
L’intelligence Artificielle ou l’enjeu du siècle
Anatomie d'un antihumanisme radical
Description
Faisant face à tous les discours élogieux et exaltés autour de « L’intelligence Artificielle » ces deux dernières années, Éric Sadin effectue une analyse chirurgicale de cette tendance implacable. Quelle est-elle exactement ? Qui en sont les acteurs majeurs ? À quelles injonctions répondent-ils ?
Mais surtout, c’est au travers de l’étude des différentes strates de la société que l’auteur cherche à comprendre en quoi et comment cette nouvelle évolution de la technique peut avoir un impact sur la vie des individus leurs pratiques, mais aussi sur ce qu’ils sont. Il dresse ainsi peu à peu un portrait éloquent de ce qui s’annonce comme un antihumanisme total.
Sommaire
01Introduction
Présente dans les discours politiques, les prédications des grands patrons des GAFAM, les annonces technologiques, les articles journalistiques, les romans, la publicité… L’intelligence artificielle est sans conteste l’un des sujets en vogue faisant le plus « sensation » actuellement. Miracle technologique préparant la nouvelle révolution à venir pour certains, menace contre l’humanité pour d’autres, les avis divergents. La tendance majoritaire tend à considérer l’IA de façon technophile et à la voir comme une évolution technologique dont tous les domaines de la société vont pouvoir bénéficier. Or, une telle vision des choses apparaît problématique, du fait de la légitimité de ceux qui en parlent.

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02Histoire de l’automatisation
Afin de mieux saisir les objectifs et les enjeux actuels liés au sujet de l’intelligence artificielle, il convient d’étudier l’évolution de l’informatique au cours du siècle dernier d’un point de vue sociotechnique, c’est-à-dire en cherchant à comprendre les motivations sociales et économiques ayant conduit aux choix de développement que nous connaissons aujourd’hui.
Comme le décrit l’auteur, l’histoire de l’informatique a très souvent tendance à être « romancée » en racontant les « success stories » de ces jeunes génies qui ont donné ce que nous connaissons comme les GAFAM. Cependant un pan entier de cette histoire est très souvent mis de côté, car si ces entrepreneurs ont certes eu une influence non négligeable dans le domaine de l’informatique, il n’en reste pas moins que l’avènement de cette dernière découle avant tout des logiques capitalistes d’automatisation et d’optimisation permanente des processus.
Si les premières bases théoriques de l’informatique naissent à la fin du XIXe siècle avec l’algorithmie ou l’algèbre de Boole, ce n’est qu’au début du XXe siècle que les premiers calculateurs sont créés. Ces « computers » sont alors produits par une nouvelle société, la CTR, qui deviendra plus tard IBM, répondant notamment à un appel d’offres du gouvernement pour l’aide à la gestion et à l’enregistrement des bénéficiaires du « social security act » dans les années trente. Ces nouveaux dispositifs ont permis de mettre en place les prémisses de l’automatisation de la gestion de l’information et de poser les bases de ce qui devait devenir l’industrie de l’informatique.

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03La transformation du travail, quel avenir pour les employés ?
Le premier champ abordé est celui du monde du travail. En effet, c’est probablement le domaine le plus impacté par les évolutions technologiques au cours du temps, ces dernières résultant pour la plupart d’une volonté d’amélioration permanente du rendement et de la productivité. Logique qui connait un nouvel essor avec la très en vogue « transformation digitale ». Cette mutation est si en vogue qu’IBM, leader mondial de la production d’ordinateurs à une époque, a totalement délaissé sa partie matérielle au profit de services permettant de rendre les entreprises « plus intelligentes » au travers du numérique.
C’est dans cette optique d’optimisation que les entreprises d’aujourd’hui cherchent de plus en plus à « robotiser » le travail. Grâce à ces processus d’automatisation, elles mettent souvent en avant la possibilité de « libérer » les travailleurs, afin de pouvoir les employer « à des tâches plus créatives ». C’est ainsi que les usines se sont vues pourvoir de plus en plus de robots, que certaines entreprises se mettent à développer des robots assistants médicaux, que des magasins émergent sans le moindre vendeur.

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04Au plus près du corps et de l’esprit, la fin de l’esprit critique ?
Si les données peuvent jouer un tel rôle prépondérant dans l’informatique moderne, c’est, d’une part, grâce à l’augmentation des puissances de calculs, mais surtout grâce à la génération de ces volumes de plus en plus importants de données par les utilisateurs eux-mêmes.
Ce nombre d’utilisateurs s’est vu augmenter considérablement par la popularisation significative des ordinateurs dans les années 90, avec notamment l’apparition des interfaces graphiques et du dispositif de la souris, ces deux éléments permettant de manipuler aisément les données contenues dans la machine. Ce phénomène visant à rendre le numérique de plus en plus accessible s’est poursuivi à travers la miniaturisation des dispositifs, et l’apparition du tactile, puis des premiers « smartphones ».
Ce qui caractérise ces nouveaux appareils, ce sont leur capacité à accéder n’importe où, n’importe quand, à internet, à attirer notre attention, mais aussi leur force de prodiguer des conseils aux utilisateurs. Les interfaces vocales comme Siri ou Google Assistant ont émergé et sont capables d’assister une personne par des rappels, des conseils (sommeil, santé, sport, alimentation…) ou encore des réponses. Cette tendance se voit renforcée dans l’émergence sur la plupart des systèmes de messagerie instantanée de « chatbots », des programmes capables de converser avec un utilisateur pour répondre au mieux à ses demandes. Beaucoup sont d’ailleurs programmés pour être drôles/attachants et essayer de créer un lien avec l’humain derrière l’écran. L’objectif étant pour chaque plateforme que les utilisateurs n'aient plus besoin de sortir de leur écosystème dédié.

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05Des changements sociétaux et politiques
Bien entendu, il est impossible pour la technologie de toucher aussi profondément les deux sphères abordées précédemment sans qu’elle ait également un impact sur la société en général.
Prenons l’exemple de la politique qui évolue également selon des logiques d’automatisation. De plus en plus les processus administratifs s’informatisent, et des pans entiers du quotidien des citoyens sont confiés dans des partenariats « semi-privés » auprès d’entreprises dont la motivation première est de générer du chiffre. Ainsi là où la politique a pu être à une époque motivée par la prise de décision en réponse à des convictions humaines, les décisions actuelles ne sont plus que réactions à des logiques de marchés et des réponses à la nécessité de l’instant. Tout cela conformément à la logique sociale-libérale, ayant pour croyance que des droits humains finissent par émerger de l’industrialisation et l’automatisation d’un pays. Le rapport État/Citoyen se transforme ainsi peu à peu en rapport Entreprise/Consommateur, ce dernier ne profitant plus de « droits », mais ayant accès aux « services » proposés par un État-plateforme.

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06Comment réagir ?
Comment faire face à cet enthousiasme exalté propagé par l’industrie et cherchant à gagner les moindres aspects de nos quotidiens pour nous faire « devenir meilleurs » ? Aujourd’hui la problématique principale touchant les organisations concerne la privauté des données des utilisateurs.
Et des associations telles que la quadrature du Net, ou des initiatives européennes comme le règlement général sur la protection des données (RGPD) se donnent pour but de défendre nos droits à l’anonymat et à la visibilité de nos données. Cependant pour l’auteur, c’est se tromper de combat. Car cela ne vient pas combattre les logiques derrière les innovations technologiques, ces logiques bridant peu à peu l’autonomie humaine. Ce qui pose problème, ce ne sont pas nos données, mais bien tous ces dispositifs qui altèrent nos façons d’agir et de penser.

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07Conclusion
Pour Éric Sadin, l’intelligence artificielle n’est qu’un moyen parmi d’autres de contribuer à cet automatisation et à cette intégration du numérique dans nos manières d’être. Toutes les strates de la société, de l’État au citoyen se trouvent concernées par cette révolution.

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08Zone critique
Cet ouvrage soulève effectivement de nombreux problèmes de taille liés au développement de l’informatique de nos jours, comme par exemple la volonté jamais remise en question de tout informatiser, tout automatiser, au détriment de la liberté de penser des citoyens.
Il peut être toutefois reproché à l’auteur d’analyser avec légèreté les alternatives à l’informatique dans son essence capitaliste, avec une critique un peu prompte et grossière des différents collectifs telle la quadrature du Net qui cherchent à repenser les modes de vivre ensemble ou de citoyenneté au travers de nouveaux systèmes décentralisés.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – L’intelligence Artificielle ou l’enjeu du siècle – Anatomie d’un antihumanisme radical, Paris, L’échappée, coll « Pour en finir avec », 2018
Du même auteur – La Vie algorithmique. Critique de la raison numérique, Paris, L’échappée, 2015. – La Siliconisation du Monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique, Paris, L’échappée, 2016.

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