
L’Obsession du bien-être
Un leurre qui nous éloigne de l’authenticité des relations sociales
Description
Avec L’obsession du bien-être, Benoît Heilbrunn nous propose une mise au point sur un concept a priori positif et plein de promesses ; il dégage au contraire l’instabilité de cette notion et nous montre que la recherche du bien-être est un leurre qui nous éloigne de l’authenticité des relations sociales, en nous propulsant dans une logique de consommation qui ne comble qu’artificiellement nos besoins.
Sommaire
01Introduction
L’idéologie du bien-être trouve son origine au Royaume-Uni, lorsqu’il est devenu un sujet de réflexion au XVIIe siècle. Deux éléments ont contribué à son émergence : l’avènement de l’économie politique, et la sensibilité grandissante des individus pour leur environnement matériel et social. Les économistes se sont à cette époque rendu compte que l’on pouvait améliorer les conditions de vie des classes populaires : « le confort physique est revendiqué comme un droit des défavorisés et pensé comme une responsabilité humanitaire de la part des propriétaires » (p. 66).

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02Être bien, la feel good attitude
De ce bien-être basé sur le confort, qui était un concept plutôt physiologique, nous aboutissons aujourd’hui à une notion sentimentale, psychologique, sociale : le bien-être est un concept englobant, car il implique d’être à la fois bien dans sa tête, dans son corps, et avec les autres.
Le bien-être a été défini à plusieurs époques, de manières sensiblement différentes. Si on parle aujourd’hui de « Feelgooditude » (p. 19), ou de « fun system » (p. 26), l’auteur nous rappelle que Rousseau, déjà, évoquait ce concept dans Les Rêveries du promeneur solitaire. La notion contemporaine de bien-être est en effet comparable avec un état décrit par ce dernier comme un « moment de pleine conscience où l’individu en est réduit au seul sentiment de son existence » (p. 44). Le bien-être selon Rousseau comprend une négation du temps, un sentiment de « plénitude sans motif ni objet de Dieu, qui relève simplement de la permanence dans l’être » (p. 46).

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03Influences orientales
La frénésie autour de la recherche du bien-être a pour conséquence la « mondialisation des cultures » (p. 71). La spiritualisation contemporaine s’inspire des pratiques orientales. On constate aujourd’hui un succès florissant des guides de développement personnel, des livres de méditation, de même qu’une appétence pour le Feng Shui, l’acupuncture, les massages, le shiatsu, et le yoga. Cet engouement de plus en plus fort pour l’Orient, observable depuis les années 1960, est un phénomène que l'auteur appelle la « yogaïsation de l’Occident » (p. 77).
On assiste donc à une « orientalisation des modes de pensée et de consommation » (p. 73), qui se répand tel un « soft power » (p. 75). Ce processus doit être entendu comme une extension de l’influence culturelle asiatique dans la conception occidentale de la politique, des arts, de la médecine et de la science.

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04Le bien-être dans notre vie quotidienne
Le bien-être compris avant tout comme une expérience intérieure est au cœur de nombre de nos comportements actuels, et nous pousse à mettre en place des stratégies variées pour atteindre l’objectif ultime de se sentir bien. On cherche à se créer des « petits moments à soi » (p. 26), à s’extraire pour un temps du stress et de l’accélération de nos vies. Le bien-être est considéré « comme un rempart contre une société devenue trop anxiogène, mais aussi contre cette vie qui semble nous vider de nous-mêmes » (p. 26).
Le chez-soi, ce house devenu home, est un excellent terrain pour exprimer sa recherche du bien-être. Il peut se transformer en nid douillet, procurer confort et réconfort. Il est aussi un endroit où on peut se ressourcer, se régénérer. Le terme « hygge », venu du Danemark, a le vent en poupe, en caractérisant un espace où l’on se sent bien.

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05La marchandisation du bien-être
Avec le développement de la société de consommation, la quête du bien-être est peu à peu devenue un style de vie à part entière, mais Benoît Heilbrunn nous met en garde contre la recherche effrénée du bien-être, qui est selon lui un outil du développement du capitalisme et de la consommation de masse. Selon lui, « l’idéologie du bien-être est essentiellement une arme d’intensification du capitalisme » (p. 140), le bien-être est partout, il « s’étale sur les murs et les écrans, s’immisce dans les esprits et gouverne les corps » (p. 19). On assiste à la création d’une véritable idéologie du bien-être.
Si nous valorisons autant la quête du bien-être, c’est parce que nous accordons plus d’importance à l’immédiateté : celle-ci passe notamment par le sens du toucher, et par le pouvoir subjectif de l’expérience. La société de consommation actuelle l’a bien compris, en proposant aux individus de participer à l’élaboration et à la personnalisation des produits qu’ils achètent. Ainsi, Nike propose de personnaliser sa paire de baskets, Starbucks décline ses boissons quasiment à l’infini. On peut voire un parallèle entre les objets du bien-être et les objets transitionnels comme les doudous : l’auteur parle d’une tendance à la « doudouisation » (p. 104), qui infantilise les adultes en leur proposant des marchandises qui les ramènent dans en enfance, avec une tendance au repli et à la recherche de réconfort.

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06Les dangers du bien-être : repli sur soi et renoncement à la liberté
Le plus grand danger de cette obsession du bien-être consiste au repli sur soi qu’elle instille. Sa recherche est « symbolique d’une société égoïste qui fragilise le “vivre ensemble” » (p. 111), car le bien-être nous incite à nous centrer sur nos propres besoins, dans une démarche rétractive plutôt qu’expansive, menaçant sérieusement la question du vivre-ensemble.
Le bien-être nie la figure de l’autre, en nous poussant à valoriser la domesticité et l’intériorisation. « On pousse l’individu à se recroqueviller sur lui-même loin de toute perspective d’hospitalité. Grâce à cette idéologie, l’espace public a tendance à se restreindre pour se limiter à la sphère sensorielle » (p. 150), et même dans les tiers-lieux douillets, on ne fait que faire semblant d’être avec les autres : on est avec les autres séparément.

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07Conclusion
En définitive, Benoît Heilbrunn regrette le développement de l’idéologie du bien-être, qu’il décrit comme un mythe utilitariste. Il prône au contraire « une morale de l’inconfort » (p. 151), qui responsabiliserait les individus en leur rappelant que leur bien-être ne dépend que d’eux. Il faut que nous nous dégagions de la tyrannie du bien-être pour valoriser l’inconfort dans le but de faire émerger des luttes et l’expressions de libertés. Selon lui, seul l’inconfort nous permet de « fait bouger les lignes » (p. 153).

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08Zone critique
Cet ouvrage est très court, ce que l’on peut mettre sur le compte du fait que l’auteur pointe le vide qui constitue la notion de bien-être telle que nous la comprenons aujourd’hui. On reste à la lecture avec un sentiment d’inachevé, dont il est impossible de dire s’il est imputable au style d'écriture ou au concept traité.

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09Zone critique
Ouvrage recensé – L’obsession du bien-être, Paris, Robert Laffont, 2019.
Du même auteur – Je consomme donc je suis ?, Paris, Nathan, 2004. – La consommation et des sociologies, Paris, Armand Colin, 2005. – La performance, une nouvelle idéologie ?, Paris, La Découverte, 2004.

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