
Manifeste du Parti communiste
Les fondements du communisme
Description
Publié en 1848, le Manifeste du Parti communiste est l'un des textes fondateurs du marxisme. Avec vigueur, Marx et Engels y exposent leur analyse du capitalisme et leur vision d'une société communiste future. Ils y décrivent de manière percutante la lutte des classes entre bourgeoisie et prolétariat et la nécessité pour les prolétaires de s'unir et renverser l'ordre capitaliste par la révolution.
Écrit dans un style enlevé, le Manifeste propose une critique radicale de la société bourgeoise et un plaidoyer en faveur du communisme, perçu comme l'abolition des classes sociales et de la propriété privée des moyens de production. Malgré son ton pamphlétaire, ce texte garde une portée philosophique forte. Un classique à lire absolument pour comprendre les origines du marxisme.
Sommaire
01Introduction
Après « Le Féroce XXème siècle », ainsi caractérisé par Robert Conquest dans ses réflexions sur les ravages occasionnés par les idéologies, comment aborder l’examen du Manifeste du Parti communiste à une époque où la pensée dominante l’a elle-même idéologiquement relégué au rang de relique à bannir et oublier ? Paradoxalement, rien n’est plus simple et plus évident : il suffit de se remémorer que ce texte, le plus célèbre, le plus abouti et le plus percutant des inséparables Marx et Engels, est avant tout le produit d’une démarche scientifique rigoureuse.

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02L’apport révolutionnaire d’une pure lecture terre-à-terre de l’histoire
Dès avant la rédaction du Manifeste, en 1845, Marx et Engels prirent acte que « les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, [or] ce qui importe, c’est de le transformer » (L'Idéologie allemande, p. 4). Deux ans plus tard, à la demande de la « Ligue des communistes » à laquelle ils étaient affiliés, l’occasion leur était donnée de synthétiser et d’exposer leurs vues. Jusqu’en 1847, cette organisation avait porté le nom de « Ligue des justes ». En ce sens – remarque Claude Mazauric –, le changement d’appellation témoignait déjà d’une « évolution idéologique sans équivoque ». C’est au cours du Congrès de Londres, tenu en novembre 1847, que cette association ouvrière internationale chargea Marx et Engels de préparer, aux fins de publication et de diffusion clandestines, un programme de parti complet, tout à la fois théorique et pratique.

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03La mondialisation économique avant et avec la domination bourgeoise
Au-delà de son rôle révolutionnaire dans le renversement de la féodalité et de l’Ancien Régime, la bourgeoisie – observent Marx et Engels – n’a laissé subsister d’autre lien, entre l’homme et son semblable, que « le froid intérêt » et le « calcul égoïste », supprimant ainsi « la dignité de l’individu devenu simple valeur marchande ».
Plus généralement, depuis l’avènement de la grande industrie et du marché mondial, la bourgeoisie s’est « emparée de la souveraineté politique exclusive dans l’État représentatif moderne ». Or, la toxicité de la bourgeoisie tient au fait qu’elle « ne peut exister sans constamment révolutionner les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux » (pp. 29-30).

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04La bourgeoisie et l’auto-destruction
L’une des idées fondamentales du Manifeste consiste à mettre en exergue que l’histoire politique et intellectuelle de toute époque historique (sa « superstructure idéologique ») résulte directement de la production économique et de la structure sociale propre à cette époque historique.Autrement dit, résulte de l’état de son « infrastructure économique ».
C’est dans cet état d’esprit que, trois auparavant, en 1845, Marx et Engels discernait déjà, dans L’idéologie allemande, qu’en tout temps et qu’en tout lieu, « les idées et les croyances d’une société sont celles de sa classe dominante ».
Dans le Manifeste, ce constat sans appel s’applique au concept et à la réalité – à géométrie variable – du droit « bourgeois ». Cet élément est déterminant au sein de cette « superstructure idéologique » instituée au service exclusif de la domination bourgeoise : « Votre droit n’est que la volonté de votre classe érigée en loi, volonté dont le contenu est déterminé par les conditions matérielles d’existence de votre classe » (p. 47).

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05Du national à l’international : guerre mondiale ou révolution mondiale
Pionniers incontestables, Marx et Engels déchiffrent que « les deux phénomènes bourgeois et national » ont fait, ensemble, leur apparition dans l’histoire contemporaine ; la formation des nations « dites modernes » s’étant révélée organiquement rattachée à la société bourgeoise et à son Etat-nation .
Or, très rapidement, il apparut que ce lien organique ne pouvait aller sans entraîner de très sérieuses contradictions, dont une, majeure et décisive : celle qui vit la bourgeoisie nécessiter, de pair, une autonomie et une spécificité nationales, en même temps que la poursuite d’objectifs de conquêtes extérieures, en premier lieu économiques. Marx et Engels l’analysent très clairement : « la bourgeoisie vit dans un état de guerre perpétuel » (p. 38). Poussée par le « besoin de débouchés de plus en plus larges pour ses produits » (pp. 30-31), elle « envahit le globe entier », et finit par « ressembler au sorcier qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées » (p. 33).

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06Conclusion
La rédaction du Manifeste est achevée en janvier 1848. Après 1789 et 1830, le 24 février 1848, la « troisième révolution française » se produit et contraint Louis-Philippe d’abdiquer : la monarchie de Juillet laisse place à la Seconde République. Nouveau « hasard » des calendriers, une première traduction française du Manifeste est éditée à Paris à la veille de l’insurrection ouvrière de juin 1848. Certes, elle échouera et sera durement réprimée.
Pour autant, « la Sixième puissance » se frayait bel et bien un chemin jusqu’au premier plan de la scène mondiale : l’Association Internationale des Travailleurs – dite 1ère Internationale – était fondée par Marx et Engels en 1864 ; la Commune de Paris tonitruait en 1871 ; la première révolution russe explosait en 1905 ; la révolution mondiale supplantait la guerre mondiale à compter d’Octobre 1917 et s’ancrait au XXème siècle jusqu’en 1991… La force démonstrative du Manifeste n’est plus à établir ; et comme l’écrivait encore assez récemment Slavoj Zizek, « le Spectre rôde toujours »…

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07Zone critique
Si, comme le rappelle Claude Mazauric, le Manifeste demeure « un appel clairvoyant au refus de se soumettre », il est certain que le lire aujourd’hui – soit 170 ans après sa rédaction – peut interroger, voire, parfois, laisser quelque peu sceptique sur deux points capitaux de la théorie révolutionnaire communiste : d’une part, à propos de la question de la conscience de classe révolutionnaire internationale des prolétaires, laquelle ne fut pas et n’est toujours pas aussi évidente et automatique que Marx et Engels auraient peut-être pu le croire.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Manifeste du Parti communiste, Paris, Librio, 1998 [1848].
Ouvrages de Karl Marx et Friedrich Engels
– L’idéologie allemande, Paris, Editions sociales, 1976 [1845]. – La Sainte famille, Paris, Editions sociales, 1969 [1845].
Ouvrages sur Karl Marx et Friedrich Engels

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