Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Leviathan'

Léviathan

Thomas Hobbes

Matière, forme et puissance de l'Etat chrétien et civil

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Le Léviathan est un traité philosophique publié en 1651 consacré à l’étude de l’État à la fois en tant que matière, forme et pouvoir. Thomas Hobbes fonde ici sa théorie scientifique des lois morales, de la souveraineté et de l’organisation politique à partir d’une anthropologie négative. Parce que leurs passions naturelles opposent les hommes entre eux, chacun devenant un ennemi pour l’autre, un État fort est nécessaire pour assurer la sécurité de tous.

En contrepartie, les membres de cet État lui doivent obéissance. Il inaugure ainsi le contractualisme moderne permettant de passer de l’état de nature à la société civile et politique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Cet ouvrage a été écrit dans des circonstances très particulières. En effet, la guerre civile et la révolution en Angleterre ont fortement marqué Thomas Hobbes qui a fait l’expérience du chaos et de l’effondrement de l’ordre civil et politique.

Alors que la monarchie fût abolie, Cromwell prit le pouvoir. C’est dans ce contexte trouble que Léviathan fût composé en langue anglaise . Comme le souligne Richard Tuck, « Hobbes créa la langue philosophique anglaise », car ce fût la première œuvre philosophique rédigée dans cette langue. L’édition de ce traité se révéla être un processus compliqué. On dénombre trois éditions datées de 1651 puis, le traité ne put être imprimé officiellement pendant des décennies.

Malgré ces complications de publication, Léviathan est une œuvre fondatrice et centrale de philosophie politique en tant qu’il fonde la doctrine moderne du contractualisme. Hobbes s’inspire de Grotius et Bodin tout en faisant œuvre de refondation dans les domaines politique, juridique et éthique : une moralité nouvelle, des lois nouvelles et un contrat politique renouvelé apparaissent nécessaires pour fonder la paix civile. L’objectif de ce théoricien moderne de l’État et de la souveraineté est en effet d’atteindre la paix civile et de fonder un État qui la garantit. Pour cela, il entreprend d’examiner et de comprendre le genre humain. Il en conclue que l’obéissance choisie à travers le contrat social est le seul garant du salut.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Une an­thro­po­lo­gie négative

Dans la première partie de son ouvrage, Hobbes étudie le genre humain. L’homme est un être doué de sensation, d’imagination, de parole et de raison. Il est également motivé par des passions, orienté par un appétit ou des désirs (ch. VI, p. 125). Il est en mouvement au sens physique du terme (circulation, digestion, efforts, etc.) de même qu’il s’inscrit dans un mouvement face auquel il réagit. Un examen anthropologique lui permet d’imaginer l’homme à l’état de nature. Quand la société civile est dissoute et que l’homme n’est ni citoyen ni chrétien, qu’est-il à l’état naturel et quel est son droit naturel ?

Hobbes recourt à une fiction, une hypothèse, une expérience de pensée pour imaginer l’homme à l’état de nature. L’état de nature permet de penser les rapports humains dans toute circonstance, tout lieu, où il n’y a pas de pouvoir central qui oblige les individus à se respecter, il concerne tout le monde de manière égale (ch. XIII). L’homme est violent, n’est pas sociable, mais naturellement égoïste. Il a un désir de puissance et de domination, et souhaite obtenir ce que l’autre possède, ce qui instaure un état de lutte permanent (d’où la fameuse maxime « l’homme est un loup pour l’homme »). Leurs désirs sont insatiables, et ils disposent d’un droit naturel égal. Les hommes ne sont pas naturellement mauvais les uns envers les autres, mais la conflictualité est au fondement des relations humaines.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Une théorie contrac­tuelle fondée sur la nécessité d’un État fort

Dans la seconde partie du traité, la souveraineté de l’État-Léviathan se fait aux dépens des individus, car la perte de leur liberté naturelle est la condition même d’existence de cet État. La souveraineté du peuple est dans un premier temps nécessaire à l’avènement de l’État, car c’est lui qui la rend effective en lui obéissant et en se soumettant. Mais une fois le contrat social passé, le peuple abandonne cette souveraineté et la transfère totalement à l’État : « J’autorise cet homme ou cette assemblée d’hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions, de la même manière ».

Ainsi, à l’instant même où le souverain est institué, le peuple disparaît en tant que peuple et il est appelé l’État. Hobbes précise son propose et définit l’État comme « […] une personne une dont les actes ont pour auteur, à la suite de conventions mutuelles passées entre eux-mêmes, chacun des membres une grande multitude, afin que celui qui est cette personne puisse utiliser la force et les moyens de tous comme il l’estimera convenir à leur paix et à leur défense commune. Celui qui est dépositaire de cette personne est appelé SOUVERAIN et l’on dit qu’il a la puissance souveraine : en dehors de lui, tout un chacun est un SUJET » (ch. XVII, p. 288).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

L’analogie biblique et le rôle de la religion dans l’État

Dans la troisième partie du Léviathan, Hobbes se demande si l’obéissance à une autorité souveraine est compatible ou pas avec l’obéissance à une autorité divine. Le recours à la métaphore biblique du monstre Léviathan lui permet de dépasser la possible incompatibilité.

En effet, l’État absolu se substitue à Dieu. Par ce transfert de l’autorité absolue, l’État incarne Dieu sur terre. Il est présenté comme l’interprète légitime des enseignements bibliques. Par conséquent, c’est à lui qu’on obéit, et ce de manière catégorique. En cela, Hobbes est radicalement moderne, car l’État prend la place occupée par le divin, il le remplace en quelques sortes. Dès lors, il n’y a pas de contradiction et de conflit entre les lois civiles et celles de Dieu, car les lois divines sont indépendantes et extérieures à l’État. Le peuple doit uniquement obéir aux lois du pouvoir souverain, c’est-à-dire aux lois civiles de l’État. Ces dernières se distinguent des lois divines, mais deviennent aussi importantes et effectives sur les plans symbolique et politique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Ainsi, avec le Léviathan, Hobbes a écrit une œuvre d’une grande modernité politique, et qui occupe une place majeure dans la philosophie politique. En élaborant une théorie scientifique, rationaliste et matérialiste de l’organisation politique, il fait œuvre de refondateur. Il fonde sa pensée de l’État sur une conception de l’homme doué de raison et mû par ses passions.

Dans cette conception matérialiste, il se distancie de la doctrine religieuse et de la loi divine. Dieu ne disparaît pas de sa théorie, mais il devient en quelque sorte un moyen qui permet de légitimer l’État, Dieu s’incarne dans un corps politique. En réduisant Dieu à de la matière, il suscite une très vive réaction critique de l’Église. Il est également qualifié d’hérétique par l’institution religieuse, car Hobbes a accusé le pouvoir ecclésiastique d’être trompeur, manipulateur et mensonger.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Zone critique

Dès sa publication, Léviathan a suscité d’importantes controverses. Ce traité a été considérablement commenté, contesté et critiqué. Il a même été brûlé sur la place publique à l’Université d’Oxford. Pour autant, même ses détracteurs reconnaissent ce traité comme une œuvre philosophique incontournable. En effet, qu’elle soit critiquée ou nuancée, sa théorie du contractualisme moderne est devenue indispensable tant dans la pensée juridique que philosophique.

Il a inspiré et été discuté par de grands philosophes comme Rousseau, Spinoza, Kant ou Locke, ce dernier exprimant son désaccord théorique avec Hobbes. Selon Locke, l’individu ne peut s’abandonner totalement dans l’État comme une chose, car il est le propriétaire de sa propre personne. En cela, il s’oppose à toute conception d’une autorité absolue de l’État sur ses sujets et insiste sur la liberté individuelle Sa conception est diamétralement opposée à celle de Hobbes, car il fonde sa théorie sur une conception optimiste de l’homme.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Léviathan ou Matière, forme et puissance de l’État chrétien et civil, Paris, Gallimard, Coll. Folio essais, 2000 [1651].

Du même auteur – Du Citoyen, Paris, Flammarion, 2010 [1647].

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !