
Les Plantagenêts
Histoire de la dynastie Plantagenêt
Description
"Les Plantagenêts" de Jean Favier est une exploration magistrale de l'ascension et du déclin de l'une des dynasties les plus puissantes du Moyen Âge, qui a régné sur un "empire" s'étendant de l'Angleterre à de vastes portions de la France actuelle. Favier détaille comment Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou, et son fils Henri II ont, grâce à une combinaison de conquêtes militaires, de diplomatie habile, de mariages stratégiques et d'une bonne dose de chance, établi un domaine qui a duré trois siècles (XIe-XIVe siècle). L'ouvrage met en lumière des figures emblématiques telles qu'Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion, le Prince Noir, Thomas Becket et Simon de Montfort, tout en explorant la complexité de cet empire marqué par la diversité des peuples, des territoires et des cultures.
Riche en détails historiques et en analyses, "Les Plantagenêts" de Jean Favier offre une vue d'ensemble fascinante de cette période charnière de l'histoire européenne, illustrant comment la dynastie des Plantagenêts a façonné le paysage politique et culturel de l'Europe médiévale.
Sommaire
01Introduction
L’ouvrage s’intéresse à une dynastie qui a régné, trois siècles durant, sur une grande partie de l’Europe. Jean Favier en analyse la construction, l’apogée et le démantèlement. Pour cela, il entreprend de regarder l’empire dans toute son ampleur, dans le temps comme dans l’espace. Dans le temps, l’historien fait remonter cette histoire familiale à un homme qui a porté un surnom, probablement en raison de son goût pour la chasse dans les landes de genêts : Geoffroy Plantagenêt.
Il la poursuit jusqu’en 1399, année durant laquelle le dernier roi de la dynastie fut renversé, remplacé par un Lancastre en plein affrontement contre le royaume de France. Dans l’espace, ce territoire est d’abord l’Anjou, puis l’Aquitaine, la Normandie, l’Angleterre, voire la Bretagne et l’Irlande. Mais l’histoire de cet empire s’étend également aux terres qui cristallisèrent les ambitions de la dynastie : l’Écosse, le Languedoc et même la Provence, âprement convoitée par les puissances européennes.

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02Origines et constitution d’un empire
Après avoir évoqué le monde médiéval du XIe siècle, dans lequel il présente à la fois les forces politiques, le système féodal, le renouveau de la foi ainsi que l’essor de l’art et le développement des écoles, Jean Favier présente les fondateurs de la dynastie Plantagenêt, le comte Geoffroy et l’emperesse Mathilde. Elle était l’unique héritière du roi Henri Ier d’Angleterre et duc de Normandie et fut mariée au Plantagenêt le 17 juin 1128. À la mort de son père en 1135, son cousin, Étienne de Blois, lui aussi petit-fils de Guillaume le Conquérant, s’empara du trône. Mathilde s’opposa à cette usurpation et tourna son attention vers l’Angleterre en vain ; Geoffroy se concentra sur la Normandie qu’il conquit en 1144, consolidant jusqu’à sa mort en 1151 son contrôle sur le territoire par des réformes administratives. Avec ses possessions d’Anjou, du Maine et de Normandie, Geoffroy devint le plus puissant vassal du roi de France.

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03Forces et faiblesses de l’empire
La principale caractéristique de l’empire Plantagenêt était sa configuration géographique. Si elle pouvait constituer un avantage pour les relations commerciales, elle le fut moins en ce qui concernait l’administration d’un si vaste territoire : il fallait par exemple dans le meilleur des cas, pour relier Bordeaux à Londres, une dizaine de jours, et il n’était pas rare que les conditions climatiques imposent un voyage de trois semaines. De même, cela suggérait des peuples très différents, les Anglais occupant la première place dans le jeu politique, au détriment des Angevins et des Poitevins, voire des Normands.
Une autre faiblesse résidait dans les structures féodales de l’empire. Celui-ci était formé d’un agglomérat de principautés, avec des organisations politiques différentes. Henri II était ainsi roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, et comte d’Anjou. En outre, pour toutes les terres qui n’étaient pas outre-Manche, un hommage était dû au roi de France. À être selon les lieux seigneur, suzerain ou souverain, il était perdant. Le Capétien, lui, était dans tout son royaume à la fois souverain et suzerain, il n’était nulle part vassal. Jean Favier revient également sur une faiblesse que les historiens avaient jusque-là négligée : la quête de légitimité des Plantagenêts. Car les Capétiens revendiquaient un héritage de Charlemagne, alors que les Anglo-Saxons ne pouvaient se targuer d’aucune origine aussi prestigieuse.

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04La croisade de Richard Cœur de Lion
En 1189, Henri II mourait, brisé par la trahison de ses fils qui s’étaient révoltés contre lui en 1173-1174. La même année, son fils Richard Cœur de Lion préparait la troisième croisade, finançant cette expédition en prélevant dans le trésor royal et en taxant les barons qui ne se joindraient pas à la guerre sainte. Craignant que ses frères ne s’emparent de son trône durant son absence, il leur fit jurer de ne pas gagner le royaume d’Angleterre pendant trois ans ; il plaça des hommes de confiance qui devaient préserver l’héritage de son père, veillant à ce que personne n’ait autorité sur l’ensemble de l’empire. Le 8 juin 1191, il toucha terre devant Acre, qui capitula le 12 juillet face aux assauts combinés de Richard et de Philippe Auguste, roi de France.
Après avoir placé son neveu Henri de Champagne sur le trône de Jérusalem, et alors que Philippe Auguste était déjà reparti en Europe, Richard reçut des nouvelles inquiétantes : le Capétien cherchait à s’emparer de ses possessions dans l’ouest de la France, et son frère Jean sans Terre se révoltait. Le roi d’Angleterre quitta la Terre sainte le 9 octobre 1192. Mais il sous-estimait manifestement les inimitiés que lui avait values chez ses compagnons de croisade sa propension aux emportements. Dans les circonstances d’exception de la croisade, il avait accumulé les fautes, notamment lorsqu’il n’avait pas supporté qu’à Messine, dans une joute amicale, Guillaume de Barres l’eût emporté sur lui. C’est ainsi qu’il fut capturé sur le chemin du retour vers l’Angleterre le 20 décembre 1192 par le duc Léopold de Babenberg, qu’il avait insulté durant le siège d’Acre.

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05Vers la fin de l’empire
À la mort de Richard, son frère Jean qui lui succéda n’était plus « sans terre ». En 1202, Philippe auguste prononça la commise, autrement dit la saisie des fiefs continentaux du roi d’Angleterre. Le temps n’était plus aux combats de frontières, il s’agissait en réalité de tous les territoires que le roi de France considérait comme tenus de lui en fief, soit tout l’empire continental. Rapidement, la société chevaleresque se détourna de Jean et les ambitions du Capétien se tournèrent vers la Normandie, qualifiée par Jean Favier de « clé de la cohérence stratégique de l’empire ». En 1204, elle fut conquise et l’année suivante ce furent le Poitou, la Touraine, l’Anjou et le Maine qui tombèrent dans le domaine royal de Philippe Auguste.
La fin du règne de Jean sans Terre fut très agitée : les barons se révoltèrent contre le pouvoir, et Louis VIII, qui avait succédé à son père Philippe Auguste, offrit une aide aux rebelles, car il espérait monter sur le trône d’Angleterre. Jean décéda en octobre 1216 et la guerre dura encore une année. En 1217, les troupes du nouveau souverain Henri III furent victorieuses, et Louis VIII renonça à ses ambitions. Le jeune roi détenait alors l’Angleterre, l’Irlande dont il était le seigneur, ainsi que la partie sud-ouest de l’Aquitaine, désormais appelée Guyenne. La diminution des espaces qui formaient les vestiges de l’empire Plantagenêt présentait au moins un avantage : c’était un royaume plus aisément gouvernable que ne l’était l’empire d’Henri II.

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06L’affrontement de deux royaumes
En France, la succession à la Couronne excluait les filles, à la différence de tous les autres royaumes de la chrétienté. Or, à la mort du premier fils de Philippe le Bel en 1316, Louis X, celui-ci laissait une fille, Jeanne, et son épouse était alors enceinte de Jean Ier qui ne vécut que cinq jours. Philippe V, frère de Louis X monta alors sur le trône et à sa mort, il laissa quatre filles ; le troisième fils de Philippe le Bel qui lui succéda, Charles IV, mourut également sans héritier masculin. Philippe, comte de Valois et cousin germain des trois derniers souverains, devint roi. Les hommages qui étaient dus des vassaux furent difficiles à obtenir, car Édouard II d’Angleterre, fils de roi, n’entendait pas mettre un genou à terre devant un fils de comte.
En tant que seul petit-fils vivant de Philippe le Bel, le fils d’Isabelle, Édouard III fit rapidement savoir qu’il avait des droits sur la couronne en soulignant le fait qu’il remplissait la principale condition puisqu’on cherchait un homme. Jean Favier souligne à ce propos les incohérences du discours anglais : si la couronne pouvait se transmettre par les filles, Édouard en aurait été de toute façon exclu, car elle serait revenue à Jeanne. Aussi, l’historien explique que le roi d’Angleterre se savait sans véritable droit ; sans doute, en revendiquant sans illusion la couronne de France en 1337, le Plantagenêt prenait-il simplement l’occasion de se manifester et de préparer d’autres revendications, plus réalistes parce que plus modestes. Mais la guerre de Cent Ans avait pourtant débuté.

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07Conclusion
Bien plus que celle d’une période et d’une dynastie, cette étude menée par Jean Favier est surtout celle d’un territoire aux réalités disparates, celui des Plantagenêts. Alors qu’il l’utilise tout au long de l’ouvrage, l’historien critique le terme « empire », expliquant qu’il renvoie à une souveraineté que les Plantagenêts n’avaient pas sur l’ensemble de leurs terres, s’agissant d’un agglomérat de principautés. Il justifie toutefois son emploi par commodité, ne parvenant pas à trouver de terme plus approprié.

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08Zone critique
Les mille pages de l’ouvrage de Jean Favier sont très documentées ; ces travaux sont rapidement devenus une référence pour l’histoire de l’Angleterre, en dépit de leur caractère très érudit et de leur difficulté d’accès. Assurément, ils s’adressent aux spécialistes du sujet.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Les Plantagenêts. Origines et destin d’un empire, XIe-XIVe siècle, Paris, Fayard, 2004.
Du même auteur
– La Guerre de Cent Ans, Paris, Fayard, 1980.
Autres pistes

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