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Couverture de 'Non lieux'

Non-Lieux

Marc Augé

Introduction à une anthropologie de la surmodernité

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Description

Que peut faire un ethnologue dans des halls de gare, des terminaux d’aéroport ou des allées de supermarché ? Que nous dit la prolifération de ces espaces d’anonymat, de ces « non-lieux », sur le monde contemporain ?

À partir de la question du lieu et du non-lieu, Marc Augé propose de tracer les contours d’une possible anthropologie de la « surmodernité ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Non-lieux, l’un des ouvrages les plus célèbres de Marc Augé, paraît en 1992 dans un contexte particulier. L’Union soviétique, d’abord, vient d’être disloquée et l’ensemble des disciplines des sciences sociales sont invitées à repenser un monde contemporain dont on devine plus difficilement l’avenir.

De son côté, l’anthropologie française est de plus en plus travaillée par un courant qui prône une ethnologie du proche, remettant en question l’association entre la discipline et les sociétés exotiques. À sa manière, Non-lieux répond à ces deux enjeux, redéfinissant à la fois les contours du monde moderne et le rôle que peut y tenir l’anthropologie.

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02

Ethnologie du proche et du lointain

Consacrée à l’origine à l’étude des sociétés non occidentales, l’ethnologie s’est progressivement tournée vers le plus proche. Ce mouvement de la discipline vers l’Occident a longtemps été pensé comme la conséquence de la disparition des sociétés traditionnelles et, avec elles, de l’altérité radicale.

Mais, Marc Augé s’élève contre cette interprétation. Selon lui, elle ne tient qu’à une erreur quant à l’objet même de l’anthropologie. Il est vrai que c’est de l’observation des cultures différentes de la leur que les ethnologues ont forgé leur appareil conceptuel spécifique. C’est effectivement grâce à ce décentrement qu’ils ont pensé des notions comme celle de « don » ou de « parenté ».

Pour autant, si elle s’est constituée dans un ailleurs exotique, celui-ci ne constitue pas spécifiquement son objet. Pour Marc Augé, « la recherche anthropologique traite au présent de la question de l’autre » (p. 28). L’altérité est son objet, mais elle ne se résume pas à ce qu’elle est aux yeux du chercheur intéressé seulement par les sociétés lointaines. La discipline se pratique effectivement à plusieurs niveaux : elle aborde autant les grandes différences (l’Autre aux yeux d’un groupe perçu comme un nous) que les plus intimes (l’Autre pour l’individu). L’analyse de l’anthropologue questionne donc toujours sa propre identité. Science de l’altérité et non du lointain, l’anthropologie se démarque par là de l’histoire, parce qu’elle traite de l’altérité au présent, et des autres sciences humaines, parce qu’elle l’étudie sous tous ses aspects.

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03

Les trois trans­for­ma­tions de la « sur­mo­der­ni­té »

Pour qualifier le monde contemporain, Marc Augé emploie le terme de surmodernité. Le choix du mot remplit deux fonctions. D’abord, dans un contexte marqué par la dislocation de l’Union Soviétique, il permet à Marc Augé de répondre à une exigence de requalification du monde. En optant pour le préfixe sur, il se distingue dans le même temps du mouvement post-moderne dont il cherche à se démarquer. Mais, c’est surtout parce qu’il suppose un excès que le terme de surmodernité trouve grâce aux yeux de Marc Augé. Selon l’anthropologue, cet excès se manifeste autour de trois transformations majeures.

Le premier bouleversement sur lequel se construit le monde contemporain concerne nos rapports à l’histoire et, de manière plus générale, au temps. Bien sûr, une partie de ces changements est causée par ce que l’on désigne communément comme « la fin des grands récits », c’est-à-dire la décrédibilisation de tout modèle qui permettrait d’expliquer simplement le sens de l’évolution humaine. L’échec, au XXe siècle, de l’idée de progrès, dernier grand récit, est également un élément majeur de transformation. Cependant, Marc Augé nous invite à chercher le bouleversement dans un « constat plus banal » (p.38) : celui de l’accélération du temps. Ce qui, pour lui, qualifie notre époque réside dans la rapidité avec laquelle le passé devient de l’histoire, c’est-à-dire qu’il s’inscrit dans une « série d’événements reconnus comme événements par beaucoup » (p. 39).

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04

Le « lieu an­thro­po­lo­gique »

Le lieu tient une place centrale dans la tradition anthropologique. La discipline, en effet, s’est construite sur une délimitation de son objet qui tient en grande partie à la possibilité de sa circonscription spatiale, le village en étant l’unité ethnographique idéale.

Le « lieu anthropologique » tel que le nomme Marc Augé est un lieu préservé des trois excès de la surmodernité. Sa localisation « vaut pour tous, et la division en classe, les migrations, l’urbanisation, l’industrialisation ne viennent pas en démultiplier les dimensions et en brouiller la lecture » (p. 65). L’individualisation n’y est pas non plus un facteur et chaque personne est une personne moyenne, entièrement représentative de sa société. Bien entendu, le « lieu anthropologique » est une construction intellectuelle type.

En ce sens, c’est une idée qui fait parfois abstraction des mobilités qui ont toujours caractérisé l’humain, comme de l’inévitable perméabilité des espaces qu’il parcourt. Toutefois, le lieu anthropologique est un idéal qui n’est pas seulement une élaboration conceptuelle des anthropologues. Il est aussi l’expression d’une sorte de phantasme indigène, garantissant une séparation stable entre « eux » et « nous », entre « sauvage » et « civilisé ».

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05

Non-lieux

Si le lieu anthropologique est identitaire, relationnel et historique, il existe des lieux qui ne possèdent aucune de ces caractéristiques. À la différence de Michel de Certeau, chez qui l’« espace » s’oppose au « lieu », Marc Augé propose un nouveau concept pour qualifier cette opposition : « celui de non-lieu ». Ce dernier, produit massivement par la surmodernité existe sous différentes formes. Les reconfigurations de l’espace imposées par la révolution des transports sont la première source de sa production : avions, aéroports, autoroutes, trains, etc. À ces non-lieux, que l’on traverse anonymes et solitaires, s’ajoute les lieux médiatiques, virtuels, qui parfois « n’existent que par les mots qui les évoquent » (p. 120) et d’autres lieux bien réels comme les supermarchés ou les monuments.

Le texte tient une place prédominante dans le non-lieu, il dispense les règles de conduite, fournit des indications, etc. En réalité, l’individu n’y a d’interaction qu’avec les mots. Parfois, le texte est même entièrement le lieu. C’est par exemple le cas sur l’autoroute, lorsque des panneaux indiquent la région dans laquelle on pénètre ou le point d’intérêt auprès duquel on passe sans le traverser. C’est avant tout avec le non-lieu lui-même que l’individu interagit lorsqu’il le traverse, et non pas avec les autres personnes qui s’y trouvent également.

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06

Conclusion

Comme l’indique son sous-titre, Non Lieux est une « introduction à l’anthropologie de la surmodernité », concept inventé par Marc Augé pour qualifier les spécificités du monde contemporain.

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07

Zone critique

Non-Lieux est un ouvrage théorique majeur dans l’histoire récente de l’anthropologie qui prend la mesure des ajustements nécessaires de la discipline au monde contemporain. Marc Augé s’y prononce d’abord en faveur d’une anthropologie du proche, invitant les chercheurs à ne pas limiter la question de l’altérité à celle du lointain. Si la pertinence d’une telle posture est aujourd’hui largement admise, il est certain que les travaux de Marc Augé au début des années 1990 y sont pour quelque chose.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Non-Lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil, 1992.

Du même auteur

– Un ethnologue dans le métro, Paris, Pluriel, 1986. – Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier, 1994.

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