
L’Utilitarisme
La philosophie de la recherche du bonheur
Description
John Stuart Mill est plus connu comme philosophe politique que comme moraliste. Avec L’Utilitarisme, l’auteur s’inscrit dans la lignée du courant fondé par Jeremy Bentham : il établit les fondements moraux visant à augmenter le bonheur collectif compris comme la somme des bonheurs individuels. Mais cet ouvrage rompt aussi avec l’approche très arithmétique de son père spirituel en introduisant plus de nuance et de complexité.
On en retire une morale qui s’attache aux conséquences des actes plutôt qu’aux intentions. Les implications politiques et économiques n’ont rien perdu de leur actualité.
Sommaire
01Introduction
L’Utilitarisme de John Stuart Mill est avant toute chose un traité de morale. L’auteur y développe une approche que l’on qualifie de « conséquentialiste » en ceci qu’elle définit la moralité d’une action en appréciant ses conséquences plutôt que son intention. Cette approche s’oppose à la morale « intentionniste », qui définit au contraire la moralité d’une action en appréciant son intention plutôt que les conséquences.

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02L’utilitarisme vise au plus grand bonheur du plus grand nombre
L’utilitarisme, comme tout système moral, n’est pas une science, mais un art : la théorie générale y précède les vérités particulières. En la matière, on ne doit pas déterminer a priori ce qui relève du bien ou du mal à partir d’une certitude déjà acquise, fondée sur une conception particulière et figée de la vérité, mais bien de ce qui résulte de nos actes. La morale ne doit donc pas découler des intuitions des individus, mais être guidée par la raison et nourrie par l’expérience.
De là vient l’opposition entre l’utilitarisme, d’une part, et l’école intuitionniste ou inductive, d’autre part. Pour l’école intuitionniste, il existe une intuition morale qui doit guider nos actions et les principes moraux existent a priori. Pour l’école inductive, la moralité résulte de l’application d’une loi générale à des cas particuliers et les principes moraux se fondent sur l’observation et l’expérience. Mais, dans les deux cas, il existe une hiérarchie des valeurs qui fondent la morale.

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03Mieux comprendre l’utilitarisme en réfutant les principales objections qui lui sont faites
L’auteur passe en revue 10 objections qui sont souvent adressées à l’utilitarisme afin de préciser sa pensée.
1. L’utilitarisme condamne-t-il le plaisir ? Non, même si dans le langage courant on tend parfois à opposer utilité et plaisir. Cependant, le plaisir n’est pas le bonheur, qui n’est pas fait de l’accumulation de plaisirs, mais constitue la seule chose qui soit désirable en soi.
2. L’utilitarisme est-il égoïste ? On avilit parfois l’utilitarisme en le réduisant à une morale qui ne vise que la recherche des plaisirs et flatte nos instincts animaux. Mais il existe différentes qualités de plaisirs. Ainsi, les plaisirs de l’esprit sont supérieurs à ceux du corps, car ils sont à la fois plus stables et plus sûrs. Et parce que les individus sont par nature attachés à leur dignité, leur bonheur dépend largement de leur capacité à rechercher les plaisirs supérieurs : personne ne veut vivre une vie remplie de plaisirs inférieurs.
3. Puisque le bonheur est impossible, l’utilitarisme est-il vain ? Si on peut entendre que le bonheur est inatteignable, on doit aussi accorder que le malheur est à éviter. Or, l’utilitarisme vise aussi à prévenir le malheur. Dans une vie heureuse, la somme des plaisirs dépasse la somme des douleurs.
4. L’utilitarisme exclut-il le sacrifice ? En dernière analyse, le sacrifice consiste à renoncer à un bonheur particulier pour le bonheur général. Ceux qui se sacrifient donnent ainsi un sens à leur vie qui s’apparente au bonheur, mais la société doit chercher à rendre inutile le sacrifice.

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04L’utilitarisme fonde les relations entre les individus sur la rationalité
Toute morale établit un pouvoir d’obliger assorti de sanctions. La conscience se nourrit du sentiment du devoir, formé par de multiples sentiments qui obtiennent globalement une force contraignante. C’est la force de la conscience qui détermine si l’individu se comportera de façon morale ou non, en obéissant ou non à ce sentiment du devoir qu’il éprouve en lui. Le principe de la moralité est donc essentiellement subjectif : même à considérer que l’obligation morale est une chose en soi, transcendante, c’est l’individu qui décide de s’y conformer ou de s’y soustraire.
D’où la différence de l’utilitarisme d’avec les morales intuitionnistes, qui affirment que le principe moral est inné en chaque individu et son application fondée sur l’expérience. Dans l’utilitarisme, au contraire, les principes moraux sont acquis et non innés, car ils se fondent sur des concepts artificiels, c’est-à-dire élaborés par l’homme. Cependant, leur développement est naturel car chaque individu souhaite avant tout vivre en harmonie avec les autres. Il s’attache pour cela à suivre les règles de la morale.

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05Distinguer l’exigence de justice et le désir de punir
Tout un chacun éprouve puissamment en soi le sentiment de justice. Est-ce à dire que ce sentiment existe dans la nature comme quelque chose d’absolu ? Ressentons-nous tous le même sentiment face à une chose juste ? Cela revient à déterminer si le sentiment de justice est objectif ou subjectif. Quoi qu’il en soit, l’auteur cherche à identifier le caractère distinctif de la justice en partant du principe que les individus ont en partage la rationalité.
Étymologiquement, la justice renvoie à une action réalisée d’une manière prescrite par la loi. Mais, comme on l’a vu, l’idée de justice excède son acception strictement légale : il s’agit donc d’identifier et de définir la loi idéale comportant toutes les règles qui devraient exister, mais qui n’existent pas forcément. Cela ne signifie pas que nous souhaitions que la loi régisse tout ; pourtant, nous voudrions tout de même qu’un pouvoir contraigne les autres à agir bien. C’est pourquoi, dans une société juste, la contrainte légale doit suffire.

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06Concevoir le droit à partir de l’utilité
Le droit d’une personne à quelque chose implique que cette personne peut exiger de la société qu’elle la protège et la maintienne en possession de cette chose. La seule justification possible de ce droit réside dans l’utilité générale et ne peut être motivé par le sentiment animal de revanche.
Le plus essentiel de ces droits est la sécurité. En effet, tout individu est fondé à exiger que la société assure sa sécurité, car c’est le plus vital de ses intérêts personnels, de même qu’il accepte que tous les autres individus jouissent de ce même droit. Il s’agit d’un droit inconditionnel et illimité. Mais parce que l’utilité est relative et subjective et parce que la justice se fonde sur l’utilité, le sentiment de justice varie d’une personne à une autre. Aussi toute punition renvoie-t-elle nécessairement à une conception particulière de la justice. Et même quand la légitimité des peines est admise, plusieurs conceptions de la justice peuvent coexister au sein de la société.

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07Conclusion
Depuis sa publication au milieu du XIXe siècle, L’Utilitarisme n’a rien perdu de sa pertinence – c’est certainement l’avantage d’une réflexion politique fondée davantage sur des principes philosophiques que sur des considérations historiques.

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08Zone critique
Indéniablement, ce court essai nous présente un système moral particulièrement adapté à nos sociétés modernes et ouvertes, où les individus sont libres de choisir leur propre voie vers leur bonheur, tout en contribuant ainsi au bonheur général.
Cependant, même si l’approche de John Stuart Mill introduit des nuances à l’arithmétique des plaisirs et des peines, proposée par Jeremy Bentham, l’utilitarisme se fonde tout de même sur une conception arithmétique du bonheur. Cette vision du bonheur semble consacrer une organisation bourgeoise de la société, dans laquelle la vertu consiste principalement à satisfaire ses propres plaisirs ainsi que ceux de ses concitoyens.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – L’Utilitarisme, « Champs classiques », Flammarion, 2018.
Du même auteur – De la liberté, « Folios Essais », Folio, 1990. – Principes d’économie politique avec leurs applications en philosophie sociale, « Bibliothèque classique de la liberté », Les Belles Lettres, 2016.

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