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Couverture de 'Les origines du populisme'

Les Origines du populisme

Yann Algan, Elizabeth Beasley

Comprendre la montée du populisme

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Description

"Les Origines du populisme" de Yann Algan et Elizabeth Beasley s’attache à décrypter les causes de la montée de ce que l’on nomme le populisme et à dégager, parmi les votes pour les partis dits « antisystèmes », les variables qui orientent plutôt vers la « gauche radicale » ou vers la « droite populiste.

La crise de défiance envers les institutions politiques, l’instabilité économique et la crise culturelle sont trois forces majeures, mais l’originalité de l’approche est de souligner le rôle de variables dites subjectives, à savoir la confiance interpersonnelle et le bien-être, en tant que déterminants fondamentaux du vote.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Pour mener à bien leur étude des déterminants du vote, les auteurs se fondent sur les données des enquêtes électorales françaises collectées par le CEVIPOF ainsi que sur les données produites par l’European Social Survey et l’American National Elections Studies.

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02

Les crises à l’origine du populisme en Occident

La première crise à l’origine du populisme est d’ordre politique. On assiste à un profond déclin de « l’idéal démocratique », appréhendé via le niveau de confiance des citoyens envers leurs parlements nationaux et le parlement européen. Il existe en effet une forte corrélation entre la défiance envers les institutions représentatives et le vote pour les « partis antisystèmes ». Cette défiance est renforcée par une seconde crise, d’ordre économique.

La montée des inégalités, la mondialisation, la désindustrialisation, le chômage et la crise financière de 2008 ont renforcé l’insécurité économique des populations, laquelle est corrélée positivement à la défiance politique. La troisième crise est d’ordre culturel. Les auteurs la définissent comme une « poussée antilibérale » (p. 26). Les sociétés occidentales sont fracturées sur des questions sociétales telles que l’immigration, l’environnement ou encore l’homosexualité. Les clivages sur ces questions ne semblent pas s’expliquer de manière satisfaisante par des variables objectives tels que l’âge ou la catégorie socioprofessionnelle.

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03

Les pré­si­den­tielles de 2012 et de 2017

La France est le terrain d’enquête privilégié par les auteurs, qui fournissent un ensemble de données des plus intéressantes afin d’analyser les résultats des élections présidentielles françaises de 2012 et de 2017. Il s’agit de dévoiler des corrélations entre le vote pour un candidat ou un parti et diverses variables. Le croisement des variables individuelles « niveau de revenu » et « niveau d’éducation » fournit de nombreux enseignements. Les électeurs de la droite populiste (Le Pen) et de la gauche radicale (Mélenchon) ont un revenu moyen similaire.

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04

Confiance in­ter­per­son­nelle et bien-être

La satisfaction dans la vie et la confiance interpersonnelle, mesurées à l’aide d’enquêtes qualitatives, sont deux variables individuelles et subjectives discriminantes pour comprendre le choix des électeurs.

En moyenne, plus un électeur se déclare satisfait dans sa vie, plus il a de chances de voter pour Macron, Fillon ou Hamon. À l’inverse, plus il se déclare insatisfait, plus il a de chances de voter pour Le Pen, Mélenchon ou de s’abstenir. Le bien-être est donc la variable subjective qui permet de comprendre le vote « antisystème ». La confiance interpersonnelle permet quant à elle de comprendre le choix entre la « gauche radicale » et la « droite populiste ». En moyenne, les électeurs de Le Pen déclarent un faible niveau de confiance interpersonnelle, tandis que les plus confiants se trouvent vers la gauche du spectre politique (chez Hamon, Mélenchon et Macron).

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05

Variables so­cio­pro­fes­sion­nelles et religieuses

En insistant sur le bien-être et la confiance interpersonnelle, la variable traditionnelle de la catégorie socioprofessionnelle semble absente de la détermination du choix des électeurs. Les auteurs montrent toutefois qu’il existe une forte corrélation entre ces variables subjectives et la catégorie professionnelle. Ainsi, en moyenne, les cadres du public comme du privé présentent des indices de confiance et de bien-être élevés, tandis que, si les policiers et militaires se déclarent relativement satisfaits, on constate chez eux une très faible confiance interpersonnelle.

Ce sont les ouvriers non qualifiés et dans une moindre mesure les ouvriers qualifiés qui sont les moins satisfaits et présentent le plus faible degré de confiance interpersonnelle. La trajectoire professionnelle détermine donc toujours pour partie la subjectivité de l’individu, et l’on retrouve une symétrie entre la structuration des variables subjectives selon les groupes professionnels et la fracture perdants-gagnants décrite précédemment.

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06

Les enjeux sociétaux

Les auteurs distinguent in fine quatre groupes d’électeurs. Le positionnement idéologique de Macron correspond aux électeurs libéraux tant sur le plan économique que culturel. À l’opposé, on trouve les électeurs de Le Pen, dits « conservateurs » sur les deux plans. Les électeurs de Mélenchon sont définis comme conservateurs sur le plan économique et libéraux sur le plan culturel, et inversement pour François Fillon. Les auteurs suggèrent ainsi, d’une part, que l’axe droite-gauche correspond plutôt à un clivage libéraux versus conservateurs au plan culturel et que, d’autre part, l’axe partis traditionnels-partis « antisystème » correspond à un clivage libéraux versus conservateurs au plan économique.

Algan et ses collègues s’étonnent par contre de la faible préférence des électeurs de Le Pen, notamment par rapport à ceux de Mélenchon, pour la redistribution des revenus, les dépenses publiques et les aides sociales. Ils sont pourtant le groupe le plus défavorisé économiquement. Par rapport à la moyenne nationale, les électeurs de Mélenchon et, dans une moindre mesure, ceux de Macron affichent des niveaux supérieurs de soutien envers l’immigration, l’environnement et le droit des homosexuels. Les scores sont au contraire inférieurs à la moyenne nationale pour les électeurs de Fillon et de Le Pen.

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07

Les Gilets jaunes

Les auteurs se sont intéressés au mouvement dit des « Gilets jaunes » qui a émergé à partir d’octobre 2018. Plus de 20% des électeurs de Mélenchon et de Le Pen soutiennent « tout à fait » le mouvement des gilets jaunes et presque 15% le soutiennent « plutôt ». C’est seulement 5% environ des électeurs de Macron et de Fillon qui soutiennent « tout à fait » le mouvement, et près de 15% « plutôt ».

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08

Populisme en Europe et aux États-Unis

Une force du livre est de mobiliser les variables utilisées dans le cas français pour comprendre la poussée des partis « antisystème » dans l’ensemble des pays occidentaux. Aux États-Unis comme en Europe, on constate que le soutien aux partis antisystème est toujours corrélé positivement à un faible niveau de revenus. Et, parmi ces électeurs, la variable éducation permet de discriminer entre la « gauche radicale » et la « droite populiste ».

Aux États-Unis, les électeurs de la « droite populiste » (Trump) sont en moyenne plus riches que les électeurs de la « gauche radicale » (Sanders) mais avec un niveau d’éducation nettement moins élevé. Les indicateurs de confiance interpersonnelle et de satisfaction dans la vie sont à nouveau pertinents pour comprendre la situation à l’échelle occidentale, bien qu’existent certaines spécificités nationales. Par exemple, les électeurs de la Ligue du Nord en Italie ont en moyenne un niveau de satisfaction plus élevé que les électeurs du UKIP en Grande-Bretagne ou du Front National en France. La confiance interpersonnelle demeure la principale variable discriminante entre les partis antisystème.

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09

Conclusion

En conclusion de leur ouvrage, les auteurs insistent sur le fait que nous sommes sortis d’une société de classes, en ce sens que l’appartenance sociale constituait un ciment idéologique puissant. C’est désormais la confiance interpersonnelle qui est devenue « le filtre qui permet aux individus de se donner un projet de société désirable ». Cela étant, trois dynamiques futures quant à la structuration politique des pays occidentaux sont envisageables.

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10

Zone critique

La lecture de l’ouvrage est des plus stimulantes. Les auteurs parviennent, en 150 pages seulement, à fournir et synthétiser de nombreuses informations empiriques sur la dynamique politique non seulement française mais aussi occidentale. Le recours massif à des représentations graphiques simples mais éminemment parlantes contribue grandement à l’efficacité de l’ouvrage.

Les critiques que l’on peut adresser à l’ouvrage portent essentiellement sur le travail de conceptualisation et l’effort d’interprétation des données. Rien ne justifie que le terme de populisme soit réservé à la droite antisystème. Certaines formulations et interprétations laissent songeur. Il est malvenu ou naïf de prétendre que Macron était un candidat « sans passé politique » (p. 38). L’affirmation selon laquelle le vote de classe serait en partie « une illusion » pour des candidats comme Le Pen et Macron mériterait une plus grande analyse (p. 105).

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11

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault, Les Origines du populisme, Paris, Seuil, coll. « La République des idées », 2019.

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