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Couverture de 'Nanotoxiques une enquete'

Na­no­toxiques : une enquête

Roger Lenglet

Les dangers invisibles de la nanotechnologie

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

"Nanotoxiques" de Roger Lenglet est un ouvrage d'investigation qui met en lumière les dangers potentiels des nanoparticules et des nanotechnologies sur la santé humaine et l'environnement.

En 2006, 250 000 t de nanoparticules étaient consommées en France, ce qui représente des millions de tonnes de nanomatériaux. Enrobées dans un discours superlatif – médicament plus efficace, article plus performant– les nanoparticules sont désormais répandues dans nos assiettes, nos voitures ou nos parapluies.

Si leurs propriétés sont fascinantes, ces constructions agencées atome par atome se révèlent être une menace pour notre santé. Elles font courir à l’environnement des risques insoupçonnés. Des molécules manufacturées pourraient même se reproduire d’elles-mêmes de façon incontrôlée. Ces nanorobots ne relèvent plus de la science-fiction. Ils balisent un monde où l’infiniment petit est infiniment profitable. Et ce, avec la bénédiction des pouvoirs publics, qui ont affecté des fonds considérables aux nanotechnologies.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Pour Einstein, les chaussettes ne servaient qu’à faire des trous. Pour Roger Lenglet, elles servent à détruire la planète. L’auteur vise ici les chaussettes au nano-argent. Ce matériau appartient aux nanoparticules qui envahissent notre quotidien, échappant à toute détection. Comme leur nom l’indique, ces particules manufacturées ont un diamètre inférieur à 100 nanomètres, soit cent milliardièmes de mètre.

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02

La tyrannie de l’argent

Les chaussettes de Roger Lenglet suggèrent une définition plus immédiate : molécules qui transforment un vêtement en polluant insidieux. Les experts de l’AFFSET (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail) ont calculé que si 10 % des chaussettes vendues en France contenaient du nano-argent, «18 tonnes d’argent seraient rejetées chaque année dans les eaux superficielles ». Avec les effets qu’un biocide peut avoir sur les micro-organismes ou sur les poissons. L’argent nanoparticulaire est même suspecté de favoriser la multiplication de bactéries résistantes.

Selon le directeur de l’agence, il faudrait interdire tous les textiles miracles dopés à ce nano-argent dont on connaît les effets délétères. Il est désormais démontré que cette substance passe à travers la peau, au moins en cas de lésion. Quand il est inhalé ou avalé, dit l’AFFSET, le nano-argent fragmente l’ADN des cellules et peut provoquer leur destruction. Le Haut Conseil de la santé publique ne dit pas autre chose : chez le rat, les nanoparticules traversent les barrières pulmonaires et digestives. On les détecte dans le foie, le cerveau et les reins.

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03

Les nanos sont partout

Bien évidemment, Roger Lenglet ne présente pas les nanoparticules une à une. D’ailleurs, personne ne sait pas combien il y en a. En 2013, un inventaire très incomplet faisait état de 1 000 à 1 500 produits en France. De son côté, la Commission européenne se penchait seulement sur la faisabilité d’un tel recensement.

L’auteur consacre toutefois une vingtaine de pages à une présentation, sous forme de fiches, des principales particules et des produits qui les incorporent. On apprend ainsi que le méconnu nano-sélénium, présent dans des thés pré conditionnés, est connu pour entraîner un retard de croissance et une atteinte hépatique chez la souris. Ou que l’on trouve du nano-titane sur les planches de surf.

Sans surprise, les nanoparticules font l’objet de grandes manœuvres dans les secteurs alimentaire et pharmaceutique. Plus du quart des produits avec des nanoparticules vendus en France portent sur les cosmétiques et les produits corporels. Il s’agit de réduire la sensation huileuse d’une crème, par exemple, ou d’utiliser le pouvoir bactéricide du nano-argent. Ces additifs ne sont pas inoffensifs : le nano-dioxyde de titane des crèmes solaires traverse l’épiderme. Il est classé cancérigène par le Centre International de Recherche sur le Cancer, qui dépend de l’OMS.

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04

Des dangers pointés par les toxi­co­logues

L’auteur attire aussi notre attention sur les produits vétérinaires, les produits informatiques et les matériaux de construction. Il mentionne les risques professionnels encourus par le personnel qui manipule des substances comme les nanotubes de carbone. Ces fullerènes sont un des nanomatériaux les plus anciens et les plus fabriqués en raison de ses propriétés (légèreté, résistance, conductivité, effet lubrifiant...) qui intéressent aussi bien l’automobile que les articles de sport. Ses inventeurs ont d’ailleurs reçu un Nobel en 1985. Or, chez les rongeurs, les nanotubes de carbone traversent la barrière placentaire avant de se répandre dans l’embryon, provoquant des malformations. Des tests in vitro signalent qu’ils ont des effets cancérigènes sur les cellules humaines. Tout se passe comme s’ils voyageaient à l’intérieur de l’organisme sans qu’aucune barrière ne les retienne.

S’il est difficile de pister chaque nanoparticule, ce qui constitue à la fois un enjeu sanitaire et une aubaine pour les industriels, le côté sombre de la technologie est désormais connu des toxicologues. En raison de leur bio-persistance, de leur forme, de leurs propriétés chimiques ou électromagnétiques, les micro-particules peuvent être toxiques.

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05

Un large essor avec l’argent public

La fascination exercée par les possibilités de l’invisible n’explique pas tout. Derrière la magie, il y a un lobby industriel qui a pris naissance aux États-Unis dans les années 1980. Comme l’informatique et son créateur de génie au fond d’un garage, la nanotechnologie a son gourou (Eric Drexler) et son mythe.

L’auteur remet les choses en perspective. Le terme de nanoparticule a été inventé en 1974 par un Japonais, le Pr Taniguchi, dans le cadre de travaux d’abrasion de haute précision. De fait, la nanotechnologie existe depuis longtemps, et l’informatique y a concouru activement. La firme IBM fut ainsi à l’origine du microscope à effet tunnel (1981), dont les améliorations ont permis de manipuler individuellement les atomes, avec un champ de force quantique. En 1989, ses ingénieurs gravaient le sigle « IBM » en agençant 35 atomes de xénon sur du nickel.

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06

Des intérêts militaires

Les nanomatériaux ne permettent pas seulement d’améliorer les performances des missiles, ou l’équipement du soldat (gilets ultra-résistants.), ils ouvrent la voie à de nouvelles armes qui font de l’ogive nucléaire une curiosité antédiluvienne. On connaît déjà le nanodrone « Libellule » de la DGA (Délégation générale à l’armement) : un engin silencieux de 6 cm et de 120 milligrammes, actionné par 180 000 « muscles » en nano-silicium.

Doté de moyens d’observation, son objectif est de communiquer des informations sur l’ennemi. Cette libellule à 1 000 euros s’accompagne de mouettes (pour transporter du matériel) et de moustiques. « La CIA travaille sur le perfectionnement de ce minuscule drone destiné à prendre des échantillons d’ADN et à injecter sous la peau des nanopuces RFID (Radio frequency identification) », comme celles qui équipent les objets connectés.

À l’image de l'Institute for Soldier Nanotechnologies, les Français ont lancé les programmes NanoRobust, MHANN et P2N, qui associent secteurs public et privé. Ailleurs, la convergence NBIC (nano-bio-informatique-cognitive) fait l’objet de programmes officiels, qui nourrissent les plus vives inquiétudes. La recherche française a bénéficié d’un milliard d’euros entre 2001 et 2005. Et ce n’était qu’un début, ajoute Roger Lenglet. La France et l’Europe ont suivi les Américains, au mépris des traités européens qui ont institué le principe de précaution.

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07

Conclusion

Bien que silencieuse sur l’homologation des additifs alimentaires, cette enquête nous alerte sur les dangers des nanomatériaux, comme sur l’inertie, pour ne pas dire la complicité, des politiques, car les nanoparticules prolifèrent sans le moindre contrôle ni traçabilité.

En France, il a fallu attendre 25 ans pour qu’un décret oblige les producteurs à les déclarer. Encore la sanction ne dépasse-t-elle pas 3 000 euros ! Combien faudra-t-il d’années supplémentaires pour déclarer ce qui est rejeté dans l’environnement, sans la moindre étude d’impact ? En cas de problème, qui sera responsable ? Qui va payer ?

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08

Zone critique

Il est dommage qu’à l’occasion de sa réédition, cet ouvrage n’ait pas fait l’objet d’une actualisation. On ignore, par exemple, que l’ANSES a signalé l’additif E 171 comme « susceptible d’entraîner des lésions colorectales précancéreuses ». Mais l’intérêt de ce livre réside dans sa mise en perspective. Servi par des illustrations éloquentes, il retrace l’histoire et les ramifications d’une technologie qui bouleverse le monde. Et pas seulement en raison de ses dangers immédiats.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Nanotoxiques : une enquête. Arles: Actes Sud, 2019

Du même auteur

– Roger Lenglet (avec B. Topuz), Des lobbies contre la santé, Paris, Syros, 2018.

Autres pistes

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