
Libre pour apprendre
Apprendre via le jeu et la liberté
Description
Libre pour apprendre est un ouvrage du biopsychologue et universitaire Peter Gray publié en 2013. L’auteur y fustige le système scolaire traditionnel qu’il considère comme responsable de nombreux maux psychologiques chez les enfants.
En se fondant sur des faits d'ordre anthropologiques, psychologiques et historiques, Peter Gray défend l’idée que le jeu et la liberté sont d’excellents moyens d’apprendre : apprendre à gérer sa vie, à résoudre des problèmes, à vivre en communauté et à devenir émotionnellement équilibré.
Sommaire
01Introduction
Fort de son poste de professeur en biopsychologie et de son expérience de père de famille, Peter Gray s’est penché sur les systèmes d’éducation qui ne respectent pas le développement de l’enfant. Anthropologie et psychologie lui ont permis de comprendre comment l’enfant apprend à travers le jeu, alors que le système traditionnel bloque le processus naturel d’apprentissage.

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02Le Bilan
• Qu’avons-nous fait de notre enfance ?
Peter Gray déplore le manque de liberté et d’indépendance des enfants d’aujourd’hui, alors qu’il y a encore quelques décennies, ils pouvaient « vivre des aventures en compagnie d’autres enfants, à bonne distance des adultes » (p. 20).
Alors qu’ils devraient pouvoir jouer et explorer en toute liberté, les enfants disposent de moins en moins de temps pour le faire et lorsqu’ils sont dehors, les parents ne les quittent pas des yeux. Les journées d’école sont de plus en plus longues, les devoirs de plus en plus importants… L’institution qu’est l’école a une forme d’emprise encore plus insidieuse : mettre en avant les tâches ou les jeux dirigés au détriment des moments de jeux libres.
L’apprentissage et le savoir sont ainsi délaissés, avec pour corolaire la mise en avant de la performance et de la compétition que ce soit à l’école ou dans les activités extra-scolaires. Tout n’est question que de trophées et de distinctions. De plus, le psychologue dénonce les médias qui effraient en surmédiatisant les enlèvements et meurtres d’enfants alors qu’ils ne sont, bien heureusement, que rares exceptions. Malheureusement, cette angoisse latente pousse les parents à priver les enfants de cette liberté dont ils ont tant besoin.
• Les styles de parents
Il existe trois styles de parentalité : fondée sur la confiance, cette parentalité est propice à l’épanouissement des instincts d’autoéducation ; le style directif à tendance dominatrice : violences physiques ou morales (honte, culpabilité, menace de ne plus les aimer, de les abandonner) ; le style directif à tendance protectrice : « Alors que des parents confiants pensent que leurs enfants se développent au mieux quand on leur permet de jouer et d’explorer seuls, les parents directifs à tendance protectrice pensent que les enfants se développent de façon optimale lorsqu’ils suivent un chemin soigneusement balisé pour eux par les adultes. » (p. 292).

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03Respecter la nature de l'enfant
• Les instincts éducatifs
« Éducation » ne signifie pas « scolarisation ». La curiosité, l’esprit ludique et la sociabilité sont des aspects inhérents à l’être humain : « ils viennent au monde avec des pulsions instinctives d’autoéducation. Celles-ci les poussent à apprendre ce qu’ils ont besoin de savoir pour prendre pleinement leur place au sein de leur culture » (p. 161). Les enfants apprennent mieux à plusieurs que seuls. L’école fait obstacle aux instincts éducatifs des enfants, car ils n’ont pas la possibilité de se concentrer sur leurs centres d’intérêt : ils sont constamment évalués et doivent suivre une méthodologie. Ce qui leur est proposé n’éveille pas leur curiosité.
De surcroît, on ne répond pas à leur question de curiosité si elles ne rentrent pas dans le programme. En un mot, l’école ne fait que « tuer dans l’œuf la curiosité et l’enthousiasme des élèves afin que ceux-ci puissent exécuter les consignes dans le temps imparti » (p. 183). Cela entraîne alors un désintéressement au fil des années d’école, surtout pour les sciences.

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04Respecter la nature de l'enfant (suite)
• L’hétérogénéité des âges
L’école, les activités extrascolaires, et le manque de jeux libres avec les voisins ne favorisent absolument pas le mélange des âges qui est pourtant un élément clé de l’autoéducation. En côtoyant des enfants plus âgés, en les observant et les écoutant, les plus jeunes ont la possibilité de pratiquer des activités plus complexes.
Les plus âgés, quant à eux, consolident leurs connaissances et développent leur créativité en s’occupant d’activités qui a priori ne sont plus de leur âge. Ils apprennent à prendre soin des autres et à être responsables ! Recevoir de la sollicitude (aide et soins prodigués pour répondre aux besoins de quelqu’un) et se sentir en sécurité sont des éléments essentiels à l’éducation. Des liens émotionnels forts se créent entre eux. Il est primordial que les enfants puissent « choisir librement, en fonction des besoins qu’ils ressentent et qui varient d’heure en heure et de jour en jour, avec qui ils vont entrer en interaction : qu’il s’agisse d’enfants plus grands, plus petits ou du même âge qu’eux » (p. 279).

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05Les méthodes alternatives
• Le jeu, unique activité des enfants dans les sociétés des chasseurs-cueilleurs
Selon les anthropologues, le modèle de vie des chasseurs-cueilleurs est le seul à être stable, car « l’humanité a été constituée exclusivement de chasseurs-cueilleurs pendant 99 % de ce temps » (p. 44). Dans cette culture – qui existe toujours dans certaines régions reculées du monde – les valeurs principales sont l’autonomie, le partage et l’égalité. Les enfants se lèvent quand ils ont assez dormi et passent leurs journées avec des copains de tous les âges à jouer, à explorer, à pister les animaux, à grimper, à fabriquer des instruments de musique, à chanter… Les parents ont confiance en eux, « confiance dans les instincts des enfants. Confiance dans le fait que les enfants à qui l’on permet de faire ce qu’ils veulent vont apprendre ce qu’ils ont besoin d’apprendre et commenceront à contribuer à l’économie du groupe quand ils auront les compétences et la maturité nécessaires » (p. 50). Ils les traitent avec indulgence, ne leur donnent pas d’ordres, ne les punissent pas, ne les frappent pas. Les enfants s’éduquent en jouant comme ils le souhaitent.
C’est en racontant des histoires et en jouant à toute sorte de jeux que les connaissances techniques et sociales sont transmises entre les adultes et les enfants, et entre les enfants eux-mêmes. Les jeux ne sont pas compétitifs chez les chasseurs-cueilleurs, puisqu’ils apprennent au contraire la maîtrise de soi et la bonne humeur.

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06Conclusion
À travers son ouvrage, Peter Gray souhaite démontrer combien l’école ne permet pas aux enfants d’apprendre dans de bonnes conditions : ils sont contraints à longueur de temps. Pourtant, la liberté de jouer et d’explorer est le secret pour développer des êtres épanouis et bienveillants.

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07Zone critique
Bien plus que la méthode Montessori, joliment défendue par Céline Alvarez et Les Lois naturelles de l’enfant, la méthode prônée par Peter Gray s’inspire des sociétés des chasseurs-cueilleurs et de la Sudbury Valley School, fondée par Daniel Greenberg : laisser parler l’instinct naturel de l’enfant et offrir la liberté totale d’apprendre, d’explorer et de jouer.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Libre pour apprendre, Arles, Actes Sud, 2016.

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