
L’immunothérapie des cancers
Les espoirs révolutionnaires pour le traitement du cancer
Description
"L'Immunothérapie des cancers: Histoire d'une révolution médicale" par Éric Vivier et Marc Daëron est un ouvrage essentiel qui nous fait revivre la découverte de l’immunité et le développement de l’immunologie, des prémices de la vaccination jusqu’aux toutes récentes immunothérapies anticancéreuses. La compréhension croissante des mécanismes physiologiques et pathologiques régissant le fonctionnement du système immunitaire, mais aussi l’amélioration des connaissances concernant l’effet des cellules cancéreuses sur la réaction immunitaire ont permis de développer une stratégie innovante contre les cancers.
Sans s’attaquer directement à la tumeur, l’objectif est désormais d’aider le système immunitaire du patient à la contrôler, voire à la détruire. Une stratégie révolutionnaire, à la fois sur le plan médical et sociétal.
Sommaire
01Introduction
L’arsenal thérapeutique contre le cancer s’est très récemment élargi, avec l’arrivée de plusieurs médicaments d’immunothérapie anticancéreuse. L’objectif de cette approche n’est plus de s’attaquer directement aux cellules cancéreuses, mais d’aider le système immunitaire à contrôler, voire à détruire la tumeur.

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02L’immunologie, une science récente
L’histoire de l’humanité est jalonnée de grandes épidémies qui ont marqué la mémoire collective : la peste noire, la grippe espagnole, la variole, le choléra ou encore la tuberculose. Toutes ces épidémies ont pour point commun d’être liées à des infections par des agents pathogènes, des virus ou des bactéries. Elles sont à la base de la découverte de l’immunité, puisque certains individus sont capables de résister à certaines infections, tandis que d’autres en meurent ou sont gravement malades.
L’histoire de l’immunologie est passionnante et ponctuée d’avancées capitales pour aider à la compréhension des mécanismes immunitaires que nous connaissons aujourd’hui. Les hommes ont dû apprendre, empiriquement, puis scientifiquement, que tous les êtres humains ne sont pas égaux sur le plan de l’immunité, mais aussi qu’il existe deux grands types d’immunité : celle innée que nous possédons dès la naissance, et celle acquise ou adaptative, qui se forge tout au long de l’existence au fil des expositions aux agents pathogènes. Ces deux formes d’immunité sont interdépendantes l’une de l’autre : « sans immunité innée, pas d’immunité adaptative » (p. 108).

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03Cancer et système immunitaire
S’il a fallu attendre des décennies, voire des siècles, pour comprendre les bases de fonctionnement du système immunitaire, il en est de même pour la compréhension des mécanismes tumoraux et des liens étroits entre les cancers et le système immunitaire. Les tumeurs ne sont pas des corps étrangers, elles se développent à partir de nos propres cellules, à la suite de mutations génétiques multiples. « Un cancer provient de nous-mêmes » (p. 116). Très tôt, les immunologistes se sont interrogés sur la possibilité pour le système immunitaire de reconnaître les cellules cancéreuses.
Après les premiers succès de la vaccination contre les infections, les scientifiques ont essayé d’appliquer le même modèle aux cancers. Mais les cellules cancéreuses sont très différentes des microbes, puisqu’il s’agit de cellules de l’organisme transformées. Dans les années 1960, sont mis en évidence les premiers antigènes (structure spécifique reconnue par un anticorps) présents sur les cellules tumorales. De tels antigènes seront identifiés dans le lymphome de Burkitt, dans le cancer du sein, du côlon ou encore de l’utérus. Puis, les chercheurs démontrent que certains globules blancs (les lymphocytes T) sont capables de s’attaquer aux cellules tumorales. Il existe donc une immunité contre le cancer, comme il existe une immunité contre les infections. Enfin, à la fin des années 1980, les scientifiques confirment une hypothèse émise longtemps auparavant : le système immunitaire surveille en permanence l’organisme à l’affût de cellules anormales, pour les repérer et les éliminer. La surveillance immunitaire est clairement démontrée.

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04L’immunothérapie, une nouvelle approche contre le cancer
Les cancers regroupent plus de 200 pathologies différentes et sont responsables d’une forte mortalité dans le monde : « une mortalité supérieure à celle du SIDA, de la tuberculose et du paludisme réunis » (p. 20). Dans les pays industrialisés, comme dans les pays en voie de développement, le cancer ne cesse de se développer. Les traitements anticancéreux classiques sont principalement la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie, trois approches qui ciblent directement la tumeur.
L’immunothérapie des cancers a vu le jour au début du XXe siècle, avec l’idée de pouvoir vacciner contre le cancer, comme on vaccine contre les infections. Malheureusement, les mécanismes sous-jacents ne sont pas les mêmes et toutes les tentatives de vaccination ont échoué. Le principe de l’immunothérapie anticancéreuse est le suivant. « S’il existe une immunité contre le cancer, il devrait être possible de la stimuler pour combattre le cancer » (p. 127). L’objectif n’est plus d’attaquer directement la tumeur, mais d’aider le système immunitaire à détruire les cellules cancéreuses. La toxine de Coley est le premier exemple d’immunothérapie contre le cancer. Basée sur des observations empiriques, elle vise à stimuler le système immunitaire, en inoculant au patient cancéreux les bactéries responsables de l’érysipèle (infection de la peau).

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05L’immunothérapie offre plusieurs types d’armes contre le cancer
L’immunothérapie anticancéreuse ne repose pas uniquement sur les points de contrôle immunitaire. Elle comprend également des anticorps, capables d’agir sur des récepteurs cellulaires. Les anticorps sont des substances de l’organisme, aux capacités extraordinaires. Ils sont spécifiques, capables de reconnaître uniquement la cible contre laquelle ils ont été produits ; ils sont capables de se fixer sur elle, pour former des complexes immuns ; enfin ils peuvent la neutraliser. Plusieurs anticorps monoclonaux ont pu être mis au point contre certaines tumeurs, comme le rituximab contre un cancer du sang ou l’herceptine dans certains cancers du sein.
Plus de 15 % de l’ensemble des cancers sont directement ou indirectement associés à une infection. La vaccination contre certaines infections est donc capable de protéger la population contre certaines formes de cancer. « Le vaccin contre le papillomavirus est l’un des vaccins les plus connus pour la prévention du cancer » (p. 142). En 2010, un vaccin contre le cancer de la prostate a été approuvé aux USA, avec une efficacité modeste et un coût de traitement élevé. Aujourd’hui, les chercheurs envisagent donc de coupler ces vaccins anti-cancer avec des substances capables d’agir sur l’environnement particulièrement immunosuppresseur des tumeurs. Parallèlement, ils veulent développer des vaccins personnalisés, spécifiques des antigènes présents chez chaque patient.

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06Les promesses et les enjeux de l’immunothérapie anticancéreuse
L’immunothérapie anticancéreuse possède quatre caractéristiques fondamentales : elle est systémique (toutes les localisations de tumeurs sont accessibles) ; elle est dirigée (seules des substances situées sur le système immunitaire sont ciblées) ; elle est protectrice à long terme (la mémoire immunitaire contrôle le cancer sur plusieurs années) ; enfin elle est universelle (elle peut répondre à une variété infinie de tumeurs). Selon les auteurs, les récentes avancées de l’immunothérapie constituent une véritable révolution, tant sur le plan médical que sur le plan sociétal.
Les premiers essais cliniques ont montré des résultats remarquables, mais seulement sur 20 % des patients. Les chercheurs travaillent désormais sur la réponse des patients à l’immunothérapie, en particulier en lien avec le microbiote. Une relation entre la composition du microbiote et la réactivité du système immunitaire a été démontrée. La présence de certaines bactéries pourrait directement influencer la réponse aux inhibiteurs du contrôle immunitaire. Les spécialistes tentent également de mieux maîtriser les réactions auto-immunes déclenchées par les immunothérapies et donc responsables des effets secondaires de ces traitements. L’association de l’immunothérapie avec d’autres thérapies anticancéreuses (chimiothérapie, radiothérapie) est parallèlement étudiée.

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07Conclusion
De la découverte empirique des premiers vaccins à la mise au point des premiers médicaments d’immunothérapie anticancéreuse, les deux auteurs nous font revivre l’histoire de l’immunologie. L’essor de l’immunologie et en parallèle de l’oncologie était un prérequis nécessaire pour aboutir à l’idée de lutter contre le cancer, en utilisant les multiples potentialités du système immunitaire.

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08Zone critique
Tout au long de l’ouvrage, Éric Vivier et Marc Daëron présentent de nombreuses découvertes scientifiques effectuées dans le domaine de l’immunologie et de l’oncologie. Toutes ces découvertes ont fait l’objet de publications scientifiques et sont reconnues par la communauté médicale internationale. Certaines ont même valu à leurs auteurs de recevoir un prix Nobel. Cet ouvrage dresse ainsi un état des lieux des découvertes qui ont permis de mettre au point les premiers médicaments d’immunothérapie anticancéreuse apparus seulement en 2017, mais il évoque aussi tout le chemin qui reste à parcourir dans la lutte contre le cancer.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – L’immunothérapie des cancers, histoire d’une révolution médicale, Paris, Éditions Odile Jacob, 2019.

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