
L'Homme Thermomètre
L'histoire de la mesure de la température
Description
Laurent Cohen présente le comportement étrange de celui qu'il appelle « l'homme-thermomètre », un homme qui, à la suite d'un accident vasculaire cérébral, présente la fâcheuse tendance à prendre les objets pour des thermomètres.
À la manière d'un détective collectionnant les indices que lui fournissent ses connaissances du cerveau humain, il cherche progressivement à expliquer le pourquoi de cette bizarrerie. Chemin faisant, il raconte l'histoire des neurosciences, explique le fonctionnement des techniques d'imagerie modernes et aborde aussi bien l'anatomie que l'activité de notre cerveau.
Sommaire
01Introduction
Le cerveau est une sorte de machinerie extrêmement complexe. Laurent Cohen propose de l'aborder comme une juxtaposition de systèmes spécialisés. Chacune de ces parties se trouvent coordonnées entre elles. Elles fonctionnent de manière autonome mais s'avèrent également interdépendantes.
En un siècle et demi, les progrès en neurosciences ont permis de définir une quantité de régions cérébrales spécifiques et pourtant, l'auteur nous affirme que nous sommes encore loin du compte. L'objectif des neurosciences consiste à établir une sorte de mode d'emploi du cerveau et à dévoiler la mécanique mentale. Laurent Cohen nous propose ainsi une compréhension générale du fonctionnement cérébral.

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02Un florilège de situations
L'homme-thermomètre n'est que l'un des nombreux cas cités dans le livre de Laurent Cohen. Il sert de point pivot à la présentation des autres patients, illustrant chacun à leur tour un pan du fonctionnement cérébral.
Le cas de monsieur S. par exemple, montre la variété de pannes du langage autrement plus complexes que la répétition du mot « thermomètre » lorsqu'il s'exclame : « Poisson ! Cercé poisson, le vesson était versé, il était mort ! » (p. 43). Et que dire de cette professeure d'université qui vit, perplexe, ses carottes rappées décoller de son assiette et s'élever jusqu'au plafond ? Laurent Cohen présente aussi bien ses propres patients que ceux, plus illustres, de l'histoire de la neuropsychologie. Ainsi, fera-t-on connaissance avec monsieur Leborgne, dit « Tan-Tan », car c'était la seule syllabe qu'il réussissait à prononcer – ou avec le conseiller impérial M. T., décrit par Hugo Liepmann en l'an 1900, incapable d'effectuer des gestes précis et corrects de sa main droite.

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03L'élucidation de cas : les différents problèmes de l'homme-thermomètre
Laurent Cohen donne un cours magistral de méthodologie en enseignant à décortiquer un cas en vue de l'élucider. L'homme-thermomètre pose effectivement de nombreuses questions, qu'il reprend une à une. D'abord, il présente un problème de langage puisqu'il ne parvient pas à nommer correctement les objets sur lesquels on l'interroge. Ensuite, il s'agit aussi d'un problème de vision puisqu'il ne parvient pas à définir les objets qu'il voit mais peut les définir de façon abstraite et générale.
Par ailleurs, l'homme-thermomètre manipule sans problème ces mêmes objets lorsqu'il en a besoin : dénommer et agir renvoient donc vraisemblablement à deux activités cérébrales distinctes et l'auteur s'emploie à en expliquer les différents ressorts.

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04Détours historiques : réviser les bases
Afin de comprendre les mécanismes cérébraux, il semble essentiel d'effectuer quelques menus détours par l'histoire des neurosciences. Il s'agit tout particulièrement de se munir d'un bagage concernant le fonctionnement cérébral du langage et de la vision.
En effet, c'est bien a priori dans ces régions cérébrales que semble s'installer le handicap de l'homme-thermomètre puisqu'il prend un objet pour un autre et le nomme de façon erronée. De manière plus générale, si l'on pense aux cas énumérés rapidement ci-dessus, on se trouve toujours en face d'un problème d'ordre fonctionnel qui touche soit la perception, soit la communication. Le neurologue nous emmène alors sur les traces de ses prédécesseurs pour retracer les découvertes essentielles à la compréhension contemporaine de la machinerie mentale.
Il explore d'abord l'histoire du langage, ou comment le cerveau parle. Cela nous emmène au XIXe siècle, auprès de noms illustres tels que Gall, Wernicke ou Broca. On doit à Franz Joseph Gall la fameuse « bosse des maths » puisqu'il fonda la phrénologie, l'étude des facultés humaines à travers la palpation de leur crâne... à défaut de pouvoir jeter un œil dedans comme l'on pourra le faire un siècle plus tard grâce aux techniques d'imagerie médicale.

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05Les techniques d'exploration cérébrale
Tandis que Gall se limitait à palper le cerveau de ses patients, faute de pouvoir jeter un œil à l'intérieur de la boîte. De nos jours, les progrès techniques permettent d'explorer l'intérieur du cerveau. Trois techniques en particulier décortiquent l'anatomie et le fonctionnement cérébral. Ces différentes techniques d'exploration cérébrales s'avèrent en effet importantes à connaître car c'est par leur biais qu'il est possible d'établir des test pertinents pour évaluer les patients.
La TEP, tomographie par émission de position, permet d'observer dans quelle région cérébrale le débit sanguin augmente pendant une activité donnée : c'est une façon de localiser les régions du cerveau mises à contribution pour effectuer une action en particulier. De son côté, l'IRM, imagerie par résonance magnétique, produit un champ magnétique jusqu'à 90 000 fois plus intense que le champ magnétique terrestre. Le corps, placé à l'intérieur d'une machine à champ magnétique, absorbe les ondes radio et les renvoie. L'analyse de ces ondes permet de reconstruire des images précises de l'intérieur du corps. L'IRM dite « fonctionnelle » permet, quant à elle, de détecter les variations cérébrales à travers la stimulation du flux sanguin.

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06Alexie ou agraphie ?
Les détours historiques permettent à Laurent Cohen de poser les questions méthodologiques contemporaines. Les théories linguistes et psycholinguistes avaient d'ailleurs de l'avance sur les techniques d'imagerie, proposant des hypothèses que les neurosciences ont explorées plus en profondeur. La linguistique tente en effet de définir l'ensemble des structures et des règles d'assemblage du langage. Elle postula par exemple qu'il existe deux façons de reconnaître un mot : lettre par lettre ou par le biais de la mémoire, ce que les neurosciences ont confirmé par la suite. Aujourd'hui, pour peu que l'on puisse distinguer un symptôme précis, la répétition du mot « thermomètre » ou de la syllabe « tan-tan » pour ne citer qu'eux, il est possible de localiser les voies cérébrales corrélées à ce symptôme.
Mais comment articuler langage et vision ? Laurent Cohen compare la machinerie mentale à un vaisseau spatial, où l'on trouvera une immense variété de pannes possibles, à un niveau beaucoup plus complexe que s'il s'agissait d'une simple voiture. L'homme-thermomètre par exemple ne peut nommer une fourchette et en définir l'usage. Pourtant, il s'en servira sans problème à l'heure du repas. Il parvient à écrire mais n'arrive plus à lire ! On appelle cela une « alexie sans agraphie » : « L'alexie pure est une panne du système visuel qui n'affecte pas la perception des formes mais qui empêche de reconnaître les objets bien particuliers que sont les mots et les lettres. » (p115).

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07Conclusion
Laurent Cohen s'applique à une tâche ardue : celle de rendre accessible à la compréhension la base du fonctionnement cérébral. Il tente de pourvoir le lecteur d'un petit bagage neuroscientifique qui lui permettra d'établir des liens entre ce qui nous apparaît magique ou fou et qui ne correspond en fait qu'à la lésion d'une région bien précise du cerveau.
Mais ce que l'auteur parvient encore mieux à faire, c'est à rendre compte de l'étendue des connaissances possibles sur ce même cerveau. Entre celles que l'on possède déjà et celles à découvrir, le champ est si vaste que personne ne peut le conquérir seul. Chaque découverte en entraîne une autre et il sera manifestement toujours possible de préciser davantage, une région en cachant une autre. Le champ du savoir s'élargit davantage encore dès lors que l'aspect psychologique entre en jeu.

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08Zone critique
Dans l'épilogue, Laurent Cohen reconnaît n'avoir pas laissé beaucoup de place à l'étude des émotions et à ce qu'on appelle la « cognition sociale ». Tout en admettant « qu'aucun aspect du fonctionnement de l'esprit humain n'échappe a priori » à cette approche (p. 246), le livre se conclut sur l'idée que les neurosciences permettent « la compréhension rationnelle la plus poussée que l'homme ait jamais entreprise de sa propre nature » (p. 247).

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– L'Homme Thermomètre, Le Cerveau en pièces détachées, Paris, Odile Jacob, 2004.
Du même auteur
– Pourquoi les filles sont si bonnes en maths, Paris, Odile Jacob, 2008. – Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas, Paris, Odile Jacob, 2011.
Autres pistes

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