
Managerial capitalism
Capitalisme et gestion d'entreprises
Description
Duménil et Lévy reprennent en détail les analyses de Marx sur les classes sociales afin de spécifier les adaptations requises pour comprendre le régime économique contemporain.
À leurs yeux, ce régime a connu, au cours du XXe siècle, une transition entre le mode de production capitaliste et un mode de production qu’ils nomment le « managérialisme », au sein duquel les managers, troisième classe aux côtés des capitalistes et des simples travailleurs, représentent la classe sociale dominante en même temps que l’agent principal de « l’avancée de la socialisation ».
Sommaire
01Introduction
Depuis l’après-guerre, le managérialisme a connu deux grandes phases. Le compromis social-démocrate a représenté l’alliance entre les managers et les travailleurs tandis que le néolibéralisme représente l’alliance entre les capitalistes et les « top managers ». En étudiant les inégalités de revenus à partir de données statistiques, Duménil et Lévy mettent d’abord en exergue l’existence de deux grandes classes. La classe inférieure représente entre 97 et 99% de la population tandis que la classe supérieure représente entre 1 et 3%.

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02L’analyse des classes chez Marx
Pour produire une analyse de la transition du capitalisme au managérialisme, les auteurs s’appuient continuellement, bien qu’avec un regard critique, sur les travaux de Karl Marx. Ce dernier proposait une étude des classes sociales à partir de l’analyse des rapports de production et des modalités d’exploitation mises en œuvre dans le mode de production féodal puis capitaliste. Or Duménil et Lévy affirment que l’explication des rapports entre les classes ne peut pas reposer seulement sur une analyse menée via les concepts de l’économie politique.
L’étude de ce que Marx nomme l’« infrastructure » est insuffisante pour comprendre les processus d’exploitation. Il convient d’analyser conjointement la « superstructure » d’un mode de production, en particulier le rôle des idéologies dans le maintien des relations de domination dans les processus productifs. Comme ils considèrent que les trois modes de production que sont le féodalisme, le capitalisme et le managérialisme se succèdent tout en se superposant, Duménil et Lévy proposent de revenir sur la conception du manager chez Marx.

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03Le managérialisme
Duménil et Lévy considèrent que l’émergence du managérialisme est graduelle à partir de la fin du XIXe siècle. Elle se manifeste d’abord dans l’importance prise par les managers au sein des entreprises privées, lesquelles, pour faire face à la concurrence et à la baisse du taux de profit, se sont consolidées sous la forme de grandes sociétés anonymes. Mais le managérialisme se manifeste également dans l’émergence et la croissance des fonctions économiques assurées par l’État et les organisations publiques contrôlées par leurs managers.

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04La dynamique des ordres sociaux
Duménil et Lévy s’attachent ensuite à étudier l’évolution des ordres sociaux du système économique moderne. Ils définissent un ordre social comme « une combinaison spécifique des dominations de classes et des alliances entre les trois classes – capitalistes, managers et classes populaires – du capitalisme managérial ».
À l’encontre de la tradition marxiste orthodoxe qui considère l’État comme le comité exécutif de la classe dominante, Duménil et Lévy considèrent plutôt qu’il est, dans des sociétés complexes, le cadre institutionnel au sein duquel se forment les dominations et les alliances entre les classes ou les fractions de classes. C’est l’étude de ces alliances qui les amène à distinguer une succession de trois ordres sociaux au sein de l’ère du capitalisme managérial.
Le premier ordre social qu’ils distinguent est « la première hégémonie financière ». Elle va de la fin du XIXe siècle aux années 1930, période de forte croissance des inégalités, et se caractérise par l’alliance entre les grands capitalistes individuels et les grandes banques. Ce sont les régulations consécutives à la crise de 1929, en particulier celles héritées du New Deal, qui amorcent une transition.

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05Le néolibéralisme
Duménil et Lévy considèrent que le néolibéralisme désigne des rapports de production spécifiques, notamment caractérisés par un réseau mondial de firmes transnationales dont les principales sont des organisations financières anglo-saxonnes. L’étude des relations de propriété révèle que 737 sur 43 000 firmes transnationales contrôlent 80% de la valeur économique produite par l’ensemble.
Le néolibéralisme désigne par ailleurs un ordre social, lequel se caractérise par l’alliance des managers des sociétés financières et des managers des sociétés non financières. Le rapport de force entre ces deux classes est favorable aux premiers. Leur salaire moyen est plus de deux fois supérieur à la moyenne du salaire des managers dans l’ensemble du secteur privé.

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06Crise de profitabilité et crise financière
Duménil et Lévy considèrent que les périodes de mutations entre les ordres sociaux sont soutenues par des « tendances historiques » de long terme, en particulier par « les tendances de la technologie et de la distribution », ainsi que par la « transformation des relations de production », générant des crises structurelles suivies de perturbations macroéconomiques d’une décennie environ. En 1970, comme en 1890, le capitalisme connaît une crise de profitabilité, laquelle est la conséquence de changements techniques, d’une concurrence accrue et de changements dans la distribution des revenus.

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07Les oppositions au capitalisme dans l’histoire
Duménil et Lévy considèrent la Révolution française comme une révolution bourgeoise en raison de l’alliance entre la haute bourgeoisie et l’ancienne noblesse.
La Montagne constitue en revanche une réaction face au capitalisme naissant. Ils qualifient toutefois le projet des montagnards de « capitalisme utopique » : leur appel à la démocratie se fait sans remise en cause des rapports de production capitalistes engendrant une accumulation privée des richesses et la croissance des inégalités. De la même manière, les socialistes utopiques tels Owen, Fourier et Cabet sont mus par la « conviction que la société peut changer de l’intérieur, c’est-à-dire sans révolutionner en amont les relations générales de production ». Une autre réaction au capitalisme naissant a résidé dans le communisme de la conjuration des égaux de Gracchus Babeuf.

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08Le managérialisme en URSS
Duménil et Lévy insistent sur le fait que le managérialisme n’est pas un phénomène purement occidental. La révolution russe de 1917, comme la révolution chinoise quelques décennies plus tard, représente une alliance de classe entre une intelligentsia et les classes populaires. Aussi trouve-t-on face au « capitalisme managérial » américain un « managérialisme bureaucratique » russe, au sein duquel la domination est exercée par les officiels du gouvernement et les managers des firmes publiques. Faisant écho aux thèses de James Burnham, Duménil et Lévy rappellent que l’essence du managérialisme réside dans la planification, laquelle peut revêtir des formes extrêmement diverses.

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09Conclusion
Duménil et Lévy considèrent, comme le montre l’histoire, que différentes formes de managérialisme sont possibles, les déterminants économiques n’étant pas univoques. Ils envisagent trois trajectoires possibles après la crise structurelle de 2008.
La première réside dans la perpétuation des tendances qui ont caractérisé la seconde hégémonie financière.

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10Zone critique
L’ouvrage de Duménil et Lévy conjugue le recours à des données statistiques et une connaissance historique érudite afin de convaincre le lecteur de leur thèse selon laquelle les managers jouent un rôle central dans les économies modernes. Leur exposition des thèses de Marx sur les classes sociales et la révision profonde qu’ils proposent sont tout aussi convaincantes.

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11Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Gérard Duménil et Dominique Lévy, Managerialism capitalim. Ownership, management & the coming new mode of production, London, Pluto Press, 2018.
Des mêmes auteurs – La Grande Bifurcation. En finir avec le néolibéralisme, Paris, La Découverte, 2014. – « Le capitalisme managérial », Savoir/Agir, n° 3, 2019, p.43-53.

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