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Couverture de 'Lhistoire pourquoi elle nous concerne'

L’histoire : pourquoi elle nous concerne

Lynn Hunt

Une exploration captivante du pouvoir des récits historiques

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Description

l'historienne Lynn Hunt s'interroge sur les raisons pour lesquelles l'étude de l'histoire est importante et pertinente pour les individus et la société. Elle remet en question l'approche traditionnelle de l'histoire, qui se concentre uniquement sur la recherche de la vérité historique. Hunt explique que les récits historiques s'écartent souvent des seuls faits pour inclure des éléments plus subjectifs, comme les expériences vécues et les interprétations personnelles.

Selon elle, cette dimension subjective ne doit pas être écartée, car elle permet de mieux comprendre la complexité du passé et son influence sur le présent. L'auteure soutient que l'histoire ne devrait pas être considérée comme une simple accumulation de connaissances, mais plutôt comme un outil pour réfléchir sur notre propre condition humaine et notre place dans le monde. Elle invite le lecteur à s'interroger sur la manière dont le passé façonne notre compréhension du présent et notre vision de l'avenir.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’attaque perpétrée contre les tours jumelles à New York, le 11 septembre 2001, ne résulte-t-elle pas d’un sombre complot émanant du gouvernement américain lui-même ? Il n’aura pas fallu beaucoup attendre avant que des internautes, à peine remis du spectacle tragique de cet attentat, n’émettent sans preuve une telle hypothèse. Non que vouloir préciser, voire contredire les explications fournies par les médias soit répréhensible. Cependant, faute de preuves et de recul, l’imagination la plus débridée prend de cours les enquêtes les plus sérieuses qui, par nature, demandent du temps et de l’objectivité lorsqu’il s’agit d’établir les faits.

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02

Besoin d’histoire

Des siècles d’activité humaine ont souvent laissé des traces dans le paysage urbain ou rural. Les monuments en témoignent, comme les collections muséales, très prisées par les contemporains. L’apparition, au XVIe siècle, du terme « antiquités » pour désigner le patrimoine ancien, montre que se renforce alors un désir de transmission de la mémoire historique.

En France, il fallut cependant attendre les ravages du « vandalisme » (1793-1794), expression créée à cette occasion, pour que soient fondés le Musée du Louvre (1793) et le premier Musée des monuments français (1795). Paradoxalement, l’iconoclasme révolutionnaire suscitait la création de structures destinées à la conservation des œuvres d’art. Actuellement, aux États-Unis, la moitié des 35 000 musées sont des musées d’histoire ou des sites historiques. Leur succès ne se dément pas, ce qui incite Lynn Hunt à écrire que « notre époque est obsédée par l’histoire » (p. 9). De fait, ce savoir satisfait une curiosité spontanée, mais il répond aussi à des besoins plus intéressés.

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03

Écrire l’histoire

Le statut épistémologique de l’histoire a été souvent débattu. Qu’est-ce que l’histoire ? Après d’autres historiographes, Lynn Hunt considère que cette discipline, aujourd’hui classée dans les sciences humaines, n’est pas une science. À la différence des sciences de la nature, l’histoire ne découvre ni ne formule de lois qui détermineraient invariablement les comportements individuels et collectifs. Établir les faits du passé et en faire le récit constitue son objet propre. À ce titre, l’histoire est « un art littéraire qui recourt à des techniques scientifiques lorsque c’est nécessaire, mais dont l’objectif fondamental est de dire une histoire vraie ». (p. 51-52).

Mais qu’est-ce que la vérité historique ? Celle-ci est délivrée par un discours fondé sur des documents probatoires aussi nombreux et variés que possible, mais dont la crédibilité est susceptible d’être remise en cause. Des sources, longtemps exploitées avec confiance, se sont parfois révélées être des documents falsifiés, sinon des faux, comme la Donation de Constantin, par laquelle cet empereur romain du IVe siècle aurait cédé au pape Sylvestre le pouvoir impérial, outre certains territoires, en Occident. Lorenzo Valla (1407-1457) a démontré, grâce à la critique textuelle, qu’il s’agissait d’un faux confectionné à la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle. Les protestants s’en firent d’ailleurs l’écho pour dénoncer les manœuvres de la papauté.

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04

Enseigner l’histoire

L’enseignement de l’histoire en tant que discipline indépendante ne date que du XIXe siècle. Encore insistait-on surtout, à cette époque, sur l’Antiquité et le Moyen Âge, la période moderne puis les XIXe-XXe siècles s’affirmant peu à peu dans la recherche universitaire et les manuels scolaires, au risque, d’ailleurs, de voir le temps présent envahir le champ historique. Ce déplacement de l’objet étudié fut contemporain d’une évolution dans les méthodes d’apprentissage. Un groupe de travail, au sein de l’American Historical Association, aux États-Unis, suggéra par exemple, à l’initiative de Lucy Maynard Salmon (1853-1927), professeur à Vassar College (État de New York), de « laisser de côté l’apprentissage par cœur des faits pour favoriser la pensée critique et l’étude des sources primaires » (p. 89).

La féminisation de la profession et son ouverture aux minorités, les Noirs et les Asiatiques par exemple, ont aussi contribué à ouvrir les horizons de la recherche historique au champ social puis à celui de la culture, enfin à des thèmes comme le genre, l’esclavage ou les rapports entre l’homme et son milieu. On est ainsi passé d’une histoire politique, « école de l’homme d’État » (p. 83) glorifiant le modèle, le héros, et adhérant au dogme du progrès, disqualifié par les guerres mondiales, à une histoire perméable à des problématiques diversifiées et mondialisées. La formation historique est elle-même plus largement dispensée.

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05

Conclusion

L’écriture de l’histoire, mais également son enseignement, sont éminemment politiques, pour le meilleur et pour le pire. Née d’une curiosité native pour ce qui forge l’individu et la société, l’histoire a pour vocation de délivrer une narration aussi juste que possible des faits passés. La tentation est évidemment forte de valoriser tel fait plutôt que tel autre ou d’interpréter celui-ci à travers un prisme idéologique.

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06

Zone critique

L’un des principaux mérites de cet ouvrage est d’avoir montré en peu de pages comment la discipline historique s’est professionnalisée et modernisée à mesure que se diversifiaient, notamment sous l’effet des circonstances, son objet d’étude et l’origine géographique ou sociale de ses praticiens.

Évidemment, le propos de Lynn Hunt est très marqué par l’historiographie anglo-saxonne, américaine plus spécifiquement, comme l’indiquent par exemple son insistance sur les apports novateurs de l’histoire du genre et les sources citées en fin de volume. La nécessité, pour les historiens, de confronter leurs approches passe aussi par les traductions. Or celles-ci, en français notamment, manquent encore pour une historienne comme Lucy Maynard Salmon et pour Lynn Hunt elle-même, ce qui justifie l’incitation de l’auteur à enrichir les analyses et à les diffuser.

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07

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L’histoire. Pourquoi elle nous concerne, Genève, Markus Haller, 2019.

De la même auteure – L’invention des droits de l’homme. Histoire, psychologie et politique, Genève, Markus Haller, 2013. – Le roman familial de la Révolution française, Paris, Albin Michel, 1995.

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