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Couverture de 'Murs et sexualite en oceanie'

Mœurs et sexualité en Océanie

Margaret Mead

Au coeur des sociétés traditionnelles des îles Samoa et de Nouvelle-Guinée

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Description

Aujourd’hui le concept de « genre » est largement répandu : sa force repose sur la mise en avant de la différence sexuelle dans sa construction sociale et historique, d’où le fort pouvoir mobilisateur. Mais si à l’heure actuelle nous sommes arrivés à discuter de pouvoir faire et défaire le genre, nous le devons aussi à une anthropologue américaine : Margaret Mead.

Sa recherche en Nouvelle Guinée prouve que ce qui est considéré dans un milieu d’origine comme typiquement masculin ou féminin, ne l’est pas du tout dans d’autres cultures.

Sommaire

01

Le genre avant le genre : une enquête en Océanie

Si dans son premier ouvrage, Mœurs et sexualité en Océanie, Margaret Mead dément l’idée d’une adolescence spécifique à l’Occident, le propos le plus important qui accompagnera toute sa carrière reste le suivant : tout est forgé par la société, y compris la différenciation sexuée.

C’est en Nouvelle-Guinée qu’elle trouvera la réponse qu’elle n’osait pas espérer. À la suite de cette recherche, l’anthropologue écrira "Sex and temperament in three primitives societies".

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02

Rôles et rituels de trois communautés océaniennes : les Arapesh

Dans cet ouvrage, l’objectif de Mead est d’exposer dans quelle mesure, chez trois populations « primitives », les manifestations sociales du tempérament sont fonctions des plus évidentes différences entre les deux sexes. Ce qu’elle soumet donc à la question sont les présupposés « naturels » que l’on établit dans sa propre société, entre les attitudes de tempérament et le sexe biologique des individus.

Mead étudie les doux montagnards Arapesh, les belliqueux Mundugumor et les gracieux chasseurs de tête Chambuli car, comme toute société humaine, chacune de ces tribus avait donné aux différences entre les sexes une interprétation sociale particulière. En comparant ces observations, il s’avéra possible pour elle de discerner la part des constructions de l’esprit par rapport à la réalité des faits biologiques, afin de démontrer la variabilité, et donc la possible malléabilité, de la conception qu’une société peut avoir des relations entre les sexes. Après deux ans (1931-1933) sur les berges du Sepik, le plus long cours d’eau de Nouvelle-Guinée, Mead nous livre, entre autres, les constatations suivantes.

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03

Les Mundugumor et les Chambuli

Bien au contraire des Arapesh, les Mundugumor, qui habitent un milieu naturel accueillant aux terres riches, se sont révélés être d’un tempérament brutal et d’une sexualité exigeante : rien, chez eux, ne relève du tendre et du « maternel ». Ni les Arapesh ni les Mundugumor, n’ont éprouvé le besoin d’instituer une différence sociale entre les sexes, mais l’idéal Arapesh est celui d’un homme doux et sensible, marié à une femme également douce et sensible, tandis que pour les Mundugumor, c’est celui d’un homme violent et agressif, marié à une femme tout aussi violente et agressive. Et ce sont les femmes qui assurent presque entièrement la subsistance du peuple. Qui plus est, elles détestent être enceintes et élever leurs enfants.

Les Mundugumor pratiquent l’endocannibalisme - on ne mange que quelqu’un de son propre groupe pour qui on a un immense respect ; par contre, on ne mange pas vraiment les femmes, car elles ne représentent pas un grand intérêt - et l’exocannibalisme - on mange quelqu’un qui n’appartient pas à son propre groupe, dont on admire le courage, afin de récupérer ses qualités. Ils pratiquent également l’infanticide, tandis que la forme normale de copulation est le viol ; chacun est ainsi sans cesse sur le qui-vive. Pourtant, l’idéal sociétal est la grande famille polygame, qui peut compter jusqu’à six ou sept épouses pour un homme. Ce ménage est nettement divisé en deux groupes : celui composé du père et de toutes ses filles, et celui qui comprend les mères et leurs fils. Frères et sœurs n’appartiennent pas à la même « corde » : les premiers reconnaissent l’autorité de leur mère ; les secondes, celle de leur père. Lors de l’enfance et de l’adolescence, on enseigne aux Mundugumor l’importance des rôles individuels, mais finalement égalitaires.

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04

Qu’est-ce que le tempérament

Mead conclut ses trois enquêtes par l’idée que la différence de tempéraments entre les sexes n’est qu’une construction sociale : hommes et femmes sont « féminins » chez les Arapesh, « masculins » chez les Mundugumor, tandis que, chez les Chambuli, les deux sexes ont des tempéraments distincts, mais ceux-ci sont inversés par rapport aux sociétés occidentales.

Elle tire donc des règles générales concernant ce qu’on appelle alors le « tempérament », c’est-à-dire les dispositions psychologiques individuelles ou communes à l’ensemble d’un peuple. Elle distingue ce qui relève du biologique, de la nature et ce qui relève de toute évidence du culturel, mais va aussi plus loin : elle cherche à faire bouger la ligne de partage entre les deux, en montrant que nombre de nos conceptions concernant le sexe et les normes de comportement attribuées au masculin ou au féminin sont en fait empreintes de culture.

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05

La fabrique des différences, des nouveaux champs de question

Comment expliquer que les enfants Arapesh deviennent presque uniformément des adultes paisibles et confiants, alors que les jeunes Mundugumor se transforment en êtres violents et inquiets ? Ou bien que les Chambuli offrent une image en quelque sorte renversée de ce qui se passe en Occident ? Seule la société, pesant de tout son poids sur l’enfant, peut être l’artisan de tels contrastes. Il ne saurait y avoir d’autre explication d’après Mead, même en invoquant l’ethnie, l’alimentation ou la sélection naturelle.

« D’une telle confrontation se dégagent des conclusions très précises. Si certaines attitudes, que nous considérons comme traditionnellement associées au tempérament féminin – telles que la passivité, la sensibilité, l’émotivité, l’amour des enfants – peuvent si aisément être typiques des hommes d’une tribu, et dans une autre, au contraire, être rejetées par la majorité des hommes comme des femmes, nous n’avons plus aucune raison de croire qu’elles soient irrévocablement déterminées par le sexe de l’individu » (pp. 251-252).

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06

Conclusion

Ce classique de Mead s’attache à démontrer comment la répartition de traits de caractères entre hommes et femmes se fait de façon arbitraire, parce que, sous l’influence sociale, on transforme une nuance de tempérament en une caractéristique inaliénable d’un sexe.

À la fin des années 1940, l’anthropologue affirmera que cette division artificielle des « sex roles » a pour fonction de développer chez chacun des caractéristiques propres (c’est le principe du constructivisme), contribuant ainsi à former le sentiment d’identité. Si la société veille à ce que chaque génération s’inscrive dans le moule, Mead montre également qu’à l’intérieur d’une culture, même « primitive », existent des déviances par rapport aux comportements normatifs.

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07

Zone critique

Rappelons que ces lignes sont écrites au tournant des années 1930. Mead pose les jalons d’une conception constructiviste du sexe qui ne sera formulée en termes de genre que plusieurs décennies plus tard.

Mais ce sont aussi des écrits qui appartiennent à leur temps, et comportent donc des limites évidentes ; on lui avait reproché un imaginaire exotisant de la sexualité polynésienne, on lui reprocha également une idéalisation des Arapesh – ils occupent la partie la plus grande de l’ouvrage –, comme incarnation au XXe siècle du mythe du bon sauvage. Il faut à cet égard souligner que Mead parfois nous livre les résultats de son travail sous une forme légèrement romancée.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Mœurs et sexualité en Océanie, Paris, Plon, 1963 [1935].

De la même auteure – L’un et l’autre sexe. Le rôle de l’homme et de la femme dans la société, Paris, Denoël-Gonthier, 1966 [1948]. – Du givre sur les ronces, Paris, Seuil, 1977 [1972].

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