
Les Quatre Parties du monde
Histoire des interactions entre les cultures
Description
Dominer les quatre parties du monde était l’ambition de la Couronne d’Espagne entre les XVe et XVIIIe siècles. Pour imposer sa présence, elle apprit à maîtriser des milieux inconnus, tandis que du Mexique au Japon, du Brésil aux côtes africaines, de Goa aux Philippines, des peuples étaient confrontés à des formes de pensée et de pouvoir qui leur étaient totalement étrangers.
Malgré des résistances à la domination ibérique, la terre se mondialisait. Au tournant des XVIe et XVIIe siècles, ce ne furent pas seulement les modes de vie, les techniques et l’économie que bouleversèrent les nouveaux maîtres de la planète, mais aussi les croyances et les imaginaires. Serge Gruzinski montre que le passé permet de comprendre ce qui se joue depuis des siècles entre occidentalisation, métissage et mondialisation.
Sommaire
01Introduction
Dans Les Quatre parties du monde, Serge Gruzinski fait revivre la mondialisation des XVIe et XVIIe siècles lorsque l’empire colonial de la Monarchie catholique fut le berceau d’une première économie-monde. Elle a également assuré le rayonnement international du maniérisme, premier style artistique à s’être épanoui simultanément sur plusieurs continents à la fois. Elle a aussi multiplié les face-à-face avec d’autres grandes civilisations, créant un espace unique par les circulations planétaires qui s’y déployaient et l’irriguaient.

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02La mondialisation ibérique
Au point de départ de son étude, Serge Gruzinski relève les mots d’un chroniqueur métis de Mexico, Chimalpahin, qui relatait dans son journal en langue aztèque les événements de son temps. L’historien s’attarde sur la mention faite d’une catastrophe européenne : l’assassinat du roi de France Henri IV, en 1610. Le précieux document livre donc ce regard lointain, témoignant des liens entretenus entre la Nouvelle-Espagne et le reste du monde. Ainsi, l’historien dresse la cartographie mentale d’un scripteur qui considérait la planète composée de quatre parties (l’Europe, l’Asie, l’Afrique et le Nouveau Monde), ouvrant la voie à son étude de la mondialisation.
À coup d’explorations, de découvertes et de conquêtes, l’Empire espagnol s’est précipité tout au long des XVIe et XVIIe siècles dans une mobilisation militaire, religieuse et économique sans précédent. En étendant sa domination, la Monarchie catholique n’a cessé d’accumuler de nouvelles expériences et de nouveaux savoirs. Sa soif insatiable d’esclaves, de métaux précieux et d’informations de toutes sortes n’eut d’égal que son enthousiasme évangélisateur. Des centaines de milliers d’hommes et de femmes se déplacèrent, vivant l’émigration ou subissant la traite négrière, et avec eux s’enclencha un mouvement incontrôlable d’objets, de croyances et d’idées.

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03Mexico, l’un des nouveaux centres du monde
Dans le second temps de son analyse, Serge Gruzinski traite des connexions entre les différents mondes : la coexistence, les affrontements et les métissages, notamment à Mexico qu’il prend pour exemple. Les Indiens apprenaient les métiers européens, acquirent les techniques venues du vieux continent, travaillaient avec de nouvelles matières. Lors des grandes cérémonies de l’Empire, on expliquait le monde aux habitants de la ville : la menace de l’islam, ainsi que les liens attendus de la population avec le roi, qui rendait service à Dieu en soumettant le monde. Tous ces individus étaient en outre soumis à la fiscalité espagnole.
C’est dans ce contexte qu’éclata l’émeute de 1624, le motin : le vice-roi qui avait pris ses fonctions en 1621 devait appliquer la politique du gouvernement de Philippe IV. Le fait que les richesses du Nouveau Monde fussent envisagées pour la seule Espagne poussa à la révolte. Ainsi, la plèbe de Mexico fit l’apprentissage des mouvements de foule et chassa le représentant de la monarchie qui incarnait les élites européennes, l’obligeant à regagner l’Europe. L’historien rappelle également que de Naples à Lima et de Lisbonne à Manille, d’autres populations urbaines subirent aussi le contrecoup de ces réformes de la Monarchie catholique.

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04Pénétrer le Nouveau Monde
Le rôle de l’Église fut crucial pour que la Monarchie catholique puisse pénétrer les sociétés indigènes et s’enraciner durablement. Les connexions par les groupes qui ont confronté leurs croyances, leurs langues, leurs mémoires et leurs savoirs ont été exploitées à ces fins par le pouvoir ibérique. Ce furent fréquemment les moines, envoyés sur place pour évangéliser les populations locales, qui menèrent ces enquêtes, en tâchant de différencier le culte respectable de l’idolâtrie. Des experts, représentants du roi sur place, rédigeaient des chroniques, des traités, et décrivaient le Nouveau Monde, à la faveur de leurs connaissances du terrain et de leurs contacts avec des informateurs locaux.
Ils scrutaient notamment la flore et les plantes médicinales : des liens se créèrent donc entre les différentes médecines, réduisant les écarts dans ce domaine entre les Amériques et l’Europe et contribuant à la mondialisation. Les connaissances européennes s’accumulèrent également dans les domaines de la cartographie, la géographie et la cosmographie, permettant aux Espagnols d’étendre leur emprise sur les mines locales, et donc leur richesse. De la même manière, la pensée antique, dominante sur le Vieux Continent fit le tour du monde à travers la circulation des textes classiques qui atteignirent les Amériques, entraînant pour la première fois une romanisation des passés non européens.

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05Une histoire des objets
Les découvertes espagnoles et portugaises du XVIe siècle ouvrirent de nouveaux horizons à l’Europe. S’appuyant sur l’art, Serge Gruzinski démontre que l’Espagne ne se contenta pas de diriger un territoire et une population, mais qu’elle construisit un tout nouveau monde. Il explique que les objets indigènes qui allaient vers l’Europe étaient parfois retravaillés par des orfèvres ou des joaillers européens qui ajoutaient une plus-value aux choses envoyées d’Asie ou d’Amérique, et l’on pouvait aussi en modifier l’usage aux mêmes fins.
Au Mexique et au Pérou, les ateliers locaux cessèrent rapidement d’être exclusivement indigènes. L’arrivée d’artisans et d’artistes d’origine européenne modifia considérablement la donne : ceux-ci s’emparèrent des matières premières locales et détournèrent à leur profit les talents autochtones ; ils devinrent patrons et s’approprièrent les productions locales. De même, les idoles indigènes furent régulièrement détruites et l’on encouragea la création d’objets propres à la célébration du culte catholique. C’était une autre façon d’enraciner les indigènes dans le christianisme.

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06Mondialisation ou occidentalisation ?
Si la mondialisation de cette époque est indéniable, il ne faut pas omettre de souligner l’européocentrisme intellectuel qui dominait alors le monde, notamment la pensée d’Aristote, enseignée dans les universités européennes (dont celle de Salamanque, très prestigieuse) qui formaient les futurs dirigeants. De même, les langues de la Monarchie, qu’il s’agisse du latin de l’Église et du droit, de l’italien des poètes, du castillan et du portugais des administrateurs, furent des vecteurs majeurs de la globalisation intellectuelle. Il y eut ainsi une latinisation des élites indigènes, signe d’une occidentalisation, comme en témoignent les éditions mexicaines de la grammaire latine du Portugais Manuel Álvarez. Des normes d’expression particulières s’appliquaient où que l’on se trouve sur le territoire de la Monarchie catholique.

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07Conclusion
Cet ouvrage de Serge Gruzinski ne se limite pas à une seule forme de mondialisation, au domaine de la guerre, de la christianisation ou du commerce. Il dresse une liste considérable d’acteurs et de vecteurs de mondialisation qui ont joué un rôle majeur dans ce phénomène.

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08Zone critique
La démarche de non-européocentrisme de Serge Gruzinski permet de lire la colonisation européenne des XVIe et XVIIe siècles sous un nouveau jour. Les nombreuses allusions au monde actuel invitent le lecteur à se questionner sur la mondialisation actuelle ; les exemples sont toujours précis et appuyés par une iconographie riche.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Les Quatre Parties du monde. Histoire d’une mondialisation, Paris, Éditions de La Martinière, 2004.
Du même auteur
– Serge Gruzinski, La pensée métisse, Paris, Fayard, 1999.
Autres pistes

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