
L’État d’Israël contre les Juifs
Les enjeux politiques d'Israël et de la diaspora juive
Description
Constatant l’écart croissant qui existe entre la réalité de la situation en Palestine, et l’image qu’en impose la communauté juive en Occident, Sylvain Cypel entreprend ici de le réduire.
Il rend compte de l’oppression subie par les Palestiniens, explique comment elle déshumanise l’oppresseur et démonte les mécanismes par lesquels Israël, reniant les valeurs du judaïsme moderne, se constitue en phare de la réaction mondiale, s’attirant des amitiés plus que douteuse et s’enfermant dans un avenir sans perspectives.
Sommaire
01Introduction
Sylvain Cypel reste calme, mais il est en colère. Juif et Israélien d’origine, il est en total désaccord, non seulement avec la politique d’Israël, mais encore avec l’opinion de la plupart de ses compatriotes et de ses coreligionnaires. Ceux-ci, démontre-t-il, sont emportés dans une logique ethniciste qui est l’opposé de l’esprit dont il se sent l’héritier, esprit de tolérance et de progrès qu’il croit caractéristique de la pensée juive moderne.
Journaliste, Sylvain Cypel est au courant des faits. Pour lui, ils ne sont pas cachés, bien au contraire. Il suffit de lire la presse israélienne, pour se rendre compte de ce qui se trame aujourd’hui en Palestine, contre les Arabes, et en Israël contre les Juifs mal-pensants. Le constat est terrible : le régime d’occupation mis en place et chaque jour renforcé par les gouvernements israéliens est un régime raciste d’apartheid, d’humiliation et d’injustice.

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02Une victoire sioniste ?
Tout vient d’une conversation, entre le père Cypel et son fils Sylvain. Nous sommes dans les années 1990, à l’époque de la chute de l’Empire communiste. Jacques Cypel, sioniste de la meilleure eau, savoure sa victoire. Après l’holocauste, trois solutions s’offraient aux Juifs : le bundisme, sorte de socialisme populaire visant l’émancipation du peuple juif au sein de la communauté des peuples européens, le communisme, ou émancipation de tous à travers la construction d’une nouvelle humanité, et le sionisme, émancipation des Juifs à travers la construction d’un État-nation destiné à les protéger contre les autres.
Jacques Cypel dit à son fils : vois-tu, nous avons gagné. Il voulait parler des sionistes. En effet, le bundisme ayant totalement échoué : la culture yiddish était morte, d’extermination physique (holocauste) et d’émigration (Israël). Quant au communisme, on montrait tous les jours son cadavre à la télévision.

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03Un régime d’apartheid
Que se passe-t-il, vraiment, en Israël ? Premièrement, affirme Cypel, il ne s’agit pas d’une démocratie. Depuis l’adoption de la loi sur l’État-nation, il est reconnu officiellement que tout Juif, d’où qu’il vienne, a le droit de s’installer en Israël, car c’est sa terre. Or, dans le même temps, ce droit n’est pas reconnu aux premiers habitants, aux indigènes, aux autochtones que sont les Palestiniens. Ainsi, le régime d’apartheid est-il désormais non seulement un fait, mais fait légal. La ligne rouge a été franchie. Israël, désormais, ne peut plus se prévaloir d’être le seul État démocratique de la région. Et tout est à l’avenant.
Tout Palestinien peut être exproprié, si l’on constate qu’il n’habite pas dans sa propriété, qui pourra aussitôt être acquise par un Juif new-yorkais. Dans les territoires occupés, la situation est atroce : c’est le régime d’occupation coloniale dans toute sa splendeur. Les Palestiniens y subissent la loi de colons extrémistes, souvent habités par une idéologie de supériorité raciale appuyée sur une mystique religieuse effrénée. On leur jette des pierres, on leur interdit de pénétrer dans leurs propres champs, dont on s’empare. On rase leurs oliveraies, on les contraint de quitter les zones (rurales), où règne en principe l’Autorité palestinienne, on les force à s’installer dans des banlieues surpeuplées et insalubres où règne l’armée israélienne, c’est-à-dire le jeune conscrit israélien qui, au lieu de s’entraîner à la guerre, est formé à humilier les Palestiniens, jour après jour.

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04Négation et aveuglement
C’est que, depuis maintenant quarante ans, règne en Israël une droite très « décomplexée » (le Likkoud) alliée avec une extrême-droite ouvertement raciste et suprémaciste.
Emmenée par Benjamin Netanyahou, cette force politique fait régner la terreur idéologique : quiconque remet en cause les forces de l’ordre dans leur lutte contre le peuple palestinien se voit taxé de complaisance à l’égard du terrorisme arabo-musulman. En arrière-fond, un élément psychologique qu’explique fort bien Cypel. En Israël, on se moque du « petit juif ». Ce « youpin », en effet, faible et moral, est incapable de force. Il plaint les Palestiniens. Il tend la joue gauche. Il est prêt à se faire exterminer, de nouveau, par les nazis (car, pour Netanyahou, les Arabes sont des nazis congénitaux : il affirmait que le véritable instigateur de la shoah était de grand mufti de Jérusalem et non Adolf Hitler).
À la limite, s’il a succombé dans les camps, c’est qu’il est un faible, incapable de se projeter dans le monde de la force brute où règne ce géant : l’État-nation. Le vrai Israélien, lui, se doit d’être fort et impitoyable. Il bâtit un État qui sera le refuge de tous les Juifs et l’arme grâce à laquelle ils rendront impossible tout nouvel holocauste.

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05L’internationale des identitaires
Lutte contre l’islam et le gauchisme, encadrement des populations, culte de la force, mépris du droit : toute la politique de l’Israël contemporain, dirigé par Benjamin Netanyahou, semble faite pour séduire les hommes de droite de tous les pays. Ce n’est pas un hasard.
Depuis une trentaine d’années, Israël se dépouille de ses oripeaux démocratiques. Sa vraie nature apparaît : il est le dernier surgeon de l’idéologie nationaliste européenne, celle précisément qui, exacerbée par Hitler, avait causé la perte du peuple juif en Europe. Naturellement, les chefs nationaux, d’Europe et d’ailleurs, qui partagent cette vision du monde, regardent Israël avec les yeux de Chimène. Ce dont ils rêvent, Netanyahou le fait : réduction de la révolte des colonisés par destruction de leur habitat civil, surveillance informatisée de la population, criminalisation de l’aide aux populations indésirables, surveillance renforcée des frontières (avec mur), intimidation des opposants.
Et, nec plus ultra : maintien de toutes les apparences de la démocratie moderne. Ainsi, le hongrois Orban, le brésilien Bolsonaro, le russe Poutine, l’américain Trump et le polonais Kaczynski, tous invitent Netanyahou, le chérissent, l’encensent. Et lui n’est pas regardant. Exemple : que la Hongrie se fende d’une campagne antisémite officielle, faisant converger dans la figure de Soros tous les clichés du Juif cosmopolite, avide, menteur, manipulateur et accapareur, cela ne l’émeut pas : il s’émeut, au contraire, de l’attitude de son ambassadeur à Budapest, qui avait osé émettre une petite critique. Quant à Trump, il ne tarit plus d’éloges. Son mur, il le fait construire par une société israélienne, son ambassade, il la déplace à Jérusalem, niant par là même le droit des Palestiniens sur cette ville.

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06Le Schisme
Face à cette évolution criminelle, et pour finir suicidaire, de la société israélienne, l’esprit critique semble tétanisé. En effet, le pouvoir n’hésite pas à instrumentaliser le sentiment communautaire et le souvenir de l’holocauste pour terroriser ceux qui voudraient le critiquer. En Israël, l’arsenal juridique s’est récemment développé dans ce sens. Plus de subventions aux associations qui commémorent la Nakba, l’expulsion des Palestiniens en 1947.
Interdiction de territoire pour les partisans du boycott, fussent-ils juifs. Obligation faite aux ONG de défense des droits de l’homme de s’enregistrer comme « agent de l’étranger » si leur financement n’est pas principalement israélien, c’est-à-dire si elles sont aidées par la diaspora. Adoption par le Parlement d’une loi (pour le moment gelée) de « loyauté culturelle », interdisant aux artistes de critiquer l’État et ses valeurs. Et l’avenir est encore plus rose : on examine un projet de loi qui « garantirait l’immunité à tout soldat, policier ou membre des services spéciaux israéliens soupçonné d’un acte criminel dans le cours de son activité ». En somme, le permis de tuer. Ouverture de la chasse au Palestinien.

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07Conclusion
Suscitant une haine chaque jour plus vivace pour ses actes immoraux, Israël s’expose à voir s’effondrer le soutien international dont il bénéficie. Un jour ou l’autre, à moins qu’une guerre ne lui fournisse l’occasion d’un massacre inédit, il sera contraint de composer, d’accorder quelque droit aux Palestiniens. Or, la démographie ne va pas dans son sens, ni le droit international. Et, alors, les Palestiniens réclameront, et obtiendront, le retour. Les Juifs d’Israël, submergés par un peuple assoiffé de vengeance, se verront, inévitablement, contraints à l’exil. Ils auront tout perdu, non seulement la terre, mais encore leur âme, car ce n’est pas en vain que l’on foule aux pieds, trente ans durant, tous les principes de tolérance et d’humanité qui avaient fait l’honneur, et la gloire, du judaïsme moderne.

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08Zone critique
Extrêmement bien documenté, l’ouvrage de Sylvain Cypel souffre néanmoins – il le dit lui-même – de ne pas avoir d’autre source que journalistiques. Il considère que c’est suffisant (la société israélienne, malgré ses défauts, étant une société où « la parole est d’une étonnante liberté »), et il ne fait aucun doute qu’il a utilisé cette méthode au mieux. Néanmoins, l’ouvrage aurait sans doute été plus convaincant s’il avait fait une part plus importante aux propos et aux arguments de Netanyahou et des siens. À les ignorer, il les dispense d’avoir à le contredire.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Sylvain Cypel, L’État d’Israël contre les Juifs, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2020.
Du même auteur – Les Emmurés. La Société israélienne dans l’impasse, Paris, La Découverte, 2004.

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