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Couverture de 'Leurre et malheur du transhumanisme'

Leurre et malheur du trans­hu­ma­nisme

Olivier Rey

Les enjeux et les illusions de l'augmentation humaine

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Description

Le transhumanisme n'a rien d'un humanisme, même si ses lointaines racines nous rapprochent des Modernes. Porté par de puissants intérêts économiques, il joue des peurs et des rêves pour nous faire accepter nos vies artificielles. Ses leurres nous trompent sur les moyens de répondre à l'effondrement écologique et culturel qui nous emporte.

Olivier Rey invite donc à voir ce qui se cache derrière l'implant rétinien qui permettrait de voir la nuit : de l'assujettissement que suppose l'homme augmenté, aux conceptions du vivant, auxquelles se réfère le transhumanisme.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le transhumanisme est d'abord un projet. Il vise à la transformation du corps humain à travers la technologie. Il s'agit de renforcer les capacités physiques ou cognitives de l'organisme ; soit par des interventions d'ordre biologique, soit par une hybridation avec la machine. Grâce au génie génétique, aux nanomatériaux, ou à l'intelligence artificielle, présentée comme des milliards de fois supérieure à celle des humains réunis, l'homme se verra « augmenté ».

Doté de nouvelles facultés, il pourra se libérer des maladies et effacer ses infirmités. À terme, il pourra même vaincre la mort, ce non-sens sur la route du progrès. « Le premier homme qui vivra 1000 ans est déjà né », a déjà annoncé Laurent Alexandre, auteur d'un ouvrage au titre emblématique : La Mort de la mort. Ray Kurzweil, directeur de l'ingénierie chez Google, va plus loin.

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02

Oublier le réel

Le transhumanisme fonctionne aussi comme un discours. Que ses promesses enchantent ou répugnent, elles détournent le regard du monde réel. « Pendant que l'on s'alarme d'un hypothétique futur transhumain, on ne critique pas un présent qui, malgré ses aspects déjà inhumains, revêt en comparaison, des allures rassurantes » (p. 37).

C'est comme rejouer les batailles du passé : on oublie ce que portent la smartphonisation et la googlisation du monde : une fragilité toujours plus grande, liée à une dépendance qui s'accentue, qu'il s'agisse d'une panne de réseau, d'un chargeur absent ou d'anxiolytiques qui font défaut.

Pour l'heure, les prothèses que sont le téléphone ou la carte de crédit demeurent extérieures à notre corps. Mais la procréation artificielle (fécondation in vitro, analyses génétiques…) illustre une évolution qui va de pair avec un infléchissement du droit. En reconnaissant à un couple son « droit de mettre au monde un enfant qui ne soit pas affecté par la maladie (mucoviscidose) dont ils sont porteurs sains », la décision de la Cour européenne des droits de l'homme (2012) permet d'appréhender l'humain en tant que chantier technologique. Elle accrédite de futures « femmes porteuses » de la grossesse d'autrui, ouvrant ainsi la voie au transhumanisme, qui ne reconnaît que des personnes, et leur droit à contrôler leur propre corps, pour l'augmenter comme elles l'entendent.

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03

Une machine à profits

Le transhumanisme permet aux géants de l'Internet de faire accepter leur « emprise dévorante sur le monde ». La « pharmacisation tous azimuts de l'existence » conduit en effet à une surveillance constante de l'individu. Une médecine sur mesure requiert l'analyse de données. D'où les contrats passés par Google et sa filiale de santé, Verily, avec les grandes sociétés pharmaceutiques (Pfizer, Novartis, Sanofi).

L'approche de plus en plus technicisée du vivant peine à masquer d'énormes intérêts économiques. D'autant que des financements publics s'ajoutent aux opérations privées. C'est bien ce qu'attendent les promoteurs du transhumanisme. À l'instar du Seasteading Institute, dont l'objectif est d'échapper à l'impôt sous couvert de technologie innovante, le profit n'est pas un produit dérivé. Il est au cœur même du projet transhumaniste.

Contrairement à une mise en récit qui veut que la technologie permette de satisfaire les désirs de chacun, les consommateurs sont là pour absorber une production poussée par « une mise en exploitation toujours plus frénétique du monde ». Vous pensiez que l'avion avait été inventé pour satisfaire les rêves d'Icare ? La réalité est plus prosaïque : quand les moteurs à essence puissants et de taille réduite ont pu être fabriqués, il fallait leur assurer des débouchés.

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04

Des racines dans la modernié

Médiatisé par toutes sortes de dispositifs, qui lui font perdre le sens des réalités, l'individu contemporain est dans une situation diminuée qui favorise l'essor de l'idéologie transhumaniste. Mais telle qu'elle est conçue depuis l'origine, la science moderne autorise, voire légitime, les conceptions qui président à ce mouvement récent.

On sait que la rupture avec les conceptions antiques du monde s'est opérée avec Galilée : par ses découvertes mais aussi par son approche mathématique du monde réel, qui forme la colonne vertébrale de la science moderne.

En évaluant le caractère scientifique d'une connaissance à son degré de mathématisation, la science se donne pour objet ce qui se prête à une mise en équation. On voit tout de suite que le monde vivant pose un problème insoluble : ou bien on peut le penser mathématiquement, ou bien la science moderne, dans sa prétention d'universalité, n'est pas une science, puisqu'elle ne peut pas l'interpréter.

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05

La biologie en débat

La biologie a donc un statut particulier, que confirme l'absence d'une définition scientifique de la vie. Elle est « écartelée entre l'anti-téléologisme que lui impose sa qualité de science moderne, et le téléologisme inhérent à son objet » (p. 104).

Ce dernier n'est plus de mise dans les laboratoires. Une fois écartée la fin naturelle qu'est l'organisme, n'y subsistent ainsi que des fonctions, que la biologie de synthèse peut booster ou upgrader, comme n'importe quel process d'ingénierie. Considérer le vivant sous forme chimique relève de la même approche mécaniste qui nous renvoie à un débat théologique du Moyen Âge. L'Église a en effet décidé que les êtres naturels (sauf l'homme) n'étaient pas animés par des fins propres.

Au delà des apparences, ceux-ci sont soumis à la machinerie créée par Dieu. En conséquence, la science peut les appréhender sans ce soucier des fins qui sont les leurs : son but ultime n'est plus la contemplation, mais la transformation du monde.

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06

L'homme augmenté domine les autres

Le transhumanisme trouve là un terreau très prospère. Ce n'est pas un hasard si Kevin Warwick, premier humain à s'être fait implanter une puce, désigne comme « chimpanzés du futur », les humains qui ne seront pas augmentés. Dans la lutte générale qui oppose les êtres vivants, il convient, dans cette logique de la vie, d'augmenter sa puissance. Être soi importe peu, l'essentiel est de tirer son épingle du jeu.

Le transhumanisme partage ainsi des traits communs avec l'eugénisme : il émane d'esprits obsédés par la compétition. Les propos d'Ernest Renan, sous la IIIe république, nous rappellent à quelles sources il s'abreuve.

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07

Conclusion

Les promesses du transhumanisme ne sont pas destinées à se réaliser. Admettant consciemment ou inconsciemment que la technologie est source d'un chaos dont il faut s'affranchir, ses chimères justifient un discours qui nous divertit de ce qui devrait plutôt nous questionner pour mieux affronter le réel. Elles alimentent des fantasmes de surpuissance, de machines au service des pulsions, et poussent à la rivalité individuelle au moment même où il faudrait jouer collectif.

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08

Zone critique

Cet ouvrage n'aborde pas le transhumanisme au travers de projets technologiques particuliers, qui circonscrivent l'approche critique. Il met en lumière les filiations philosophiques qui éclairent les conceptions, implicites ou explicites, véhiculées par ce mouvement dans son ensemble. Jusqu'à citer Hitler aux côtés d'Aristote. Il est bon de rappeler certains voisinages.

Olivier Rey attire également l'attention sur l'aspect économique du transhumanisme, et son importance pour le capitalisme. Malheureusement, son propos est limité et il n'intègre aucune donnée chiffrée. On retiendra toutefois qu'en annonçant la mort de la mort, le transhumanisme fait entrer l'éternité dans le champ économique.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Leurre et malheur du transhumanisme, Paris, Desclée de Brouwer, 2020.

Du même auteur – Itinéraire de l'égarement. Du rôle de la science dans l'absurdité contemporaine, Paris, Le Seuil, 2003. – Une folle solitude. Le fantasme de l'homme auto-construit, Paris, Le Seuil, 2006. – Quand le monde s'est fait nombre, Paris, Stock, 2014.

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