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Couverture de 'Limaginaire national'

L’Imaginaire national

Benedict Anderson

Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme

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Description

Nationalisme créole des Amériques, nationalisme populaire européen, officiel des empires et nationalisme des anciens États colonisés : à travers cette liste, Anderson nous propose une nouvelle conception du nationalisme compris comme « communauté imaginée », construite et non éternelle.

Rompant avec les communautés religieuses et les royaumes dynastiques, la nation est un objet culturel produit par le développement de l’imprimé et des langues vernaculaires, qui offre un nouveau cadre à la politique des États territoriaux.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La réflexion que Benedict Anderson nous livre dans L’Imaginaire national est à la jonction de divers courants historiographiques. Sa démarche est influencée par la lecture marxiste de l’histoire, qui donne une place essentielle à l’économie et aux rapports sociaux dans les transformations du monde : le capitalisme de l’imprimé est selon lui un moteur du nationalisme, étant à la source des nouvelles « communautés imaginées » en aidant au développement des langues vernaculaires. L’ouvrage s’ouvre sur un constat d’apparence paradoxale : comment se fait-il que les mouvements marxistes de la seconde moitié du XXe siècle (les plus internationalistes) se fassent la guerre entre eux, en suivant des logiques nationalistes ?

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02

Qu’est-ce qu’une nation ?

La définition qu’Anderson donne de la nation a fait école : « une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine ». Imaginaire, car il est impossible à chacun de rencontrer tous ses concitoyens nationaux, avec lesquels il partage pourtant un certain nombre de références et de valeurs. Limitée, car la nation n’est pas extensible à l’humanité, se différencie d’autres groupes nationaux et vit sur un territoire fini. Souveraine, car elle produit une communauté horizontale et libre de citoyens qui ont l’État en partage.

La nation remplace deux « systèmes culturels » antérieurs, dans lesquels elle puise certaines de ses racines. Le premier est la communauté religieuse, dont l’imaginaire est assez proche de celui de la nation. Lorsque les religions déclinent, au XVIIIe siècle, le nationalisme vient donner un nouveau sens à la vie humaine : la nation est présentée à la fois comme issue d’un passé immémorial, et éternelle. La communauté religieuse était également réunie autour d’une « langue sacrée » dans laquelle étaient écrits les textes du culte : l’arabe littéral, qui permettait à tous les groupes constitutifs de l’Umma de communier ensemble ; le latin pour la chrétienté ; le pali pour le bouddhisme.

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03

L’imprimerie, mère de toutes les nations

Anderson fait de la langue d’imprimerie un facteur décisif de l’essor du nationalisme. Au moment où se développe l’imprimé, au tournant du XVIe siècle, le latin n’est plus parlé que par une petite élite ; la nouvelle industrie capitaliste se tourne vers d’autres marchés, en particulier celui des langues vernaculaires. La Réforme protestante accélère ce processus, créant une littérature de masse destinée à tous et faisant apparaître de nouveaux publics. Les États sont obligés d’emboîter le pas et plusieurs langues vernaculaires sont élevées au rang de langue administrative, comme le français avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539.

L’auteur s’intéresse d’abord à l’émergence de mouvements nationalistes en Amérique du Sud à la fin du XVIIIe siècle, antérieure à celle plus connue des nations européennes. Si le contrôle plus étroit de la monarchie espagnole et l’influence des révolutions libérales (1776, 1789) ne sont pas pour rien dans la volonté d’indépendance de ces peuples, leur conscience nationale s’explique aussi par d’autres facteurs : le fait que les futures républiques sud-américaines ont été des unités administratives dès le XVIe siècle, les voyages des fonctionnaires internes à chaque région et la presse locale.

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04

Le na­tio­na­lisme officiel, nouvelle forme de l’im­pé­ria­lisme

Au milieu du XIXe siècle, le « modèle » de l’État national est bien établi. Il est modulaire, car susceptible d’être transplanté dans des sociétés très différentes, en lien avec des idéologies politiques opposées. Selon l’auteur, il va être notamment « piraté » par des dynasties de monarques, qui ont besoin de réassurer leur légitimité sur des nations dont ils ne partagent pas forcément la culture et qui risquent de les marginaliser (les Habsbourg règnent sur des Magyars, des Croates et des Italiens).

Ce piratage passe par l’identification des monarques à une culture et une langue nationale, cette dernière étant choisie comme langue d’empire (l’allemand pour les Habsbourg en 1780). Puis des politiques de « russification » ou de « magyarisation » sont menées, au travers de l’enseignement rendu obligatoire, de la propagande passant parfois par le militarisme, et l’histoire nationale est réécrite afin de donner une nouvelle sacralité aux familles régnantes. Anderson étudie ce phénomène à travers la Russie d’Alexandre III, l’Empire de la reine Victoria et l’Empire japonais de l’ère Meiji. Cette politique conservatrice, pilotée par les classes bourgeoises et aristocratiques, s’étend jusqu’aux territoires colonisés d’Asie et d’Afrique, dans lesquels certains indigènes sont éduqués dans le but de devenir des administrateurs impériaux.

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05

Une éternelle réinvention du na­tio­na­lisme ?

Revenons au paradoxe qu’évoquait Anderson en introduction de son ouvrage : il était en effet étonné que des États prétendus « socialistes », voire marxistes révolutionnaires, comme le Vietnam, le Cambodge et la Chine, se fassent la guerre en suivant des logiques nationalistes (1978-1979), contraires à leur engagement internationaliste.

C’est que le nationalisme exerce depuis le début du XXe siècle une force d’inertie considérable : grâce au nationalisme officiel, la conscience nationale est devenue consubstantielle de l’État en général, même après la chute des dernières dynasties royales. La continuité est manifeste : les révolutionnaires soviétiques choisissent la Moscou tsariste comme capitale et mènent leur politique depuis le Kremlin, de même que les dirigeants du parti communiste chinois se réunissent dans la Cité interdite de Pékin, ancienne capitale mandchoue. Ils héritent de l’appareil de l’État national, ainsi que de ses symboles, et leur mode de gouvernement en est troublé.

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06

Conclusion

Ainsi la nation, qui est un artefact culturel produit au XIXe siècle, a-t-elle su perdurer à travers les différents régimes et idéologies, en se faisant passer pour naturelle et intemporelle.

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07

Zone critique

Dans le champ théorique se rapportant au nationalisme, Benedict Anderson nous offre un décentrement bienvenu en situant l’essor des premiers mouvements nationalistes en Amérique du Sud, chez les populations qu’il appelle « créoles », et non en Europe comme cela se fait habituellement. Cela l’aide d’ailleurs à souligner l’importance de la presse et de l’imprimé comme moteurs de l’esprit national, dans des régions parlant la même langue que la métropole de laquelle ils dépendent.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L’Imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002.

Du même auteur – Benedict Anderson, The Spectre of Comparisons: Nationalism, Southeast Asia, and the World, New York, Verso, 1998.

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