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L’Impossible Rencontre

Annick Ohayon

Psychologie et psychanalyse en France(1919-1969)

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Description

La psychologie et la psychanalyse partagent le même objet d’étude : le psychisme de l’être humain. Néanmoins, afin de l’interroger et de l’interpréter, ces deux champs d’investigation ont recours à des méthodes, des techniques, des positionnements éthiques différents.

Annick Ohayon déploie l’évolution des deux disciplines dans leur contexte socio-historique, à partir de leur émergence en France, et nous permet ainsi de mieux comprendre les clivages et les points de connivence entre psychologues et psychanalystes.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La psychologie et la psychanalyse sont aujourd’hui deux disciplines très éloignées l’une de l’autre. Bien que certains psychologues soient aussi psychanalystes et inversement, la distance et, parfois, la méfiance entre les deux champs sont notables. Cependant, dans l’histoire que retrace Annick Ohayon, il est possible de repérer divers moments où il a été question de collaborations, d’échanges, de points de vue partagés entre psychologues et psychanalystes.

L’auteure part de la psychologie pour aller vers la psychanalyse, pour deux raisons : l’une historique, car la psychologie émerge avant la psychanalyse ; l’autre personnelle, car l’auteur est psychologue de formation. Durant ses études, entreprises à l’époque de Pierre Janet et de Daniel Lagache, lorsque la psychologie était encore enseignée à la faculté des Lettres, Annick Ohayon et d’autres se sont posés des questions comme : qu’est-ce qu’être psychologue ? Pourquoi certains psychologues sont-ils interpellés par la psychanalyse, en raison à la fois d’affinités intellectuelles et d’un sentiment d’hostilité ?

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02

La psychologie scien­ti­fique et ses ap­pli­ca­tions

Avant les années 1920, la formation en psychologie n’existe pas. Ce n’est qu’au travers des études en philosophie qu’il est possible d’acquérir des connaissances en la matière. Il s’agit d’une période particulièrement marquée par l’essor du positivisme, système philosophique qui conçoit les « faits expérimentés » comme seuls moyens de connaissance ; ce système se rapproche des sciences naturelles. Les premiers psychologues seront ainsi des étudiants en philosophie, poussés par la volonté de trouver une « application » aux théories philosophiques.

Cette période voit aussi le déclin de la psychopathologie, ainsi que le développement de la psychologie de l’enfant et de la psychologie animale, liées au béhaviorisme (ou comportementalisme), méthode psychologique fondée sur l’observation et l’étude des comportements humains extérieurs.

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03

L’arrivée de la psy­cha­na­lyse en France

L’installation de la psychanalyse en France est attribuée tout particulièrement au psychiatre René Laforgue, à la princesse Marie Bonaparte et au psychiatre Angelo Hesnard. Ce sont le Paris mondain ainsi que les cercles littéraires et intellectuels de la bourgeoisie des années 1920 qui portent le plus grand intérêt à cette nouvelle approche.

René Laforgue, fondateur de la Société Psychanalytique de Paris en 1926, est le premier médecin français à avoir été analysé. C’est à travers sa médiation que la psychanalyse commence à percer le savoir psychiatrique français. Angelo Hesnard, psychiatre aliéniste de grande renommée, peut se considérer comme l’un des premiers vulgarisateurs de la psychanalyse ; il a d’ailleurs tenté, tout au long de sa carrière, d’établir des liens entre la médecine et la psychanalyse.

L’auteure reprend le point de vue du philosophe R.E. Lacombe pour qui la psychanalyse serait en France tiraillée entre deux tendances principales : l’une situe cette discipline du côté de la philosophie, car très abstraite, sans possibilité d’application pratique ; l’autre scientifique, la porte du côté de la « psychologie de laboratoire ».

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04

Psychologie et psy­cha­na­lyse durant la Seconde Guerre mondiale

Durant la Seconde Guerre mondiale, les psychologues sont très actifs et poursuivent leurs recherches et publications. Du côté de la psychanalyse, au contraire, le silence et le retrait semblent avoir le dessus ; seul le Dr. Laforgue participe aux débats de l’époque. Le psychiatre et psychanalyste Daniel Lagache enseigne à ce moment-là à l’université de Clermont-Ferrand.En parallèle, il offre des consultations médico-psychologiques aux jeunes délinquants qui lui sont adressés par le tribunal.

Dans sa pratique avec les adolescents en difficulté, Lagache a recours aux tests psychologiques, à la psychothérapie et met en place un système de « parrainage » entre les patients et les étudiants en psychologie. Malgré ses idées originales et innovantes, son enseignement sera jugé par le psychologue Henri Piéron comme imprégné d’« un esprit de mystique intuitive complètement opposé à l’effort progressif de la science » (p.239).Un enseignement qu’il considère proche des « tendances irrationnelles chères aux nazis » (p.239).

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05

L’« unité de la psychologie » selon Daniel Lagache

En 1945, Daniel Lagache écrit un traité qui se veut une sorte de confrontation et de synthèse entre la psychologie et la psychanalyse. L’ouvrage s’intitule L’Unité de la psychologie. Psychologie expérimentale et psychologie clinique. Il y déploie essentiellement deux axes.

Le premier, qu’il définit comme « naturaliste », s’appuie sur la psychologie comportementaliste, adoptant une méthode expérimentale et statistique. Le second, qu’il définit comme « humaniste », a trait aux sciences humaines et vise la compréhension des « faits psychiques ». Il se focalise sur les conduites individuelles, normales et pathologiques, pour lesquelles il emploie une méthode clinique, issue de la psychiatrie et de la médecine, tout comme la phénoménologie et la littérature.

Cet ouvrage représente une tentative d’unification de la psychologie et de la psychanalyse, tentative qui trouve son origine dans les idées de l’ancien maître de Lagache : Pierre Janet. Ce dernier a introduit et développé la notion de « conduite », un travail à l’origine de l’« analyse des conduites », pratique constitutive de la psychologie d’orientation comportementale. Il représente une des références majeures dans le champ psychologique en France, au moins jusqu’aux années 1960.

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06

Les dérives des « ap­pli­ca­tions sociales »

La psychologie appliquée s’occupe de l’orientation et de l’insertion professionnelle, l’enfance normale et anormale, le travail et, dans une moindre mesure, l’hygiène mentale. Il s’agit d’une branche de la psychologie progressiste qui, à travers une analyse des « aptitudes », permettrait l’identification d’une place sociale plus adaptée aux compétences et inclinations du sujet. Comme on l’a vu plus haut, ce domaine naît (autour des années 1930)de l’exigence de trouver une application aux sciences humaines et sociales, afin qu’elles ne soient pas éclipsées par la science et la technique.

À propos de l’équipe guidée par le Dr. E. Toulouse, pionnier de la psychologie appliquée, l’auteure écrit : « Le modèle positiviste auquel ils adhèrent leur offre, certes, un cadre solide d’observation et d’expérimentation et leur donne l’illusion de l’objectivité, mais laisse dans l’ombre tout un pan de la vie psychique des hommes : celui des intentions, des désirs, des motivations rationnelles ou irrationnelles » (p.45).

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07

Conclusion

En reprenant notamment l’œuvre et la pensée de Daniel Lagache, l’auteure met en relief l’écueil que la psychologie rencontre tout au long de son évolution. Sa tentative d’unification relève de l’impossible, car elle englobe deux approches antinomiques. La psychologie expérimentale, se fondant sur le comportementalisme, se veut une science objective visant à résoudre, guérir, rééduquer les individus. La psychologie clinique, quant à elle, se rapproche plus de la psychanalyse, puisqu’elle prend aussi en compte la dimension insaisissable, et parfois incurable, du sujet.

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08

Zone critique

Bien que l’auteure présente un travail riche et plutôt objectif, on pourrait se demander quelles sont les raisons pour lesquelles elle n’évoque à aucun moment la psychothérapie institutionnelle, notamment lorsqu’elle aborde les années de l’après-guerre, période durant laquelle cette pratique thérapeutique s’exerce.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Annick Ohayon, L’Impossible Rencontre. Psychologie et psychanalyse en France(1919-1969),Paris, La Découverte, 1999.

De la même auteure – Avec Régine Plas, La Psychologie en questions. Idées reçues sur la psychologie, Paris, Le Cavalier Bleu, 2011.

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