
L’illusion du bloc bourgeois
Alliances sociales et avenir du modèle français
Description
L’ouvrage part du constat d’une crise politique en France. Elle se manifeste par l’exclusion des classes populaires du jeu politique, l’effondrement des anciens partis de gouvernement et les tentatives de recompositions politiques. Leur thèse est que l’origine principale de cette crise réside dans l’incapacité des organisations politiques à former un bloc social dominant.
Leur méthode pour analyser et comprendre ces phénomènes consiste à étudier la composition des groupes sociaux qui ont soutenu les partis successivement au pouvoir et à évaluer l’écart entre leurs attentes et les politiques effectivement menées.
Sommaire
01Introduction
La crise politique actuelle n’est pas une spécificité française. On assiste dans toute l’Europe à un recul de la gauche réformiste ainsi qu’à la montée d’une droite nationaliste. On assiste également à un affaiblissement du clivage traditionnel droite-gauche. Contrairement à ce que l’on pourrait penser à première vue, ce dernier résulte de l’accentuation du « contenu de classe du conflit politique » (p.11). Les attentes respectives des classes aisées et des classes populaires des anciens blocs de droite et de gauche semblent plus divergentes que jamais. En France, ce phénomène a abouti à l’élection d’Emmanuel Macron, dont la politique, qualifiée de néolibérale et autoritaire, dissipe, selon les auteurs, l’idée selon laquelle le libéralisme économique et le libéralisme culturel vont nécessairement de pair.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02L’affaiblissement des anciens blocs sociaux traditionnels
L’affaiblissement des anciens blocs sociaux traditionnels Historiquement, la gauche s’est constituée autour d’attentes structurantes telles que la garantie des droits des salariés, l’extension de l’intervention économique de l’État ainsi que la protection sociale.
Les attentes structurantes de la droite seraient plutôt la défense des intérêts nationaux, en particulier des entreprises françaises. Pourquoi ces blocs se sont-ils effondrés ? Les auteurs mettent en exergue la thèse selon laquelle, à droite comme à gauche, on retrouve des gagnants et des perdants de la mondialisation. Le bloc de droite est divisé sur la question du néolibéralisme. La fracture du bloc de gauche a été le produit de l’action délibérée de ladite « deuxième gauche ».

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03L’absence d’un bloc social dominant
Un bloc social, soit « les groupes protégés par une stratégie » politique, n’est dominant que « s’il est en mesure de valider politiquement » cette stratégie.
Autrement dit, le maintien au pouvoir d’une stratégie politique dépend de sa capacité à générer l’existence d’un tel bloc social en satisfaisant les attentes de personnes qui le composent. Les auteurs observent l’absence d’un bloc social dominant dans le cadre institutionnel existant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les divers partis français militent pour de profonds changements institutionnels. À cette absence de bloc dominant s’ajoute l’absence des classes populaires – elles sont diverses – dans les alliances sociales sur lesquelles les gouvernements se sont appuyés depuis trente ans. La gauche, comme l’illustre la fameuse ligne libérale et progressiste Terra Nova, a pour partie délaissé les classes populaires. Entre 1978 et 2012, la part des ouvriers votant pour les partis de gauche est passée de 60 à près de 45%. Trois motifs ont motivé cette rupture volontaire de la gauche de gouvernement avec les ouvriers.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Une histoire critique du PS
Amable et Palombarini constatent que c’est finalement la gauche, en France, qui a conduit les principales réformes néolibérales. Ce que l’on appelle le « tournant de la rigueur », lors du premier mandat de Mitterrand, est un basculement économique et politique. Mais il s’agit moins d’une conversion soudaine du PS au néolibéralisme que d’un changement des rapports de force au sein du parti, en proie à une véritable bataille idéologique interne.
Au cours de l’entre-deux-guerres s’était développée une idéologie politico-économique dite moderniste. Elle s’opposait tant à l’individualisme qu’au socialisme, proposant un idéal technocratique où un État actif interviendrait afin de réguler les processus économiques capitalistes. Le modernisme et le néolibéralisme ont ceci de commun qu’ils entendent dépasser l’opposition entre l’État et le marché tout en témoignant d’une défiance identique envers les processus démocratiques de décision. Au Congrès d’Épinay de 1971, la « deuxième gauche » apparaît déjà comme l’héritière de ce courant moderniste. On lui associe généralement les noms de Delors, Mauroy, Rocard puis Fabius et Hollande.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Le néolibéralisme
Le néolibéralisme, dont la deuxième gauche a été un fer de lance, s’exprime notamment dans les mutations du rapport salarial. Au « macro-corporatisme » de la période de régulation dite fordiste s’est substitué un « microcorporatisme » néolibéral, soit un processus de décentralisation de la relation d’emploi. Il ne s’agit pas d’une « flexibilisation généralisée » mais d’une « libéralisation partielle » du marché du travail. Il est évident qu’aucun bloc social ne soutiendrait en France une flexibilisation généralisée. C’est la raison pour laquelle les réformes ont été graduelles.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Restructuration de l’offre politique
Le constat d’une crise politique permet aux auteurs de rendre raison de la restructuration en cours de l’offre politique. Idéologiquement, la gauche est divisée.
Certains souhaitent l’émergence d’un bloc souverainiste afin de redonner du pouvoir aux États-nations, d’autres préféreraient voir émerger un « souverainisme de gauche » uniquement quand, enfin, certains militent pour un renforcement du fédéralisme européen. Le seul point commun des multiples projets à gauche semble être un rejet de l’Europe néolibérale. Mais cela ne leur permettra pas de former des alliances sociales aux attentes suffisamment convergentes.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07La présidence Macron
Le Président Macron a mis en œuvre des réformes d’inspiration néolibérale pouvant conduire à une recomposition des alliances sociales. Sa recherche d’un bloc social alternatif s’inscrit dans la continuité des tentatives de Valérie Giscard d’Estaing, Raymond Barre mais aussi François Hollande lequel « visait le soutien du bloc bourgeois après s’être fait élire par le bloc de gauche » (p.163).
Macron a reçu 15% du vote ouvrier contre 35% de celui des cadres et professions intellectuelles supérieures. Ses principales réformes ont contribué à l’augmentation des inégalités économiques et permis de rompre les anciennes solidarités, entre classes aisées et populaires, dans les anciens blocs de gauche et de droite. Pensons à la priorité donnée aux accords d’entreprises sur les accords de branche, à l’affaiblissement des pouvoirs syndicaux dans les négociations salariales, aux renforcements des contrôles des chômeurs, à la suppression de l’ISF tandis que fut baissé le montant des APL. Si le bloc social soutenant Macron est minoritaire, il est relativement uni sur la question européenne.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Conclusion
Une thèse centrale de l’ouvrage est que « les rapports de forces sociopolitiques déterminent la trajectoire économique et institutionnelle » (p.211). Or les auteurs ont montré que ces rapports, en France, demeurent très instables. Ils soulignent que les structures de la Ve République favorisent l’existence du clivage gauche-droite.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Zone critique
Le cadre méthodologique et conceptuel des auteurs se révèle particulièrement fécond pour appréhender la situation politique française contemporaine. Le traitement détaillé accordé aux tensions internes de la gauche fait de l’ouvrage une brève histoire critique des alliances sociales qu’elle a formées des plus instructive.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Bruno Amable et Stefano Palombarini, L’illusion du bloc bourgeois : alliances sociales et avenir du modèle français, Paris, Raison d’agir, 2018.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












