquels les humains établissent des ressemblances et des proximités entre soi et les êtres et objets du monde, tandis que la seconde désigne les différentes formes d’ordonnancement qui découlent de cette première opération. En d’autres termes, l’identification « regarde surtout les termes » tandis que la relation s’attache surtout aux « liens établis entre eux » (p. 206).

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03

L’origine des quatre schèmes d’or­ga­ni­sa­tion

Disciple de Lévi-Strauss, Philippe Descola met en œuvre et revisite tout au long de l’ouvrage un type de raisonnement : la méthode structurale. Revenant sur la portée épistémologique du structuralisme et sur la nature des objets qu’il s’emploie à révéler, il retrace les analyses classiques et l’évolution contemporaine des savoirs en sciences humaines comme en sciences naturelles (et explore, de ce fait, leur séparation historique), avant de prendre parti épistémologiquement. La méthode qu’il défend consiste à « concéder à ce qui relie une stabilité et une régularité structurelles plus grandes qu’aux actions contingentes des éléments reliés » (p. 171), c’est-à-dire à considérer que les schèmes d’organisation de l’expérience précèdent logiquement nos perceptions de la nature et de la culture.

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04

Entre uni­ver­sa­lisme et relativisme

L’affirmation de ces quatre systèmes, naturalisme, animisme, analogisme et totémisme, peut sembler extrêmement abstraite. Pourtant, c’est bien à leur contenu concret et à la manière dont ils traversent l’existence humaine que s’intéresse Philippe Descola, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’interrogation éthique qu’il adresse à notre propre regard sur le monde.

Il ne s’agit pas de traits culturels propres à une aire géographique ou à une civilisation. Concernant l’analogisme, ce « mode d’identification qui fractionne l’ensemble des existants en une multiplicité d’essences, de formes et de substances séparées par de faibles écarts » (p. 351), Philippe Descola prévient qu’il se retrouve tant dans la divination chinoise que dans l’idée, identifiée chez plusieurs peuples d’Afrique, que désordres sociaux et catastrophes climatiques entretiennent des liens intimes. De même, on retrouve une composante animiste forte dans la conception platonicienne de la Chaîne de l’Être ou dans le mode de connaissance en vigueur « jusqu’à la fin du XVIe siècle [où] la ressemblance a joué un rôle bâtisseur dans le savoir de la culture occidentale » (p. 358), comme l’a établi Michel Foucault.

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05

Conclusion

Par-delà nature et culture constitue un ouvrage riche et dense, qui pose à nouveaux frais des questions de premier plan pour les sciences humaines. La classification qu’il propose des formes de rapport à la nature et à la culture est, en elle-même, un résultat convaincant à la portée scientifique particulièrement large.

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06

Zone critique

La portée théorique de l’ouvrage, qui fait sa complexité, s’accompagne de nombreux exemples qui contribuent à rendre le propos accessible aux non-spécialistes. Le fort succès éditorial et la traduction de l’ouvrage en de nombreuses langues reflètent à la fois sa richesse et son apport aux recherches actuelles en anthropologie comme aux sciences humaines dans toute leur diversité, mais également les prolongements qu’il propose. Il en va ainsi de l’« universalisme relatif » que Philippe Descola mentionne à titre de piste de réflexion, dans les derniers moments de l’ouvrage. Par cet apparent oxymore, c’est moins une provocation que l’auteur propose qu’une manière de concevoir l’anthropologie et, au-delà, la diversité inhérente aux sociétés humaines comme un universalisme avant tout préoccupé des relations et de leur compréhension.

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07

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais», 2005.

Du même auteur – Les Lances du crépuscule, Paris, Plon, coll. « Terre Humaine », 1993. – « Anthropologie de la nature », cour de Philippe Descola au Collège de France [en ligne] URL : https://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/index.htm – « À propos de Par-delà nature et culture », Tracés, n°12, 2007, p. 231-252.

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