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Couverture de 'Leurope et la crise de cuba'

L’Europe et la crise de Cuba

Maurice Vaïsse

Analyse des relations entre l'Europe et la crise cubaine

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Description

Alors qu’on pensait tout savoir sur la crise de Cuba, voici une analyse qui, lorsqu’elle fut réalisée, était totalement inédite. Il s’agissait de l’envisager à partir d’un angle de vue jusque-là oublié : l’Europe. Car tout, ou presque, a rapidement été dit sur le déroulement de la crise telle qu’elle a été vécue aux États-Unis, et la chute de l’URSS a permis au monde de découvrir ce qui s’est passé du côté soviétique. Mais l’oubliée de l’histoire demeurait l’Europe, à la fois cause profonde et enjeu de la guerre froide, notamment à travers les questions de l’Allemagne et de Berlin.

L’ouvrage montre donc le rôle joué par les États européens et rend donc sa juste place au vieux continent et à ses dirigeants dans ce qui s’est avéré être la crise la plus grave de la Guerre froide.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La crise de Cuba se déroula du 16 au 28 octobre 1962, et conduisit les deux blocs qui se faisaient face durant la guerre froide au bord de la guerre nucléaire. Les Soviétiques avaient positionné sur l’île, distante de 150 km des côtes américaines, des fusées capables de transporter des bombes atomiques. Découvrant ces installations, le président Kennedy entama un bras de fer, souvent considéré comme le point paroxysmique de la guerre froide, avec son homologue Khrouchtchev. L’enjeu était le retrait des fusées cubaines, mais également celui des missiles américains Jupiter installés en Turquie et en Italie.

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02

La Grande-Bretagne et la crise de Cuba

Lorsque le monde fut au bord de la guerre nucléaire, en octobre 1962, trois pays disposaient d’une bombe atomique opérationnelle : les États-Unis, l’URSS et la Grande-Bretagne. Après la découverte des missiles par l’avion de reconnaissance U-2, Kennedy n’informa pas immédiatement la Grande-Bretagne, pas plus que se autres alliés de l’OTAN.

Le 22, alors que le président américain choisissait de rendre publics ces renseignements et les clichés qui montraient les installations sur le sol cubain, le Premier ministre britannique MacMillan s’opposa aux mesures militaires susceptibles de conduire à une escalade incontrôlée ou imprévue et tenta de calmer le jeu. Le principal allié des Américains ne suivit ainsi pas aveuglément les décisions prises par Washington, du moins officiellement.

Étudiant le lien privilégié qui existait entre MacMillan et Kennedy, l’historien Len Scott, explique que le Britannique apporta assurément son soutien à l’Américain, car ce dernier lui en fut reconnaissant à l’issue de la crise. Il n’existe toutefois aucune transcription d’une quelconque conversation entre MacMillan et Kennedy le « samedi noir », jour où la crise connut son dénouement. Pourtant, il est aujourd’hui clair que les armes nucléaires britanniques étaient en état d’alerte durant la crise cubaine, et les Américains savaient, selon le témoignage de l’Air Marshall Kenneth Cross, qu’ils avaient à leurs côtés un pays prêt à intervenir.

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03

Konrad Adenauer

Comme tous les chefs de gouvernement, le chancelier de la RFA, Konrad Adenauer, fut surpris quand on l’informa, le soir du lundi 22 octobre 1962, du discours de Kennedy qui fut diffusé au même moment. Ce fut l’ambassadeur américain, Walter Dowling, qui lui remit une lettre de son président, dont le contenu essentiel était le texte de l’allocution.

Il était également venu avec quelques photographies aériennes prises par l’avion U-2, photos qui, quelques jours plus tard, jouèrent un grand rôle dans les accusations portées contre l’URSS, constituant autant de preuves que les missiles avaient été déployés à Cuba. Dans son courrier enfin, Kennedy liait l’affaire de Cuba à celle de Berlin qui, quelques mois plus tôt, avait entrainé la construction du mur. Il semble que ce fut là l’une des préoccupations majeures du président américain : il craignait qu’une attaque immédiate contre les missiles cubains n’entraînât des mesures de rétorsion des Soviétiques à Berlin-Ouest.

Le 23 octobre, Adenauer adressa à son tour une lettre à Kennedy pour l’assurer de son soutien dans toutes les mesures américaines contre cette menace sur le monde libre. Dans une allocution télévisée du 26, le chancelier défendit fermement les décisions américaines en considérant la crise des missiles comme la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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04

Le rôle de Charles de Gaulle

La crise de Cuba a laissé peu de traces en France et les témoignages sont rares, notamment dans les Mémoires de ceux qui l’ont vécue. Pourtant, elle a joué un rôle significatif dans les événements et Charles de Gaulle, pourtant naturellement enclin à dénigrer les États-Unis, a témoigné d’une grande solidarité à l’égard de l’Alliance atlantique.

Avant la crise elle-même, l’affaire de Cuba fut l’objet d’échanges d’informations entre Paris et Washington, notamment par le biais de l’ambassadeur de France à La Havane, Robert du Gardier et malgré la surveillance accrue à laquelle il était continuellement confronté. Il signala par exemple, dès le 10 août 1962, le débarquement de nuit de troupes russes habillées en miliciens cubains et prévint de l’arrivée de rampes de lancement de fusées.

Lors de la crise, Kennedy attendit une semaine avant de prévenir ses principaux alliés. Ceci fait, le général de Gaulle approuva fermement la décision des États-Unis, pour la première fois de la guerre froide directement menacés, de se défendre. Il craignait seulement que le blocus de Cuba ne provoque, en réaction, un blocus de Berlin de la part des Soviétiques. Mais alors que l’opinion française s’interrogeait sur la légitimité des Américains à reprocher à l’URSS l’installation de fusées alors qu’ils en avaient placé en Turquie, de Gaulle manifesta son anticonformisme : il affirmait haut et fort son appui à Kennedy. Maurice Vaïsse précise que de tous les alliés des États-Unis, c’est lui qui apporta le soutien le plus résolu. Pour comprendre la réaction de Charles de Gaulle et son soutien aux intérêts américains, qui contrastaient avec ses positions habituelles à l’égard des États-Unis, l’historien avance deux explications. La première est que, pour le président français, l’affaire de Cuba confirmait de la part de l’Union soviétique une volonté belliqueuse. La fermeté de Charles de Gaulle était cohérente avec celle qu’il manifestait depuis son retour au pouvoir en 1958. La seconde réside dans la situation géographique de l’île : tout en récusant la politique des blocs, de Gaulle avait une position plus nuancée à l’égard des zones d’influence.

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05

L’Italie pendant la crise

Durant la guerre froide, l’Italie avait intéressé les États-Unis grâce à sa position géographique. En effet, les seuls points d’appui potentiellement stables dans le bassin méditerranéen pour les Américains étaient l’Italie et la Turquie. C’est ainsi que les deux États ont bien accueilli les projets américains de constitution d’une force multilatérale et qu’ils ont souscrit au traité posant les bases de l’installation de missiles Jupiter qui devinrent opérationnels en Italie dès 1960.

Durant cette période, l’Italie, qui avait retrouvé une place à part entière dans la communauté européenne depuis la signature du traité de Rome en 1957 et la création de la Communauté économique européenne, souhaitait que l’on cesse de la considérer comme une alliée de seconde catégorie au sein de l’Alliance atlantique.

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06

La question des Jupiter turcs

On sait désormais que le 29 octobre 1962, le président Kennedy a proposé à Khrouchtchev le retrait des missiles Jupiter de Turquie contre celui des missiles soviétiques de Cuba. Mais à l’époque, les Américains n’ont pas cru bon d’en tenir informées les autorités turques. Cette clause était restée secrète et ne fut révélée qu’à la fin des années 1960, par les médias. L’information fut d’ailleurs probablement diffusée par l’ambassade soviétique à Ankara. La diplomatie américaine, efficace durant la crise, a cependant mal évalué la réaction turque, Ankara jugeant l’attitude des États-Unis contradictoire avec l’esprit d’alliance.

Pour la Turquie, ce qui était en cause ce n’était pas tant le cas des Jupiter, mais le fait qu’un marché avait été conclu dans son dos. Car la Turquie, durant la crise, s’était montrée particulièrement loyale en soutenant formellement Kennedy. Pourtant, dans le même temps, l’ambassadeur soviétique, Nikolaï Rhyzov, menaçait la Turquie d’une attaque nucléaire et les forces armées turques furent placées en état d’alerte. Des mesures furent également prises pour évacuer Ankara, Istanbul et Izmir.

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07

Conclusion

L’ouvrage dirigé par Maurice Vaïsse éclaire la crise des fusées de Cuba en ouvrant des perspectives nouvelles de recherches à propos de ce qu’il s’est passé en Europe et des conséquences de cet événement. Focalisant leur objet d’étude sur d’autres acteurs que Kennedy, Khrouchtchev et Castro seulement, les historiens qui ont participé à la réalisation de ce travail donnent du poids à des intervenants souvent négligés par les études historiques sur le sujet.

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08

Zone critique

L’ouvrage de Maurice Vaïsse rend à César ce qui appartient à César. Si la crise des missiles de Cuba a marqué l’apogée de la guerre froide et de la confrontation entre les deux grands, cela n’empêche pas que l’Europe y ait eu une place décisive. C’est ce vide historiographique que l’équipe de chercheurs du GREFHAN tenta de combler et y parvint, incontestablement. La particularité de cette étude réside dans sa chronologie. Tous les historiens qui participèrent à sa réalisation usèrent de nombreuses précautions à propos de leurs conclusions.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L’Europe et la crise de Cuba, Paris, Armand Colin, 1993, 256 p.

Du même auteur – La grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle, Paris, Fayard, 1998. – Vers la paix en Algérie. Les négociations d’Évian dans les archives diplomatiques françaises, Bruylant, Bruxelles, 2003. – La Paix au XXe siècle, Paris, Belin, 2004. – Les Relations internationales depuis 1945, Paris, Armand Colin, 10e édition, 2005. – La Puissance ou l'Influence ?, Paris, Fayard, 2009. – Comment de Gaulle fit échouer le putsch d’Alger, Bruxelles, André Versaille, 2011. – Diplomatie Française - Outils et acteurs depuis 1980, Paris, Éditions Odile Jacob, 2018.

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