
Libres enfants de Summerhill
Pédagogie alternative et liberté
Description
Classique de la pédagogie libertaire, Libres enfants de Summerhill est le best-seller mythique d’Alexander Sutherland Neill, reflet d’une époque au credo inédit : il est « interdit d’interdire ». Cet essai, initialement paru en 1962 en Grande-Bretagne, est le récit d’une expérience pédagogique longtemps restée unique.
Le principe choisi par A.S. Neill dans son école autogérée : laisser les enfants libres de choisir quand, comment et quelles choses étudier, en fonction de leurs goûts et de leurs envies du moment. Le plaisir étant, selon lui, le meilleur vecteur d’apprentissage. Un récit « de l’intérieur », toujours aussi palpitant, plusieurs décennies après.
Sommaire
01Introduction
Dans cet ouvrage, mi-témoignage, mi-essai sur l’éducation, A. S. Neill raconte l'expérience de l'école qu'il a créée à Summerhill, et qui repose sur la liberté de l'enfant. Rien n'est imposé à celui-ci : il a la liberté d'explorer et de satisfaire toutes ses curiosités, à la seule condition de ne pas empiéter sur la liberté et la propriété d'autrui.

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02Summerhill, une école dirigée par le principe de liberté
Summerhill est une communauté composée de 75 enfants de 5 à 16 ans, répartis en trois groupes d’âge, et d'une douzaine d'adultes, plus le personnel de service. La plupart des élèves sont internes. A.S. Neill dévoile le rapport écrit par des inspecteurs venus à Summerhill en 1949. Parmi leurs observations : « Une atmosphère de camp de vacances permanent qui est une des caractéristiques les plus frappantes de l’école. » (p. 85) Le fondateur de l’école le déclare tout de go : « Summerhill est probablement l’école la plus heureuse du monde. » (p. 25). Pilier de ce bonheur revendiqué : la liberté quasi absolue qui y règne pour les élèves.
Liberté de gestion, d’abord. L’autogestion, via une assemblée générale hebdomadaire, est l'épine dorsale de Summerhill. Durant cette réunion, présidée par un élève élu, les enfants débattent de leurs problèmes et élaborent leurs lois. L’égalité statutaire est la règle : dans cette assemblée, ni la voix de Neill ni celle des autres adultes, n'a plus de poids que celle d'un élève.

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03Revers et dérives de la liberté
Cette liberté tous azimuts n’est pourtant pas si simple à gérer, car porteuse de plusieurs revers ou dérives. À commencer par les comportements parfois jugés « déviants » de certains enfants. A.S. Neill en donne plusieurs anecdotes assez pittoresques : « Il y a quelques années, nous avons eu à Summerhill un garçon de onze ans – vivant, intelligent, attachant. Il lisait calmement assis, puis tout à coup sautait sur ses pieds, quittait la pièce et essayait de mettre le feu à la maison. Une impulsion le saisissait qu’il ne pouvait contrôler. » (p. 222).
Il raconte aussi les vols, sans parler des gros mots, souvent à dominante scatophile, d’un usage courant. Et l’absence totale de crainte des élèves envers les encadrants, qui peut parfois menacer l’ordre tout entier de la maisonnée. Ce qui l’amène à écrire, avec philosophie : « Chaque jour quelque chose arrive et pas un jour nous ne nous ennuyons. » (p. 34).

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04Un positionnement parfois difficile vis-à-vis de l’extérieur
Ce mode de fonctionnement totalement révolutionnaire entraîne de fréquentes incompréhensions de la part des interlocuteurs extérieurs. Summerhill souffre, d’abord, d’un problème d’image. Les journaux surnomment Summerhill « l’École-à-la-Va-Comme-J’te-Pousse » : selon eux, l’établissement serait fréquenté par une horde de sauvages sans lois ni manières.
A.S. Neill relate, par ailleurs, avoir été régulièrement confronté à des relations heurtées avec les parents d’élèves, qui, une fois mis face aux réalités concrètes de l’école, ne comprennent pas toujours sa démarche et paniquent au sujet des progrès académiques de leurs enfants. « Une mère m’écrit : « Mon fils devra un jour s’adapter à la société. Vous devez le forcer à apprendre à lire. » Je réponds généralement : « Votre fils vit dans un monde imaginaire. (…) Lui demander de lire à présent serait un crime », rapporte-t-il (p. 129). Or, selon A.S. Neill, l’idée qu’un enfant perd son temps s’il n’apprend pas quelque chose est une « véritable malédiction ». Ce qui le fait sortir de ses gonds. Il analyse cette peur de l’avenir chez les parents par le désir de ceux-ci de voir leurs enfants apprendre plus qu’ils n’ont appris eux-mêmes. Pour toutes ces raisons, Summerhill n’encourage pas les visites de la famille.

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05L’enfant « naturellement bon »… mais à recadrer tout de même
Rousseauiste convaincu, A.S. Neill pose comme postulat que l’enfant est naturellement bon : « Ce dont nous avions besoin, nous l’avions : une croyance absolue dans le fait que l’enfant n’est pas mauvais, mais bon. » (p. 22). C’est pourquoi sa pleine liberté ne peut mener qu’à son épanouissement. D’où, sur le plan éducatif, un credo très libéral : « Abolissez l’autorité. Permettez à l’enfant d’être lui-même. » (p 260)
Cette liberté, si large qu’elle soit, n’est toutefois pas synonyme de l’anarchie. A.S. Neill en donne un exemple concret : il s’est trouvé confronté à la protestation d’un parent qui lui reprochait de gronder sévèrement un garçon de sept ans qui donnait des coups de pied dans la porte de son bureau. » Il pensait que j’aurais dû sourire et tolérer l’enfant jusqu’à ce que celui-ci ait épuisé son désir de taper dans la porte. (…) C’est cette distinction entre la liberté et l’anarchie que beaucoup de parents ne saisissent pas », déplore-t-il (p. 106). La liberté n’est pas non plus le fait de tout accorder à l’enfant, au risque de le gâter. Pour A.S. Neill, les enfants d’aujourd’hui reçoivent en général plus qu’ils n’ont besoin, au point de ne plus apprécier ce qu’on leur donne. « L’enfant gâté apprécie rarement quoi que ce soit », prévient-il (p. 268).

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06Critique du système éducatif traditionnel
Sans surprise, A.S. Neill est hostile aux écoles traditionnelles. Du point de vue des élèves, d’abord. « Il est évident qu’une école où l’on force des enfants actifs à s’asseoir devant des pupitres pour étudier des matières inutiles est une mauvaise école » (p. 21-22). Pour lui, les enseignants ont un métier qui ne touche qu’à l’intellect de l’enfant. L’école traditionnelle est nocive du point de vue même des professeurs : « Dans la majorité des écoles où j’ai enseigné, les membres du corps enseignant formaient un petit noyau d’intrigues, de haines et de jalousies », se souvient-il (p. 35).
Selon lui, la discipline scolaire, quand elle est bonne, peut ressembler à celle de l’orchestre. Mais trop souvent, elle ressemble à celle de l’armée. Il estime que les parents qui veulent des écoles strictes sont des parents autoritaires. Il dénonce le fait que l’école stricte reprend une tradition familiale consistant à garder l’enfant timoré, sage, respectueux et dénué de pulsions sexuelles. De ce fait, elle restreint sa vie émotive et ses tendances créatrices. Elle le dresse à « obéir à tous les dictateurs et patrons qu’il rencontrera dans la vie » (p. 285).

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07Conclusion
Synthèse idéaliste des thèses de Rousseau, de Freud et de Wilhem Reich (deux ténors de la psychanalyse), basée sur la vision d’un seul homme, Summerhill a connu de très belles réussites. La plus grande étant peut-être sa longévité, l’école fonctionnant toujours. Elle a donc réussi à surmonter les obstacles idéologiques, pratiques et financiers qui ont longtemps grevé sa survie. Renoncer à toute discipline, à toute direction, à toute morale préconçue, à toute influence religieuse : le pari était de taille dans l’Angleterre des années 1920.

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08Zone critique
Libres enfants de Summerhill a connu un succès qui a dépassé largement les frontières du monde éducatif. Le livre est même inscrit au programme de nombreuses universités américaines et a servi, jusqu'à nos jours, de modèle à de nombreuses entreprises d'autogestion. L’expérience a, par ailleurs, inspiré les écoles démocratiques qui se développent aujourd’hui dans le monde entier, basées sur le « unschooling », ou absence de cours, voire de programme. Un courant qui reste toutefois minoritaire, même dans l’univers des pédagogies alternatives (Montessori, Steiner, Freinet...).

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Libres enfants de Summerhill, Paris, Maspero, 1978.

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