
Maurras
La vie et l'impact politique de Charles Maurras
Description
Cet ouvrage est une gageure : il s’agit d’offrir une vision dépassionnée de Maurras, soit d’un homme dont les prises de position feraient toutes, aujourd’hui, scandale.
Retraçant chronologiquement le parcours de l’homme, il nous fait découvrir, outre le politicien et le penseur contre-révolutionnaire, un poète tiraillé par les contradictions de son temps et, avant tout, par l’impossibilité de croire quand on a été abreuvé du positivisme le plus pur.
Sommaire
01Introduction
Maurras a vécu plusieurs vies : une vie de poète, disciple de Mistral, une vie de de philosophe, tout droit sorti de Comte et de Renan, une vie d’homme politique réactionnaire et une vie d’homme, retranchée, avortée, désordonnée, une vie de libertin. Comme tous les hommes de sa génération, il a grandi dans une France paradoxale : d’une part, abaissée, mutilée, défaite, traumatisée par la déroute de 1870 et la Commune ; d’autre part, centre mondial incontesté des arts et des lettres. Une France majoritairement royaliste qui a fini par accoucher d’une République dominée par la franc-maçonnerie.

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02Racines
Charles Maurras a grandi à Martigues, coin de Provence favorisé des dieux, où la République est assimilée au centralisme républicain ennemi des « patois ». Sujet brillant, il tombe tôt sur une influence déterminante, celle du poète provençal Frédéric Mistral (1830-1914). De là une passion, jamais démentie, pour la Provence natale et sa langue d’oc ; et son pendant : une haine implacable pour le centralisme niveleur venu de Paris.
Surtout, le jeune Maurras est soucieux de littérature. S’il se voue à Mistral et au mouvement de la renaissance provençale, il subit aussi l’influence de Lamartine, de Dante, de Verlaine, de Baudelaire, de Poe. Dans cette France fin de siècle, les artistes cherchent à dépasser le romantisme. C’est l’heure du symbolisme, du Parnasse et du naturalisme. Maurras, lui, incline au classicisme, qu’il assimile à la latinité, à la lumière, à la ligne, à la clarté, à la raison, à la France ; et qu’il oppose à l’Allemagne, au romantisme, aux brumes du Nord, à la barbarie. Il cherche, en toutes choses, un équilibre subtil, toujours menacé par les forces de la destruction, qu’il assimilera, après son maître Hippolyte Taine (1828-1893), à la révolution sous toutes ses formes.

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03Naissance du maurrassisme
Maurras fut lancé par un prêtre, l’abbé Penon, qui pensait en faire un héraut de la contre-révolution. Or, il ne croyait pas en Dieu. Lecteur de Comte, persuadé que le catholicisme représentait une puissance d’ordre, il ne pouvait cependant se résoudre à en embrasser les dogmes, pas même à croire en Dieu. Alors, l’abbé l’envoya auprès de théologiens qu’il chargea de le convertir. Rien n’y fit.
Après avoir fait ses armes dans la critique philosophique, Maurras se fit un nom, surtout, dans la critique littéraire. À n’en pas douter, son jugement était sûr : c’est lui qui découvrit Proust. Bientôt, le jeune critique devint une plume fort recherchée. Il écrivait de jour comme de nuit, et adopta le mode d’existence bohème. Toujours attaché au provençal, dont il ne cessait de faire la promotion, il s’inquiétait de voir Paris toujours plus écraser sous sa férule les divers peuples dont est composée la nation. Le fédéralisme, décidément, ne semblait pas pouvoir trouver une expression dans cette République fanatiquement une et indivisible.

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04Dreyfus. Raison d’État
Pour Maurras, les choses sont claires : le capitaine Dreyfus est coupable, l’armée l’a démasqué. L’éventuelle innocence d’un petit capitaine juif ne pèse rien face à la sauvegarde des secrets des services de renseignement.
Chez Maurras, la raison d’État prime sur tout : c’est un grand admirateur de Richelieu, de cette monarchie absolue, qui ne confondait pas le plan de la morale avec celui de la politique, où ne prévalent que les rapports de force : « L’idée du juste n’est pas divine mais humaine. » (Maurras, cité par Giocanti, p. 164). Fidèle à ce principe, il sera un adversaire (au début tout au moins) des aventures coloniales ; non qu’il plaignît le sort des indigènes, mais parce qu’il ne reconnaissait pas la valeur de l’exigence morale qui fondait, pour Jules Ferry, la « mission civilisatrice » de la France.

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05Allemagne
Or, il est pour Maurras une puissance qui est en Europe un facteur permanent de déséquilibre, comme l’est le romantisme en littérature, la Révolution en politique, le grand Capital en économie : c’est l’Allemagne, cette maudite Allemagne qui apparaît, dans le tableau que Maurras brosse de son enfance, comme un cri de douleur dans une mer de tendresse : souvenir de l’invasion de 1870. Cette puissance conjugue et résume, pour lui, tout ce qui est détestable. « J’ai surtout en horreur, écrira-t-il, ces derniers Allemands. L’Infini ! comme ils disent. Le sentiment de l’infini. Rien que ces sons absurdes et ces formes honteuse devraient induire à rétablir la belle notion du fini (…) La divinité est nombre. Tout est nombre, et terminé » (p. 135).

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06Revers
Quand, en 1914, l’ogre allemand fond sur la France, Maurras redouble d’énergie, escamotant la critique contre-révolutionnaire de la levée en masse. Il fait taire ses griefs contre le régime, et se range derrière le gouvernement, prodiguant ses conseils, exhortant sans relâche à l’union nationale. Mais la victoire de 1918 ne fut pas la sienne.
Premier revers : la victoire elle-même, gâchée, selon Maurras et son disciple Jacques Bainville, par l’idéologie républicaine, orientée surtout vers la destruction des régimes d’ordre et des monarchies, le remplacement de ceux-ci par des régimes faibles, proies désignées aux appétits allemands et russes, tandis que la protection de la France n’était assortie d’aucune garantie tangible, l’occupation du Rhin n’étant que temporaire. Deuxième revers, 1926 : L’Église condamne l’Action française. Le lectorat fond, et l’hypothèse d’une restauration monarchique s’éloigne à grands pas. Troisième revers : le Front populaire (1934), accusé de désorganiser le pays et de mener une politique étrangère idéologique, contraire aux intérêts de la France. Quatrième revers : 1936. Échec de la prise du pouvoir par les Camelots du roi, les militants de l’Action française.

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07La chute
Enfin, fatale, prédite par Maurras dans le détail : la défaite. Ici commence la tragi-comédie effroyable, celle d’un vieillard sourd, prophète inécouté, comme il se doit, qui devient la caution idéologique d’un autre vieillard, Pétain. Anti-allemand, Maurras continue à publier son journal, mais il est seul à la barre, les autres grandes plumes du mouvement étant soit mortes, soit gagnées à la résistance (Boutang) ou à la collaboration active (Rebatet). Il est peu et mal informé. Les Allemands le censurent, si bien que les paragraphes, les phrases où il se déchaîne contre eux ne paraissent pas (ou paraissent, mais sous forme de paraboles et d’énigmes que tous ne saisissent pas), tandis que paraissent (et sont relayés par la radio), les textes où il s’en prend aux Juifs et aux résistants, communistes et gaullistes, considérés comme autant de félons ébranlant l’autorité d’un maréchal qui seul peut assurer l’unité et le redressement national, en vue d’une future revanche.

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08Conclusion
Ombre de la République, et fou du roi de la femme sans tête, comme il désignait Marianne, Maurras erre, toujours, au fond de l’inconscient politique français, qu’il n’aura cessé de travailler sourdement. Comment ne pas voir, en effet, que la politique extérieure gaullienne, c’est tout lui, que la décentralisation, c’est lui, que la monarchie élective qu’organisent nos institutions, c’est encore lui ?

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09Zone critique
Ce qui manque, peut-être, à l’ouvrage de Stéphane Giocanti : essayer de saisir à quoi correspond Maurras, profondément, dans la société française. Le génie, disait Péguy, est l’expression de tout un peuple. De quel peuple Maurras est-il donc l’expression, l’emblème et l’étendard ? Autant de questions que Stéphane Giocanti n’aborde pas : son objet, en dépit des apparences de l’objectivité scientifique reste moral : il s’agit de sauver Maurras de l’oubli en opérant une sorte de repli tactique dans sa défense.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Maurras, le chaos et l’ordre, Paris, Flammarion, coll. « Grandes Biographies », 2008.
Du même auteur – Pierre Boutang, Paris, Flammarion, coll. « Grandes Biographies », 2016. – C'était les Daudet, Paris, Flammarion, 2013. – Une histoire politique de la littérature, Flammarion, Paris, 2009.

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