
L’Histoire à parts égales
Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle)
Description
S’il n’a jamais été autant question d’« histoire-monde », c’est souvent la même histoire du monde qui s’écrit : celle de l’Europe et de son expansion. Pour Romain Bertrand, il n’est d’autre remède à cet européocentrisme qu’une histoire à parts égales, construite avec des sources qui ne seraient pas seulement celles des Européens.
Il fait donc le récit des premiers contacts entre Hollandais, Malais et Javanais aux XVIe et XVIIe siècles, montrant que l’Europe ne l’emportait pas sur ces sociétés en matière de compétences nautiques ou cartographiques, de négoce ou de technologies militaires.
Sommaire
01Introduction
Romain Bertrand propose dans cet ouvrage une histoire symétrique des premiers contacts entre les Hollandais et les élites javanaises. En traitant de manière paritaire les sources européennes et locales, il entend rompre avec l’européocentrisme dans lequel versent les historiens lorsqu’ils analysent la rencontre entre explorateurs et autochtones sur la base des seuls récits occidentaux.
L’historiographie locale, lorsqu’elle existe et que l’on fait l’effort de la décrypter, constitue pourtant un apport essentiel ; elle permet à l’historien de ne plus tenir pour universelles ses catégories d’analyse habituelles. La démarche de Romain Bertrand est ainsi assimilable à celle de l’ethnographe dont la pratique procède de constants allers et retours entre des systèmes de représentation distincts.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Premiers contacts, premières difficultés
Au XVIe siècle, le commerce des épices poussa les navigateurs hollandais en quête de richesse vers les Indes orientales, que la péninsule hispanique exploitait déjà : le poivre, par exemple, était non seulement un condiment, mais également considéré comme un médicament.
En 1596, Cornelis de Houtman, un explorateur hollandais, relia l’Europe à la cité de Banten, sur l’île de Java. Il découvrit alors une ville de 40 000 habitants, soit presque autant qu’Amsterdam, ainsi qu’une société prospère, tournée vers la mer non moins que vers la culture du riz et du poivre. Mais les Hollandais se livrèrent très vite aux vols, aux enlèvements, aux meurtres et repartirent rapidement ; Romain Bertrand les qualifie de « parfaits truands ».
De retour en Europe en août 1597, l’expédition avait bien réussi à menacer l’Espagne sur son flanc asiatique, mais c’était tout. En aucun cas elle ne fut le « triomphe » que Fernand Braudel avait décrit, s’appuyant sur les seules sources européennes ; il faudrait attendre plusieurs décennies pour que les Hollandais ne contrôlent l’île.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Des peuples qui s’observent
Que l’Europe ait rêvé d’Asie à la Renaissance, nul n’en doute. Mais que les Indes aient enfanté un imaginaire de l’Occident, voilà un aspect sur lequel se penche Romain Bertrand. Les scribes et les poètes locaux avaient élaboré des visions complexes des contrées situées à l’autre extrémité de l’Eurasie. Ils puisèrent pour cela dans les récits des marchands, des marins et des émissaires portugais, mais aussi dans des légendes anciennes, précédant parfois de plusieurs siècles l’arrivée des navires de Houtman à Java. Installés depuis près d’un siècle sur les côtes de la péninsule malaise, les Portugais offraient bien entendu un premier modèle aux figurations indiennes de l’étrangeté européenne.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04La route des échanges
Si la route des Indes était sous le contrôle des Européens, elle fonctionnait pourtant à double sens : pour ne donner que deux exemples, Magellan avait ramené de son premier voyage un esclave malais de Malacca et, en 1585, un groupe d’ambassadeurs japonais s’était rendu au Saint-Siège, à Rome.
De même, les hommes ne parcouraient jamais les mers seuls sur les navires : à l’époque des premières navigations hollandaises, de nombreux objets s’entassaient sur les ponts et dans les cales des grands vaisseaux. Leur étude permet de mieux connaître les canaux d’échange eurasiatiques. Il s’agissait de nombreuses curiosités ramenées par les marins : on y trouvait pêle-mêle des écritoires chinoises à incrustations de nacre, des paravents japonais, des statuettes en ivoire de Ceylan ou du corail. Tous ces objets trouvaient acquéreur à Amsterdam, où le nombre de collectionneurs passionnés augmenta rapidement.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05La société javanaise
L’islam n’était pas arrivé à Java par voie de conquête mais par le commerce, de nombreux prédicateurs ayant été embarqués aux côtés des marins et des négociants dès les premiers contacts.
Sur l’île, des communautés musulmanes locales se formèrent au début du XVe siècle et la plus ancienne mosquée date de 1549. La côte nord de Java était encore, au XVIe siècle, maillée de principautés hindouistes. Le processus d’islamisation de cette région n’a donc pas été brutal et ne s’est pas réalisé uniformément, comme l’a longtemps prétendu l’historiographie héritée du mouvement orientaliste du XIXe siècle. Il fut le fruit d’un va-et-vient permanent entre des hommes venus de la péninsule arabique, du sous-continent indien et du monde malais, qui prenaient la mer à des fins commerciales.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Une histoire symétrique ?
Si les sources javanaises font peu de cas des Européens, les va-et-vient des Hollandais, puis des Britanniques, se firent de plus en plus fréquent.
Au tournant des années 1620, ils ne furent plus de simples marchands parmi d’autres, mais des compétiteurs militaires et politiques. Romain Bertrand précise que, pour écrire une histoire à parts égales des premières interactions entre l’Orient et l’Occident, il ne faut pas ignorer ou minorer le tour conflictuel et asymétrique que prirent leurs relations, mais bien au contraire scruter la construction de la domination européenne. Les Hollandais finirent, en 1619, par conquérir Jakarta et fondèrent, sur ses ruines, Batavia.
C’est d’autant plus difficile que les littératures malaise et javanaise jettent un voile pudique sur la lente montée en puissance des Européens. Comment, dès lors, continuer d’envisager une histoire symétrique ? Est-ce possible une fois le commencement passé et dès lors que les Européens parlent et imposent leurs lois ?

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
Avec cet ouvrage, Romain Bertrand propose une histoire symétrique, interrogeant et comparant des récits hollandais et javanais au cours des premiers contacts que nouèrent ces deux peuples, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle.
L’historien révèle que les deux historiographies partagent nombre de points communs : à l’européocentrisme de l’une fait écho le javanocentrisme de l’autre et toutes deux se sont élaborées à partir d’un imaginaire préconstruit. Il précise également que, contrairement à ce qui a pu être écrit ou admis par l’historiographie européenne, cette rencontre fut, dans l’optique javanaise, un non-événement.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
La force de cette étude est d’appréhender les histoires, écrites par l’ensemble des protagonistes, du contact entre les Européens et les Javanais ; elle ne s’appuie pas uniquement sur des sources hollandaises ou portugaises. Ces travaux s’inscrivent dans la continuité de ceux de Denys Lombard et d’Anthony Reid, qui s’intéressaient à l’île de Java au début de l’époque moderne et au rôle qu’elle jouait dans l’économie globale du temps. Avec ce livre, Romain Bertrand nous donne plus profondément accès à l’historiographie et au système de représentations javanais.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– L’Histoire à parts égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Le Seuil, 2011.
Du même auteur
– Romain Bertrand, État colonial, noblesse et nationalisme à Java, Paris, Karthala, 2005.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












