
Merci d’être en retard
Survivre dans le monde demain
Description
Alors que l’environnement se dégrade à une échelle inédite, les technologies modifient le monde à un rythme de plus en plus rapide. Ces accélérations conduisent à une reconfiguration de la planète, qui dépasse largement nos capacités d’adaptation : individuellement, et collectivement. Car notre ADN social, lui (culture, institutions, relations au travail…), n’évolue pas de manière exponentielle. Et nos politiciens sont scotchés à l’ancien monde.
Cette dissymétrie explique une partie des problèmes contemporains. Il est donc urgent de réfléchir à la puissance des nouvelles technologies, à la fois potentiel de destruction et immense levier de créativité.
Sommaire
01Introduction
Dans La Terre est plate, Thomas Friedman expliquait que l’ordinateur, Internet et la révolution logicielle permettaient de réduire les distances entre les individus, en les connectant à une échelle jusque là inconnue. Malgré son titre déroutant, Merci d’être en retard prolonge cette réflexion sur une technologie qui fait de la planète une plate-forme de collaboration et de partage. Avec ses bons et ses mauvais côtés. Le titre de l’ouvrage renvoie en effet aux changements techniques dont le rythme s’accélère.

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02La loi de Moore
Selon le PDG d’Intel, si on appliquait à la Coccinelle les progrès réalisés dans la fabrication des « puces » depuis 1971 (puissance multipliée par 3 500, consommation d’énergie divisée par 90 000, et coûts de production réduits d’un facteur 60 000), la voiture de Volkswagen roulerait aujourd’hui à 180 000 km/h. Elle coûterait trois centimes et consommerait un litre de carburant en 800 000 km.
Les mémoires et les disques durs des PC ont connu la même évolution que les microprocesseurs. Pendant cinquante ans, les ordinateurs ont ainsi doublé de puissance tous les deux ans. Cette croissance exponentielle relève de la « loi de Moore », du nom de son énonciateur : Gordon Moore (Intel). Elle a des retombées économiques.
En 1996, pour simuler le vieillissement des armes nucléaires, le gouvernement américain a commandé un ordinateur de la taille d’un court de tennis. Cet ordinateur, première machine capable de traiter plus de mille milliards d’opérations par seconde (1 téraflops), était encore le plus puissant de la planète en l’an 2000. En dix ans, l’ordinateur performant, réservé à l’État le plus riche du monde, est devenu un cadeau de Noël pour adolescent. En 2006, la PlayStation 3 de Sony tenait sur une étagère, et elle traitait 1,8 téraflops, soit autant d’opérations que la super-machine à pleine puissance. Le jouet des militaires avait coûté 55 millions de dollars, la PS3 se vendait dans les 250 dollars. On mesure l’ampleur des changements qui se sont opérés en quelques années, les bouleversements qu’ils induisent, et les équilibres qu’ils remettent en cause.

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03L’accélération du Marché et de la Nature
Cette violence affecte de nombreux domaines, ce qui fait la singularité de notre époque.
Dans le monde économique, PayPal et le bitcoin (cryptomonnaie liée au Web) ont révolutionné les échanges monétaires. Des logiciels de transaction font également partie de l’environnement boursier. Pour le meilleur et pour le pire, car les flux financiers circulent à la vitesse de la lumière. Les algorithmes concurrents étant assez voisins, une chute soudaine des cours peut très vite provoquer un séisme. Avec les 100 000 transactions par seconde qu’autorise la fibre optique, 440 millions de dollars peuvent être perdus en 45 minutes. Certaines places de marché ont d’ailleurs mis en place un ralentisseur de 350 microsecondes.
Le développement des Smartphones et le big data permettent par ailleurs à PayPal de développer un système de prêts en ligne (deux milliards de dollars en 3 ans) en comparant uniquement les profils des emprunteurs.
De tels outils amplifient les flux financiers, participant d’une mondialisation dans laquelle Friedman englobe les échanges entre individus connectés. À titre gratuit (Instagram…) ou non (Kisckstarter…). Associé à la puissance des technologies numériques, l’individu dispose aujourd’hui de moyens d’action démultipliés. Collectivement, la « Multitude » détient un pouvoir de création ou de destruction, qui bouleverse notre cadre de vie. Par « Multitude », il faut comprendre qu’en tant qu’espèce, « nous sommes devenus une force de la Nature, dans la Nature et s’exerçant sur elle. Cela n’était pas arrivé avant le XXe siècle » (p. 162).

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04Des technologies pour sauver le monde
La seule façon d’affronter ces menaces à effet « boule de neige » est d’y opposer un engagement et des investissements eux aussi à effet « boule de neige ». On ne peut pas reculer, insiste Friedman. « Si nous ne réagissons pas ensemble pour renverser ces tendances, nous serons la première génération d’humains pour qui plus tard sera trop tard » (p. 180).
Certaines interventions relèvent de schémas traditionnels. À l’image de la « grande muraille verte » suggérée par les pays africains. L’équation est simple : cinq cents millions d’exploitations de moins de trois hectares font vivre 2,5 milliards d’humains. « Réparer » un hectare coûte de 100 à 300 dollars, alors qu’une journée dans un camp de réfugiés italiens revient à 42 dollars. L’objectif est donc de créer un « Corps vert » de 5 000 personnes. Mais le Web et ses applications ont bouleversé les relations politiques. C’est une page Facebook, « Nous sommes tous Khaleb Said », qui a poussé les Égyptiens à occuper la place Tahrir et renverser Moubarak. La technologie arme aussi ceux que Friedman appelle les « casseurs ». À travers du matériel (bombes commandées depuis un Smartphone…) ou des réseaux sociaux (propagande, coordination). Quant aux convois de réfugiés qui se forment au Niger pour gagner la Libye, ils s’organisent via WhatsApp.

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05S’adapter aux emplois de demain
L’intelligence logicielle s’est répandue dans l’industrie, les services, et la vie quotidienne. Prendre un taxi n’a jamais été aussi simple, imprimer un objet en 3D est devenu un acte banal. Moins chères et toujours plus faciles d’accès, des innovations suscitent l’adhésion : Airbnb a ainsi fourni un hébergement à 1 spectateur sur 5 lors de la coupe du monde de football au Brésil. Mais les technologies évoluent beaucoup plus rapidement que nos modes de fonctionnement en société. C’est un énorme défi à relever. En particulier dans le monde du travail.
Dans deux décennies, 47 % des emplois américains risquent d’être occupés par des robots. Les entreprises connaissant des cycles de production de plus en plus courts, l’holocène du travail est derrière nous, prévient Friedman, qui a fixé à 2007 le « point d’inflexion » ayant fait exploser le monde du travail. Celui-ci s’est numérisé, robotisé et mondialisé en un temps record. Rares sont les trajectoires qui n’ont pas été affectées par une économie de flux, signant la fin de l’économie traditionnelle (économie de stocks) et balayant tout sur son passage.

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06Conclusion
Pour Friedman, survivre au XXIe siècle suppose d’exploiter les bons côtés de la « supernova » et de mettre en place les « technologies sociales nécessaires pour soutenir le rythme accéléré des technologies matérielles (p. 313). Un monde entièrement connecté étant un monde remodelé, il faut favoriser la résilience sociétale.

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07Zone critique
Thomas Friedman signe ici un livre intelligent, sensible et sans langue de bois. Mais il passe sous silence un défi essentiel : comment conserver notre liberté face à des technologies de plus en plus intrusives ? Il n’était pourtant pas nécessaire d’aller bien loin pour enquêter.
La seule liberté offerte à l’individu est finalement celle de s’adapter. En se référant sans cesse à la « loi de Moore », qui n’est qu’un constat empirique à portée limitée, Friedman assimile le progrès technologique à un donné qui s’imposerait à tous, alors que les innovations résultent d’investissements, donc de choix économiques et politiques. Partant de cette contrainte « objective », l’employé doit se former sur son temps de repos. Ou fonctionner en mode start-up., bref, devenir malléable pour trouver ou conserver son emploi. Ne s‘agit-il pas là de faire apparaître comme choisi, ce qui est subi ?

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08Pour aller plus loin
Ouvre recensé – Merci d’être en retard. Survivre dans le monde de demain, Paris, Saint-Simon 2017.
Du même auteur – Thomas Friedman, La Terre est plate, Paris, Saint-Simon 2006.

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