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Couverture de 'Lhomme et la mort'

L’homme et la mort

Edgar Morin

Réflexions sur la condition humaine et la mort

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Description

L’homme et la mort paru en 1951 est le premier ouvrage d’anthropologie d’Edgar Morin et également le premier qui traite des attitudes collectives devant la mort de façon globale. Il propose un vaste panorama des croyances et idéologies funéraires dans le temps et dans l’espace, en s’attachant à les décrypter à travers deux mythes fondateurs selon lui : le mort qui renaît (mort-renaissance) et le mort qui revient (survie du double).

En partant des origines, il explore l’évolution de ces mythes avec un regard ethnologique, philosophique et sociologique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’homme et la mort fait partie des œuvres de jeunesse d’Edgar Morin puisque l’ouvrage paraît pour la première fois en 1951, portant le sous-titre : dans l’histoire.

En 1970, une nouvelle version remaniée et enrichie est éditée aux éditions du Seuil, avec une réédition en 1976. Edgar Morin fait figure de précurseur dans son intérêt anthropologique pour la mort puisqu’hormis la contribution de Robert Hertz , il faut attendre plus de 20 ans pour que les sciences humaines et sociales s’emparent réellement du sujet, qui devient même « un peu plus qu’une mode » (Michel Vovelle). La démarche transdisciplinaire du penseur est en revanche en accord avec son temps, fortement marqué par l’école des Annales.

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02

Les conceptions « archaïques » de la mort : les deux mythes fondateurs

Pour Edgar Morin, toutes les croyances et idéologies funéraires se sont construites à partir de deux mythes archaïques intimement liés l’un à l’autre : la mort-renaissance et la mort-survie du double.

La mort-renaissance est selon l’auteur la forme la plus primitive des croyances liées à la mort et à l’au-delà, par effet miroir avec la nature : « l’humanité archaïque saisit sa propre loi de mort à l’image de la loi de métamorphoses qu’elle reconnaît dans la nature où toute mort est suivie d’une vie nouvelle » (p. 146). Le mort renaît donc en un être nouveau, après un temps plus ou moins long, marqué par la fin de la mémoire individuelle. Les multiples exemples ethnologiques ou archéologiques qui associent la mort directement à la naissance, l’état fœtal, la maternité ou symboliquement à la terre, la caverne, les eaux viennent illustrer cette conception de mort-renaissance.

De même, les croyances en la réincarnation, la métempsychose (réincarnation de l’âme dans tout organisme vivant), mais également l’endocannibalisme (cannibalisme au sein du groupe) ou le sacrifice, en tant que « forces fécondantes de la mort », sont autant d’exemples du mythe originel. Pour Edgar Morin toutefois, si toute mort appelle une naissance, toute naissance appelle inversement une mort. Les rites d’initiation illustrent parfaitement selon lui cette réciprocité puisqu’ils miment symboliquement mort et (re)naissance.

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03

Les conceptions religieuses : l’importance du salut

Edgar Morin décrypte ce qu’il subsiste des mythes archaïques dans les religions et plus particulièrement dans celles où le salut de l’âme tient une place prépondérante. La promotion de l’âme ainsi que la séparation entre monde des morts et monde des vivants entraînent selon l’auteur la disparition du « double » au profit de la notion d’immortalité, individuelle ou collective. Les notions d’âme et de salut apparaissent liées pour la première fois dans le panthéon grec à travers le culte de Dionysos (dieu du vin et de l’excès), permettant une perpétuelle résurrection de l’âme. Le salut de l’âme serait donc à la fois personnel et cosmique et impliquerait l’intercession d’un dieu salvateur.

Les divinités de salut des panthéons gréco-romain (Perséphone, Orphée), égyptien (Osiris, Isis) ou hindou (Vichnou, Kali) ont toutes en commun une victoire sur la mort et une renaissance. Dans la religion bouddhiste, le cycle des réincarnations et le Nirvana, cet absolu également nommé l’immortel, sont au cœur des aspirations.

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04

Les conceptions phi­lo­so­phiques de la mort : de Socrate à Sartre

Si la philosophie antique se penche très tôt sur le problème de la mort et remet en cause la croyance en l’immortalité, elle propose selon Edgar Morin un certain détachement voire une indifférence par rapport à celle-ci, seule la vie étant considérée comme certaine. Les philosophes de l’Antiquité mettent en évidence le rôle de la sagesse pour lutter contre les angoisses de la mort et la mythologie du surnaturel. Cette négation de la finitude est reprise par les moralistes classiques et les philosophes de l’entendement, de Montaigne à Kant, qui considèrent la mort comme un « rien ».

Pour autant, Kant, s’il réfute l’immortalité sur le plan de la raison pure, la pose comme un « postulat de la raison pratique » (p. 280), un principe indémontrable. Il s’agit pour lui d’un besoin anthropologique qui peut rappeler le double archaïque selon Edgar Morin.

Pour Hegel, la nature s’intègre dans l’histoire et le devenir cosmique est lié au progrès humain, la mort ayant une fonction biologique, sociale et spirituelle. La mort est donc une nécessité absolue pour la survie de l’espèce et pour le devenir du monde. Elle signe « la défaite d’un particulier mais la victoire d’un universel » (p. 283). Edgar Morin signale l’admiration d’Hegel pour le mythe du Phénix qui renaît de ses cendres et y voit une déclinaison de la mort-renaissance, tirant le déterminisme hégélien vers quelque chose qui ressemble à de la transcendance.

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05

Le mythe d’amortalité d’Edgar Morin et son au­to­cri­tique

Si le concept de mort a été au cœur de la pensée philosophique et des différentes religions au fil des siècles, sa réalité matérielle devient une préoccupation majeure dans les sociétés occidentales contemporaines. Edgar Morin invite à considérer les moyens scientifiques de lutte contre la mort et ses conséquences ontologiques (relatives à l’être).

À l’époque de la rédaction de la première version de l’ouvrage, dans les années 1950, la recherche biologique laissait en effet entrevoir de grands espoirs concernant la lutte contre la mort puisqu’elle avait mis en évidence la potentielle immortalité des cellules. Ainsi, tout organisme vivant n’était pas voué à mourir, la mort n’était pas nécessaire puisque chaque cellule le constituant pouvait survivre indéfiniment, sauf accident. Cette formidable perspective a poussé Edgar Morin à imaginer la possibilité d’une amortalité, d’une vie prolongée presqu’indéfiniment grâce aux progrès de la science et de la médecine. Dès lors, il devenait possible de lutter contre la vieillesse et la mort, par régénération, réparation, réanimation voire conservation en attente de nouvelles découvertes médicales (pensons par exemple au principe de cryogénisation, expérimenté pour la première fois aux États-Unis en 1967 et qui s’inscrit tout à fait dans cette logique de prolongation).

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06

Conclusion

Dans L’homme et la mort, Edgar Morin dresse un tableau évolutif du rapport à la mort dans les sociétés, des plus anciennes ou primitives au monde contemporain des années 1950. Etablissant un pont entre nature et culture, passé et futur, biologie et anthropologie, il propose une réflexion globale sur la mort, inédite et pionnière pour l’époque.

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07

Zone critique

L’ouvrage a reçu un accueil mitigé à sa sortie en 1951, sans doute du fait des promesses contenues dans le sous-titre « dans l’histoire », non tenues puisqu’Edgar Morin n’est pas un historien mais un sociologue et philosophe. L’intelligence et la profondeur de sa pensée ont en revanche été soulignées, mais on pourrait dire que la critique la plus virulente vient de l’auteur lui-même.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Edgar Morin, L’homme et la mort, Paris, Éditions du Seuil, coll. Essais n°77, 1976 [1951].

Du même auteur – Le paradigme perdu : la nature humaine, Paris, Le Seuil, 1979. – La méthode, Paris, Le Seuil, 1977, 1980, 1986, 1991, 2001, 2004. – Introduction à la pensée complexe, Paris, Points Essais, 2014.

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