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Meatball sundae

Meatball sundae

Seth Godin

Pourquoi le marketing de masse échoue

Description

L'image est volontairement grotesque. Une boulette de viande — dense, banale, faite pour tenir au corps — et par-dessus, on empile de la chantilly, du caramel, des vermicelles colorés, une cerise. Le résultat n'est pas appétissant, il est absurde. C'est pourtant, selon Seth Godin, exactement ce que font une immense majorité d'entreprises depuis une quinzaine d'années : elles gardent un produit conçu à l'ancienne, et elles versent dessus une louche de nouveau marketing — blog, réseaux sociaux, virale, personnalisation — en espérant que la mayonnaise prenne.

Godin publie "Meatball Sundae" en 2007, au moment précis où les vieux canaux — la pub télé de trente secondes, le mailing de masse, la page de magazine — perdent leur emprise, et où de nouveaux outils apparaissent presque tous en même temps. Son constat est net : ces outils ne sont pas une simple boîte à gadgets qu'on branche sur une machine existante. Ils obéissent à une logique différente, parfois inverse, de celle qui a fait la fortune des grandes marques du vingtième siècle.

D'où le malaise de tant de campagnes qui sentent l'effort et ne décollent jamais. On a mis un community manager, lancé un concours, tourné une vidéo censée devenir virale — et rien. Le problème, dit Godin, n'est presque jamais dans l'exécution. Il est plus profond : c'est la boulette elle-même qui ne va pas avec la sauce.

La question que l’on se pose : Pourquoi les recettes qui ont fabriqué les grandes marques du vingtième siècle échouent-elles sur les nouveaux médias ?Ce que l’on va voir : Ce que devient le marketing quand on ne peut plus le verser par-dessus le produit, mais qu'il faut le cuisiner dedans.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une glace au boulet de viande

La métaphore est le cœur du bouquin, alors autant la poser proprement. La boulette de viande, chez Godin, c'est le produit ordinaire, robuste, pensé pour un monde de masse : une conserve, une berline, un dentifrice, un forfait bancaire. Rien de mal à ça — ces produits ont nourri des économies entières. Ils ont été conçus pour être vendus d'une seule façon : on en fabrique beaucoup, on baisse le coût unitaire, on achète de la publicité pour interrompre le plus de gens possible, et on répète le message jusqu'à ce qu'il colle. Godin appelle ça le TV-industrial complex — le mariage entre production de masse et publicité de masse.

La glace qu'on verse dessus, ce sont les nouveaux médias. Le blog, le référencement, la vidéo virale, le bouche-à-oreille organisé, la longue traîne des niches, la mesure fine de chaque clic. Ces outils sont gratuits ou presque, ils récompensent l'authenticité plutôt que le budget, ils marchent par recommandation plutôt que par interruption. Sur le papier, tout le monde peut y aller. Et c'est bien le piège : puisque c'est accessible, les entreprises se ruent dessus sans changer quoi que ce soit d'autre.

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02

Chapitre 2 — Les vieux réflexes cassés

Pour comprendre pourquoi la sauce ne prend pas, Godin décrit d'abord la machine qu'elle est censée arroser. Le marketing de masse repose sur une poignée d'hypothèses tellement anciennes qu'on les prend pour des lois de la nature. Première hypothèse : on gagne en interrompant. On loue de l'attention — un spot, une pleine page, une bannière — et on frappe le passant qui ne demandait rien. Deuxième : plus on est gros, plus on est fort, parce que la publicité coûte cher et que seuls les grands peuvent se la payer en volume. Troisième : le message est une couche cosmétique qu'un service marketing ajoute une fois le produit terminé.

Chacune de ces hypothèses tenait tant que l'attention était rare et les canaux, peu nombreux. Trois chaînes de télé, quelques grands magazines, une radio : l'annonceur qui payait était sûr d'être vu. Cette rareté fabriquait une rente. Elle protégeait aussi les produits médiocres, puisqu'il suffisait de matraquer pour compenser l'absence d'intérêt intrinsèque. Godin insiste : ce n'était pas un abus, c'était le fonctionnement normal d'un monde où l'offre de messages était limitée par le coût de diffusion.

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03

Chapitre 3 — Les quatorze tendances qui ont tout changé

Godin ne se contente pas d'opposer ancien et nouveau monde. Il détaille une série de bascules concrètes — il en compte quatorze — qui, ensemble, expliquent pourquoi le terrain s'est dérobé. On ne les passera pas toutes en revue, mais quelques-unes donnent le ton. La direct connection : les marques peuvent désormais parler à leurs clients sans passer par un intermédiaire média, mais l'inverse est vrai aussi, et les clients parlent entre eux sans passer par la marque. La longue traîne : le succès ne se joue plus sur quelques hits qui écrasent tout, mais sur une infinité de niches où l'offre étroite et précise bat l'offre large et molle.

D'autres bascules touchent au pouvoir. L'information et l'attention passent du vendeur à l'acheteur : le consommateur compare, note, vérifie, et le vendeur ne contrôle plus le récit. Les outils de mesure permettent de savoir exactement ce qui marche, ce qui rend caduque l'à-peu-près confortable du marketing d'antan. La possibilité de raconter à l'intérieur — de mobiliser toute une entreprise autour d'une histoire — remplace le service marketing isolé qui décidait seul du message. À chaque fois, une certitude ancienne devient un handicap.

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04

Chapitre 4 — Le message doit venir du produit

Ce que dit le meatball sundae dépasse largement le débat sur les réseaux sociaux de 2007. Godin décrit un basculement de fond : le marketing n'est plus quelque chose qu'on fait à la fin, une fois le produit prêt et payé, mais quelque chose qui doit être décidé au commencement, dans la nature même de ce qu'on fabrique. Pendant tout le vingtième siècle, on pouvait séparer les deux : d'un côté ceux qui produisaient, de l'autre ceux qui vendaient, avec un mur entre les deux. Ce mur était une commodité permise par la rareté des canaux. Il est devenu un handicap.

Le nœud, c'est la cohérence. Quand n'importe qui peut vérifier votre promesse en trois clics, quand vos clients relaient votre histoire à votre place, le message et le produit ne peuvent plus dire deux choses différentes. Si le produit est banal, aucune sauce ne le rendra remarquable ; si la promesse dépasse la réalité, l'écart se retourne contre vous, amplifié par les mêmes réseaux censés vous servir. Le seul marketing qui tienne dans ce monde est celui qui est déjà cuit dans le produit — un produit fait pour qu'on ait envie d'en parler, et qui tient parole quand on va le voir de près.

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05

Conclusion

On revient à la boulette et à sa chantilly. Tout le livre tient dans cette image : on ne sauve pas un produit ordinaire en l'arrosant d'outils extraordinaires. Les nouveaux médias ne sont pas une couche de vernis qu'on applique à la fin ; ce sont des amplificateurs qui propagent ce que le produit dit déjà de lui-même — le meilleur comme le pire. Verser du nouveau marketing sur de la vieille cuisine ne donne pas un dessert, ça donne un plat qui trahit les deux.

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