
Naissance et déclin des grandes puissances
Transformation économiques et conflits militaires entre 1500 et 2000
Description
Naissance et déclin des grandes puissances est l’ouvrage le plus connu de Paul Kennedy. Vendu à deux millions d’exemplaires, il a été traduit dans vingt-trois langues. Le livre examine la relation de causalité entre économie et puissance militaire au sein des empires et des grandes puissances sur une période de cinq siècles. Il est unanimement considéré comme un livre de référence par les historiens.
Cependant, sa renommée mondiale et l’engouement qu’il a suscités auprès des dirigeants politiques lors de sa sortie en 1987, sont liés au fait que, pour la première fois dans l’Histoire, l’idée d’un (relatif) déclin de la puissance américaine est évoquée. Force est de constater que la prise de conscience que cet ouvrage a provoquée a certainement contribué à modeler les relations internationales dans les deux dernières décennies du XXe siècle.
Sommaire
01Introduction
Paul Kennedy se consacre depuis un demi-siècle à l’étude de l’histoire mondiale afin d’enrichir d’une perspective historique l’analyse des réalités internationales. À la fin des années 1980, à l’Université de Yale, il souhaita réaliser une synthèse des connaissances acquises par les historiens au fil des époques, ce qui devait lui permettre de discerner des tendances récurrentes dans l’évolution des empires.
L’auteur avait à l’origine prévu d’arrêter son étude à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais, en se penchant sur la question lancinante du déséquilibre causé par les énormes dépenses militaires caractéristiques de la course aux armements entre les États-Unis et l’Union soviétique, qui prévalait à l’époque, il réalisa que la superpuissance américaine entrait elle-même dans une période de déclin relatif.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02La corrélation entre économie et puissance militaire
De l’observation minutieuse de cinq grandes puissances : Espagne, Pays-Bas, France, Grande-Bretagne et États-Unis, au fil de cinq siècles d’Histoire, Paul Kennedy tire la certitude de « l’existence d’un lien très net à long terme entre d’une part, l’ascension et le déclin économiques d’une grande puissance et d’autre part, sa croissance et son déclin en tant que grande puissance militaire (ou en tant qu’empire mondial) » (p.25).
Deux évidences ressortent de cette analyse : en premier lieu, sans ressources économiques, un pays n’est pas en mesure d’entretenir une force militaire conséquente ; en second lieu, la richesse et la puissance d’un pays sont toujours relatives.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Le miracle européen
Les circonstances qui favorisent l’ascension de tel ou tel empire sont souvent fortuites. C’est la raison pour laquelle la force relative des grandes puissances varie de même que le rythme de croissance des sociétés et celui des avancées technologiques. Il ne s’agit donc pas d’une progression linéaire.
À cet égard, Paul Kennedy qualifie l’ascension des puissances européennes au fil des siècles en dépit d’obstacles considérables, de « miracle européen », unique dans l’histoire. En effet, étant donné l’état de fragmentation politique et le fait que des peuples clairsemés et relativement peu évolués habitaient l’Ouest de la masse continentale eurasienne, rien ne laissait présager ce que l’auteur décrit comme le « déclenchement d’un processus irrésistible de développement économique et d’innovation technologique qui les a hissés à la tête du monde sur le plan commercial et technologique » (p.45).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04L’hypertrophie impériale
L’empire espagnol au début du XVIIe siècle, l’Empire britannique au début du vingtième siècle et l’Amérique à la fin du XXe sont autant d’exemples de grandes puissances incapables d’honorer leurs multiples engagements stratégiques de par le monde. Ces puissances se trouvaient à leur apogée lorsqu’elles prirent sur elles de multiples et lourdes obligations militaires. Kennedy évoque une situation d’« hypertrophie impériale », étape précédant celle d’un déclin relatif. La suractivité au plan militaire en est le signe précurseur.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Le déclin inéluctable de l’Amérique
L’exemple des États-Unis illustre la thèse présentée par Kennedy selon laquelle l’insécurité générée par le statut-même de grande puissance incite les pays concernés à préférer une augmentation irraisonnée de leurs dépenses militaires au détriment d’investissements productifs bénéfiques, entraînant ainsi leur propre déclin.
En effet, lors de l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, Kennedy considère que le XXe siècle était alors considéré à juste titre comme « le siècle américain », car, l’Amérique semblait alors vouée à « dominer la politique internationale sur des décennies, voire des siècles » (p.865). Forts de cette prééminence, la puissance américaine multiplia ses engagements internationaux auprès de ses Alliés ou de ses partenaires, par exemple au sein d’organisations telles que l’Alliance atlantique, afin de faire face à des menaces étrangères.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Comment enrayer la spirale du déclin ?
L’Amérique se trouve prisonnière de lourds engagements stratégiques passés avec des partenaires à une époque où elle se trouvait encore au sommet de sa puissance. Cette suractivité n’est plus en phase avec ses capacités. En 1987, Paul Kennedy pressent déjà le choix du recours constant et abusif à la guerre par les États-Unis pour faire prévaloir leurs intérêts à l’échelle planétaire, comme en témoignera, dans l’après-guerre froide, la succession d’interventions militaires américaines.
Cette approche interventionniste vise à compenser leur affaiblissement dans d’autres domaines et à préserver, par la seule force militaire, des acquis qu’il leur avait été possible d’accumuler par le passé grâce à l’attractivité de leur système économique et de leur modèle de société. L’exercice d’un « hard power » (puissance dure) s’est progressivement substitué à celui d’un « soft power » (puissance douce), deux concepts développés par le politologue américain Joseph Nye.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
À l’époque de la parution du livre de Paul Kennedy, l’empire soviétique ne s’était pas encore effondré et la Chine n’avait même pas encore atteint le statut de puissance régionale. S’il n’avait pas prévu un effondrement aussi rapide de l’Union soviétique, Paul Kennedy en avait tout de même pressenti les contours en avertissant des risques d’un déséquilibre engendré par des dépenses militaires disproportionnées par rapport à des capacités productives réduites.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
En dépit de sa nature visionnaire, le livre de Paul Kennedy fit l’objet de deux catégories de critiques. En premier lieu, il lui fut reproché d’avoir adopté une approche centrée sur les États et sur les gouvernements au détriment des réalités transnationales apparues avec la mondialisation. Ce que l’auteur corrigera quelques années plus tard en publiant son ouvrage Préparer le XXIe siècle.
En second lieu, dès la publication de Naissance et déclin des grandes puissances, l’auteur devint rapidement la cible des tenants du courant néoconservateur américain, qui militaient en faveur d’un interventionnisme accru de l’Amérique dans le monde. Quoi qu’il en soit, force est de constater que la victoire stratégique de l’empire global américain sur le communisme et sa propulsion au rang d’unique superpuissance planétaire, au lieu de renforcer sa suprématie, a paradoxalement amorcé son (relatif) déclin.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances : Transformation économiques et conflits militaires entre 1500 et 2000, Paris, Payot, 2004 [1989].
Du même auteur – Préparer le XXIe siècle, Paris, Odile Jacob, 1994. – Le Grand tournant, pourquoi les Alliés ont gagné la guerre, 1943-1945, Paris, Perrin, 2012. – Engineers of Victory, Londres, Penguin, Paperbacks, 2014. – The Parliament of Man: The Past, Present, and Future of the United Nations, New York, Random House, 2006. – The Rise and Fall of British Naval Mastery, Londres, Penguin, Paperbacks, 2017 (1ère édition en 1976). – « Le déclin (relatif) de l’Amérique ». In : Politique étrangère, n°4 - 1987 - 52ème année, pp. 865-881.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












