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Couverture de 'Les nouvelles lois de lamour'

Les Nouvelles Lois de l’amour

Marie Bergström

Sexualité, couples et rencontres au temps du numérique

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Description

"Les Nouvelles Lois de l’amour" de Marie Bergström se fonde sur une grande enquête menée auprès d’usagers de sites et d’applications de rencontres, ainsi que de certains de leurs concepteurs. L’auteure nous explique comment les rencontres en ligne gagnent en popularité, en devenant un moyen comme un autre de rencontrer un partenaire.

Ces rencontres offrent la possibilité d’expérimenter sa désirabilité et sa sexualité, à l’abri des jugements de l’entourage, mais elles ne permettent pas de s’extraire de son milieu social, des assignations propres à son genre ou des inégalités dues à l’âge.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Il existe aujourd’hui de très nombreux sites et applications de rencontres sur Internet, apparus dans les années 1990 aux États-Unis, et comptant désormais des dizaines de millions d’utilisateurs. Leur succès se comprend comme une conséquence de plusieurs transformations sociales, telles que le déclin du mariage, la mise en couple de plus en plus tardive et la diffusion du célibat. « Ni révolution, ni simple “signe du temps”, ce nouveau mode de rencontre s’inscrit dans une histoire qu’il prolonge activement » (p. 20).

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02

Comment se déroule une rencontre en ligne ?

Les rencontres en ligne se déroulent selon un scénario particulier : elles commencent par une évaluation du profil de l’autre, se poursuivent par un échange écrit, et se terminent le cas échéant par une rencontre physique. On pourrait penser qu’elles commencent par de longs échanges écrits sur Internet, mais l’enquête de Marie Bergström révèle au contraire que les interlocuteurs préfèrent généralement se rencontrer assez rapidement. Souvent de courte durée, les rencontres ainsi formées deviennent sexuelles plus rapidement que des rencontres faites par d’autre biais. « La temporalité traduit une réorganisation de la rencontre et de nouvelles significations accordées à la sexualité » (p. 172).

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03

Les différents âges de la rencontre

On observe une « diversification de la vie intime » (p. 72), qui explique le succès des sites de rencontres. À chaque âge son intérêt pour les rencontres en ligne : avant 25 ans, c’est un terrain d’expérimentation de sa désirabilité pour ce que Marie Bergström appelle une « jeunesse sexuelle » (p. 21). Après 30 ans, ces sites restent un recours propice aux rencontres que l’on a de plus en plus de mal à faire dans ses groupes de sociabilité lorsque la majorité de ses connaissances est déjà en couple ; plus tard, après un divorce ou pour les seniors, ils sont l’occasion de rencontrer quelqu’un pour refaire sa vie.

Passé l’âge des expérimentations, après la trentaine, l’usage des sites et des applications de rencontres devient plus volontariste : on chercher à se mettre en couple car la pression sociale pèse lourd sur les célibataires endurcis. Les générations plus anciennes ont été socialisées aux pratiques numériques plus tard et sont généralement plus réticentes à l’utilisation des sites de rencontre, mais le célibat prolongé ou la séparation incitent même les personnes plus âgées à « s’y mettre ».

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04

L’homogamie reste de mise

On a souvent l’idée préconçue que les sites de rencontres permettent de mettre en relation deux personnes que tout sépare, qui ne se seraient pas rencontrées autrement. Or ce livre nous apprend justement que même dans ces rencontres, qui paraissent être le fruit du hasard, il existe une forte endogamie sociale. « Les unions issues de sites de rencontres ne sont ni plus ni moins homogames que les relations nouées ailleurs » (p. 104).

Sur Internet comme ailleurs, on se met souvent en couple avec une personne qui habite dans le même département, et il est rare de former une union avec quelqu’un né dans un pays différent du sien. En outre, les manières de se montrer aux autres sont fortement corrélées à l’appartenance sociale, et les critères attendus dans la présentation de l’autre découlent aussi de son milieu social, ce qui favorise encore l’homogamie des rencontres. Les liens se tissent sur Internet en cas d’affinité culturelle, car celle-ci permet une sorte d’« auto-sélection sociale » (p. 117), ce qui aide à décider de poursuivre les échanges ou de ne pas donner suite à l’interaction.

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05

Des rôles sexués très différents

L’auteure, forte de son enquête auprès de concepteurs de site de rencontres, révèle qu’ils sont majoritairement des hommes hétérosexuels, et cette « fabrique masculine des rencontres sur Internet » insuffle inévitablement des mécanismes de domination masculine sur les modes de rencontres qu’elle crée.

La majorité des sites met en scène une « présomption d’hétérosexualité », concept développé par Judith Butler, en ce sens qu’ils présupposent certains comportements selon le genre des utilisateurs. « Les concepteurs opposent en effet la sexualité des hommes – envisagée comme une sexualité pour soi, associée à une libido importante – et celle des femmes, considérée comme une sexualité relationnelle, davantage effacée et associée au cadre conjugal » (p. 61). Sur les sites de rencontres, ce sont les hommes les clients, ce sont eux qui payent. Cela s’enracine dans l’idée hétéronormée selon laquelle la femme aurait moins d’envies sexuelles, et aurait besoin d’être valorisée ou récompensée pour s’engager dans des relations sexuelles.

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06

Vers une re­va­lo­ri­sa­tion de la sexualité

Depuis les années 1950, sexualité et conjugalité ont gagné en autonomie. Le premier partenaire sexuel n’est plus forcément le seul, pas plus qu’il ne deviendra forcément le premier conjoint. Le désir d’expérimentation caractérise de plus en plus la jeunesse, avec notamment le fait que les études s’allongent et que l’indépendance économique des jeunes est acquise plus tardivement.

On valorise la diversité des expériences et il faut dans cette optique multiplier les expériences à valeur initiatique, et éviter de se mettre en couple trop tôt. Les sites et les applications de rencontres bénéficient de cette injonction à l’expérimentation en proposant un espace propice à la découverte de l’autre et à une meilleure connaissance de soi.

Les jeunes sont les plus friands de rencontres en ligne, ceux-ci étant plus à l’aise avec les nouvelles technologies et les pratiques numériques. Ces pratiques ont leur place dans l’apprentissage de la séduction et de la sexualité, elles sont « des espaces de sociabilité sexuelle en soi » (p. 76).

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07

Conclusion

L’utilisation accrue des services de rencontres sur internet répond à des changements dans la vie privée : les parcours conjugaux sont plus discontinus, ils se caractérisent par une entrée en couple plus tardive chez les jeunes, et plus tard par un morcellement de la vie conjugale. À chaque âge son utilisation des sites de rencontres.

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08

Zone critique

Certains sociologues voient avec l’avènement des rencontres en ligne une banalisation de la sexualité : « On programme une nuit chaude comme on irait au cinéma », dit Jean-Claude Kaufmann dans son livre Sex@mour (p. 116).

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Les Nouvelles Lois de l’amour. Sexualité, couples et rencontres au temps du numérique, Paris, La Découverte, 2019.

De la même auteure

– Marie Bergström, « Introduction. Rencontres en ligne, rencontres à part ? », Sociétés contemporaines, vol. 104, n°4, 2016, p. 5-11. – Marie Bergström, « (Se) correspondre en ligne. L’homogamie à l’épreuve des sites de rencontres », Sociétés contemporaines, vol. 104, n°4, 2016, p. 13-40. – Marie Bergström, « Internet », in Juliette Rennes (éd.), Encyclopédie critique du genre. Corps, sexualité, rapports sociaux, La Découverte, 2016, p. 341-348.

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